La Bastide-l’Évêque. « On va tous avoir besoin de se faire travailler les uns les autres »

A la Bastide-l'Évêque, les chambres d'hôtes du Presbytère continuent à offrir leur 300m² d'espace à une clientèle presque inexistante depuis le début du confinement.

Les chambres du Presbytère sont ouvertes toute l'année.DR

Caroline et son compagnon Raymond sont deux à tenir les chambres d’hôtes du Presbytère à La Bastide-l’Évêque sur le Ségala. Ils ont senti que quelque chose se passait dès le mois de janvier, lorsque leur clientèle étrangère habituelle pour cette période n’a pas rappelé ou a décommandé ses réservations. « Des personnes d’Australie, de Nouvelle-Zélande, beaucoup de Catalans, des Grecs, des Japonais, des Belges… à Pâques, normalement nous n’avons pas un seul Français » explique Caroline.

« Le redémarrage ne s’est pas fait »

Caroline, co-gérante, s’occupe avec son compagnon des 300m² de l’ancien Presbytère.DR

Depuis le début de cette année et encore plus avec le confinement qui est tombé en plein redémarrage de la saison, les réservations se font rares. « En janvier on a eu quelques commerciaux ou des personnes qui viennent pour faire des formations mais depuis février on ne les voit plus » explique Caroline, « dernièrement on a eu quelques VRP désespérés car tout était fermé dans l’hôtellerie ».

« A un moment donné pour que les gens viennent, il faut qu’ils aient à manger ! »

Heureusement, depuis l’annonce du déconfinement le 11 mai, les réservations reviennent petit à petit, pour le début de la saison et cet été. « Les gens sont dans les starting-blocks ! Certains ont appelé pour réserver dès lundi : ce sont des habitants de la région, autour de Montauban, qui viennent faire des rando, qui ont besoin de sortir » s’enthousiasme Caroline, que ce regain de réservations soulage.

Un temps de 24h est laissé dans les chambre entre deux réservations.DR

Parmi les préoccupations des clients et des hôtes : la restauration. « La chambre d’hôtes n’a pas eu de fermeture administrative, mais la table d’hôtes si ! » précise la gérante qui s’est demandé comment nourrir ses clients. Heureusement, l’Aveyron ne manque pas de ressources : « on a la chance d’avoir des restaurants qui font des plats à emporter sur le secteur, et on a une cuisine à disposition de nos hôtes ».

« On va tous avoir besoin de se faire travailler les uns les autres »

Loin d’être les seuls touchés par la crise, les hôteliers ont développé tout un réseau local avec les autres professionnels au chômage forcé. Les grands sites comme le musée Soulages, le château du Bosc ou de Bournazel étant fermés, les hôteliers ont créé pour leurs hôtes toute une liste de lieux méconnus avec du petit patrimoine, mais aussi « des pépites » parmi les 69 fermes alentours et les artisans d’art : « les visites de petites fermes, ça plaît beaucoup à nos hôtes et il y a des choses très jolies à voir dans la région ! ».

« On est obligé de proposer des systèmes pour que les gens puissent passer des vacances relativement agréables » 

Alors Caroline et Raymond, aidés par les offices de tourismes locaux et la Communauté de Commune de Rieupeyroux, ont mis en place des circuits sur la journée ou demie-journée. « On a été sollicité par beaucoup de gens et on a fait des petits reportages qu’on va mettre en ligne » explique l’hôte qui voit quand même dans le confinement du positif puisque ce dernier les a poussés à être créatifs et à trouver une nouvelle manière de faire leur métier.

« On a pensé à la clientèle régionale qui ne connait pas si bien que ça notre département : on a fait ce genre de petits circuits pour que les gens du territoire se le réapproprient et le voient autrement » explique la propriétaire qui se voudrait comme une ambassadrice du territoire, pour tout connaitre sur les initiatives locales et les faire connaître à ses clients. Une manière de redécouvrir son quotidien tout en aidant le tissu ségali : « on va tous avoir besoin de se faire travailler les uns les autres ».

