Aveyron. Des notaires qui ne craignent pas la crise

Caroline Lacombes-Gonzales, présidente de la Chambre des notaires de l'Aveyron, explique comment les notaires aveyronnais ont vécu la crise, entre débrouillardise et patience.

Les offices notariales ont rouvert ce lundi 11 mai. Photo Google Maps

Dès l’annonce du confinement, les notaires, comme la plupart des entreprises ouvertes au public, ont dû fermer leurs portes. Plus question de recevoir physiquement les clients : mais si les professionnels ont trouvé une solution pour les signatures d’actes de vente ou de succession, l’avancement des dossiers s’est vite retrouvé bloqué par d’autres embûches administratives…

Pendant le confinement, des signatures par procuration

N’oubliez pas de ramener votre propre stylo pour votre prochaine signature chez votre notaire ! Photo : Creative Common

Si certaines signatures d’actes de vente ont été annulées à l’annonce du confinement, la plupart des études notariales ont vite su se retourner en mettant en place la signature à distance : le projet d’acte et la signature sont envoyés par mail aux clients qui renvoient l’autorisation de signature par procuration. L’acte est ensuite signé, par procuration, par le clerc de notaire ou par le notaire lui-même. « Cette procédure existait déjà avant le Covid, explique Me Caroline Lacombes-Gonzales. On s’est contenté de développer ce système ».

Pourtant, ces cas là se sont avérés marginaux : la majorité des signatures d’acte de vente ont été annulées par les acheteur ou les vendeurs eux-mêmes qui, ne pouvant pas déménager, se sont retrouvé coincés. Idem pour les compris de vente qui sont restés au point mort : « les gens n’ont pas pu continuer à visiter des maisons, donc nous n’avons pas du tout eu de signatures de compromis de vente » précise la présidente de la Chambre des notaires de l’Aveyron.

Fermetures généralisées

Les notaires, qui s’occupent également de droit de la famille, de droit de succession, ou de partage, ont profité du confinement pour avancer sur le fond des dossiers, depuis leur étude ou en télétravail, et pour préparer la réouverture de ce lundi. Ils se sont pourtant heurtés à la fermetures de certains services, coinçant les démarches administratives : les entreprises de diagnostiques de plomb ou d’amiante, fermées car dans l’impossibilité de se déplacer, ou certains services administratifs comme ceux du cadastre ou des mairies, dont la fermeture rendait impossible l’obtention de certificats d’urbanisme.

« Même en voulant travailler, tout le monde s’auto-coinçait ! »

La plupart des bureaux et institutions avaient fermé leurs portes pendant le confinement. ©ADN12

Un ton optimiste malgré une baisse de 90% du chiffre d’affaire

Malgré une baisse du chiffre d’affaire qu’elle estime proche de 90%, la présidente de la Chambre des notaires de l’Aveyron insiste sur le fait qu’ils ne sont pas « les plus à plaindre ». « Les actes de vente qui n’ont pas été signés au mois de mars ou d’avril, on va les signer maintenant » précise-t-elle. Pourtant, l’été risque aussi d’être une période compliquée à passer :

« Là où on va avoir un petit creux, ce sera en juillet-août : les actes de vente ne se signent que deux ou trois mois après le compromis. On n’a pas reçu de clients pendant deux mois, on n’aura donc pas d’actes de ventes dans deux ou trois mois. Jusqu’à présent c’était juste un décalage, mais pour les prochains mois, on aura un trou »

Me Caroline Lacombes-Gonzales, présidente de la Chambre des notaires de l’Aveyron

La solution retenue par la plupart des notaires : maintenir une partie du personnel en chômage partiel jusqu’en juillet-août.

« Les équipes ne sont pas encore revenues à 100%, il n’y a pas le travail en face »

Une réouverture sous haute protection

Les Français ont maintenant l’habitude de voir des files d’attente s’étaler sur les trottoirs. ©ADN12

En ouvrant à nouveau au public lundi 11 mai, le soucis des notaires a été de protéger les clients aussi bien que les collaborateurs. Dans son office, Me Caroline Lacombes-Gonzales a réorganisé ses équipes pour n’avoir qu’une personne par bureau, avec une équipe travaillant le matin et une le soir, avec un volume horaire de 30h au lieu de 35h par semaine.

Et parce que tous les rendez-vous ne peuvent pas se faire par téléphone, l’accueil du public a demandé des mesures sanitaires devenues habituelles, comme l’écran en plexiglas devant le bureau, ou encore la fermeture des salles d’attente qui oblige les visiteurs à attendre à l’extérieur des études. Le Conseil supérieur du notariat, qui a distribué 10 000 masques aux notaires aveyronnais, préconise d’en proposer aux clients qui viendraient sans le leur, ainsi que du gel hydroalcoolique. Il est aussi demandé aux visiteurs d’apporter leur propre stylo. « Mais les clients sont armés, ils viennent avec un masque » précise la présidente en riant.

D’autant que les notaires ont aussi pour consigne de limiter les rendez-vous en présentiel, mais aussi le nombre de personne dans les bureaux, ce qui oblige certaines familles venues pour une signature, à déléguer leur pouvoir à un seul représentant. Et dans l’ensemble, les Aveyronnais, prudents, jouent le jeu.

« Les gens sont très sympathiques, ils s’adaptent »