Aveyron. « Il faut réinventer toute l’école » selon le premier syndicat d’enseignants

Les écoles aveyronnaises ont dû être réaménagées pour le retour des élèves, comme ici dans l'arrondissement ruthénois. @SNUipp-FSU-12

S’il estime toujours cette rentrée « précipitée » (lire notre article du 29 avril), le premier syndicat d’enseignants de l’Aveyron, le SNUipp-FSU 12, a décidé de faire avec. Les professeurs ont repris le chemin de l’école ce lundi 11 mai pour préparer le retour des élèves, dans un mélange d’enthousiasme et d’appréhension…

« Les enseignants aveyronnais ont envie de revoir leurs élèves, il n’y a aucun doute là-dessus, mais 85% d’entre eux se disent anxieux ou angoissés car ils savent qu’il sera difficile d’appliquer les gestes barrières et ils craignent de participer à une nouvelle propagation de l’épidémie… »

(Antoine Cantais, secrétaire départemental du SNUipp)

« Une grosse part d’inconnu »

Pour beaucoup, cette seule journée de pré-rentrée s’annonçait un peu maigre pour se préparer à accueillir les élèves dans des circonstances aussi inédites… « c’est pourquoi certaines communes ont fait le choix de décaler la rentrée au 18 mai » explique Antoine Cantais, enseignant à Rignac. Selon lui, 85 % des écoles du département seront rouvertes dans les prochains jours.

Selon les consignes données au niveau national, les écoles aveyronnaises n’accueilleront pas plus de 15 élèves en élémentaire et pas plus de 10 en maternelle. Les groupes d’élèves sont constitués par les équipes enseignantes, en accord avec les municipalités, avant d’en informer les familles. Enfants de personnels impliqués dans la gestion de la crise, élèves handicapés, élèves avec qui le contact a été perdu pendant le confinement et niveaux de classes « pivots » (GS, CP, CM2) font partie des critères de priorisation dans la majorité des écoles. « Les directeurs d’établissements et les maires subissent malheureusement souvent la pression des familles qui se retrouvent sans solution de garde » expose Antoine Cantais, « mais les sondages réalisés par les écoles aveyronnaises auprès des familles montrent que la moitié d’entre elles ne veut pas rescolariser ses enfants avant le mois de juin »…

« La situation est inquiétante en maternelle car il est difficile de faire respecter des gestes barrières à des enfants de 3, 4 ou 5 ans… La distanciation physique est tenable en situation de classe mais eux n’ont pas de place attitrée; ils se déplacent… Par ailleurs, on nous a demandé de bannir tout le matériel pédagogique collectif mais il est difficile de fonctionner sans avec les plus jeunes… »

(Antoine Cantais, SNUipp)

Si les écoles se sont réaménagées en vue d’assurer un maximum de sécurité sanitaire, Antoine Cantais estime que la protection n’est pas assurée à 100 % : « on s’inquiète notamment pour les AESH qui s’occupent des élèves handicapés sans protection supplémentaire alors qu’elles sont dans une proximité supérieure »…

« Rester modeste sur les apprentissages »

Apprentissage des gestes barrières, lavage des mains, distanciation sociale, respect des nouveaux sens de circulation à l’intérieur de l’école… : « tout ça doit faire l’objet d’un apprentissage » a expliqué la Directrice Académique de l’Aveyron aux enseignants du département. « Il va falloir le lien entre toutes ces nouveautés pour les élèves et cela va prendre une bonne semaine, sachant que certains élèves seront là en alternance, d’autres à temps plein… » prévient Antoine Cantais, qui l’annonce sans ambages : « il faudra être modeste sur les apprentissages, surtout au début »…

« Il faudra être particulièrement attentif à la prise en compte des aspects psychologiques pour les enfants, surtout les plus jeunes, qui vont se retrouver dans des classes et un environnement remaniés, face à des adultes masqués… ça peut avoir un côté traumatisant »

(Antoine Cantais, enseignant à Rignac)

Autant de paramètres auxquels devront faire face les enseignants, qui vivent décidément une période bouleversée.

« Fallait-il rentrer maintenant ? Fallait-il vraiment faire rentrer les plus jeunes en premier alors que c’est pour eux que c’est le plus compliqué ? » : comme ses collègues enseignants, le secrétaire départemental du SNUipp aveyronnais aborde cette rentrée avec beaucoup d’interrogations, même s’il le concède, « le principe de progressivité de cette rentrée est une bonne chose ».