C’est une première : ce samedi 16 mai, les facteurs d’Aubin, de Capdenac, de Laissac et de Séverac qui sont venus travailler se sont vus refuser l’accès à leur centre. Ces derniers ont voulu prendre leur poste, faisant fi de la nouvelle réorganisation interne du groupe La Poste qui demande aux agents de travailler le samedi avec un quart des effectifs habituels. Plusieurs salariés ont donc fait valoir leur droit de retrait, estimant qu’un « danger grave et imminent » courait sur les salariés suite à cette nouvelle organisation…

Un changement de rythme inédit

Laurence Cahors, lors de la manifestation du 20 février contre la réforme des retraites. ©ADN12

Tout remonte à la décision prise le 11 mai dernier lorsque la direction de La Poste a imposé aux facteurs la modification de leur rythme de travail. Alors que les 35h des postiers étaient auparavant réparties sur des cycles de plusieurs semaines, de manière à conserver un rythme de travail de 6 jours sur 7, la direction oblige maintenant les salariés à remplir ces 35h sur un cycle de 4 semaines, leur permettant un samedi travaillé sur quatre.

Si l’idée a semblé alléchante à certains salariés, le syndicat CGT FAPT 12 tire la sonnette d’alarme, en dénonçant des journées rallongées de 3/4 d’heure à une heure trente, la suppression de postes temporaires comme les CDD, forçant selon elle les agents à intensifier leurs rythmes de distribution. « Si on travaille plus tous les jours, des personnes vont sauter, il y aura moins d’emplois… » estime Laurence Cahors, Secrétaire départementale CGT FAPT 12, qui affirme que ce sont 30 à 40 emplois localement qui seraient supprimés avec cette nouvelle organisation.

« Les facteurs exténués, travaillant depuis deux mois dans le contexte du virus COVID 19, du confinement, s’adaptant à toutes les obligations aléatoires, changeant leurs horaires, n’en peuvent plus »

Communiqué CGT FAPT 12

En cause également : la demande de ne travailler qu’à un quart de l’effectif habituel le samedi (passant de 36 à 8 facteurs pour distribuer, à certains endroits), en ne conservant que la distribution de la presse, des colis et des lettres recommandées. Le reste du courrier serait ainsi distribué à partir du lundi suivant. « Il y aura plus de trajets, plus de boites aux lettres, et sur des secteurs qu’on ne connait pas » s’insurge la secrétaire départementale, qui point les difficultés liées à la distribution en pleine campagne, sans formation.

Le groupe La Poste explique cette réorganisation par la baisse d’activité et un taux élevé de salariés qui n’ont pas repris le travail :

« Compte tenu du niveau d’absentéisme de 15% au sein de ses effectifs et afin de continuer d’améliorer le service postal, La Poste a mis en place en tous points du territoire une organisation dans laquelle les factrices et les facteurs ne travaillent qu’un samedi sur quatre pour assurer la distribution de la presse, des colis et recommandés et la réalisation des services de proximité. Cette organisation permet le respect des gestes barrières et de sécurité requis » 

Pôle communication La Poste Occitanie

Manque de concertation ?

Le groupe La Poste a annoncé que l’Aveyron est le seul département où cette nouvelle organisation a déclenché une grogne syndicale.  ©ADN12

Pour les représentants du syndicat CGT FAPT 12, rien ne va dans cette réorganisation qui chercherait à remettre selon eux en cause des accords établis depuis des années, et ce sans concertation préalable avec les représentants des CHSCT, ni ceux des instances syndicales.

D’autant que cette réorganisation aurait été présentée comme temporaire, mais « à durée indéterminée ». Les syndicats craignent donc que l’excuse sanitaire ne soit que du « faux semblant » caché derrière un raisonnement économique.

« A un quart du personnel, on ne fera jamais de la qualité le samedi, on n’y arrivera pas. Le but pour la direction est de faire tourner les voitures jaunes, même à vide. C’est du faux semblant, on y arrivera jamais et ils le savent très bien. »

Laurence Cahors, Secrétaire départementale CGT FAPT 12

Sollicité, le groupe La Poste a répondu que les CHSCT au niveau national ont bien pris part à la réflexion, ainsi que les médecins du travail et que cette mesure temporaire n’a pour but que de répondre aux besoins de la crise. « Nous avons eu 55% de courriers en moins à traiter » explique le service communication du groupe qui rappelle que la période a été difficile, entre la baisse du nombre de courriers, la hausse des distributions de colis, les demandes de maintenir une distribution journalière et les mesures de protection de leurs salariés, en première ligne.

« Il n’y a pas eu de plan social à la Poste malgré la baisse d’activité. Tous nos agents ont été payés à l’identique pendant cette période, aucun n’a été mis au chômage technique »

Pôle communication La Poste Occitanie

Une enquête en cours

Conséquence : ce samedi 16 mai, les facteurs d’Aubin, Capdenac, Laissac et Séverac qui ont voulu prendre leur poste selon leur ancien emploi du temps, se sont vus refoulés. Certains ont donc fait valoir leur droit de retrait. La Préfecture de l’Aveyron (qui avait déjà été saisie lors du conflit précédent à Cassagnes) et la DIRECCTE ont été saisies, demandant à la direction du groupe de présenter la base l’égale sur laquelle s’appuie ce nouveau texte.

« Il n’y a pas d’autres entreprise squi se sont permis de profiter de la crise pour revenir sur les accords des 35h, c’est une aberration chez nous » 

Ce lundi 18 mai au matin a eu lieu en Aveyron une réunion entre les représentants syndicaux, les membres du CHSCT et la direction. Une enquête via un questionnaire sur les risques psychosociaux passera dans les prochains jours parmi les employés des bureaux de poste où les salariés ont fait valoir leur droit de retrait. En attendant les résultats de l’enquête, le bras de fer entre le syndicat et la direction demeure puisque cette dernière souhaite que les salariés continuent leurs activités avec cette nouvelle réorganisation, alors que les représentants CGT FAPT 12 insistent pour revenir sur l’ancien système.

La Direction de La Poste « déplore l’opposition de principe d’une organisation syndicale face à une organisation temporaire qui permet d’améliorer le service postal pour les clients, tout en proposant un retour à la normal progressif pour les factrices et facteurs »…