Les jardins du Presbytère seront ouverts au public le 6 et 7 juin.

Un protocole sanitaire rigoureux

Sujet d’inquiétude inévitable de la part des clients qui réservent : l’hygiène. « Les gens veulent savoir s’ils seront en contact les uns avec les autres » rapporte Caroline qui fait tout pour les rassurer. Les premières semaines, les deux hôteliers ont eux aussi connu la galère des masques, au point d’en commander autour de 150, version tissu, à des couturières locales et de les offrir à leurs clients. Un kit masque/gants/gel a été mis à la disposition des clients et le ménage dans les chambres et les pièces de vie a été doublé.

La salle à manger, réorganisée pour respecter les distanciations sociales.DR

Les informations sur les process d’hygiène n’ayant pas été évidentes à trouver, Caroline a dû suivre un certain nombre de webinaires mis en place par des agences de communication (Elloha à Perpignan « qui les a ouvert même aux gens qui n’étaient pas inscris chez eux et qui font des choses de grande qualité », insiste Caroline) ou par le département pour aider les restaurateurs à se préparer à la réouverture. Et le nouveau protocole a demandé aux hôteliers une réorganisation : la grande table commune a été échangée contre plusieurs petites tables pour éviter aux hôtes d’être côte-à-côte, une jachère de 24h a été établie dans les chambres entre chaque réservation, une chambre de cet ancien presbytère en forme de L a été fermée pour que les clients n’aient aucun contact avec les hôteliers.

« Le critère propreté va jouer cette année, plus que d’avoir une piscine ou un spa ! »

Si les OTA (Online Travel Agency) comme Booking, Airbnb ou Expedia n’ont pas donné signe de vie aux professionnels pendant la majorité du confinement, ils parlent depuis quelque jours d’exiger une checklist et des photos prouvant que le ménage a été fait, pour rassurer la clientèle.

Une trésorerie très fortement ébranlée

Si Caroline et Raymond n’ont pas été éligibles aux 1 500 € d’aide de l’Etat, ils ont demandé un report de crédit à leur banque. Et si aujourd’hui les clients reviennent, Caroline estime que, sur l’année, l’établissement va perdre 50% de son chiffre d’affaires : « je ne pense pas qu’on retrouvera un rythme comme avant, puisqu’on a fermé une chambre et on doit laisser un temps de 24h entre chaque client. On ne retrouvera jamais le chiffre d’affaire de d’habitude ». Si elle n’a pas voulu prendre de crédit, c’est aussi parce qu’elle n’a pas voulu s’engager dans le processus de remboursement ; mais pour ceux qui n’ont pas eu le choix, la professionnelle n’a pas de doute : « certains vont se retrouver en grande difficulté pendant des années ».

Pourtant, l’hôtelière estime avoir de la chance : « je ne suis pas inquiète, je préfère être une chambre d’hôtes qu’un hôtel avec tout le personnel à faire travailler ». Favorisée par son emplacement excentré, entourée de verdure, la chambre d’hôtes est, pour Caroline, un atout : « Les gens vont avoir besoin de sortir, de se retrouver dans des endroits calmes et on a plus de chance de fonctionner que les grands sites dans les grandes villes ».

Et si elle pensait, comme beaucoup, que le confinement allait changer les mentalités, elle s’avoue perplexe devant les files d’attente aux portes des restaurants de fastfood : « On se dit que les gens oublient très très vite… ».

Bien que les Rendez-vous aux jardins soient reportés en octobre, le Presbytère de La Bastide-l’Évêque a décidé d’ouvrir son jardin à la visite les 6 et 7 juin prochains : un apéritif dinatoire sera offert si la météo le permet. Toutes les informations sur le site internet des Chambres du Presbytère et leur page Facebook.