Rodez. Le gérant des hôtels Ibis espère « que la page se tournera vite »

Benoît Prat est propriétaire avec son épouse Stéphanie, des hôtels Ibis de Rodez. Ils racontent leur quotidien de gérants, à deux pour faire tourner leurs trois hôtels.

Benoit et Stéphanie Prat gèrent les trois hôtels Ibis de Rodez.

« C’est par Millau que j’ai vu la chose venir » raconte Benoît Prat qui explique que contrairement à Rodez, la majorité des clients d’hôtellerie à Millau sont des touristes qui viennent par l’autoroute : la baisse d’activité en plein commencement des beaux jours a mis la puce à l’oreille de l’hôtelier et de sa femme.

Deux gérants pour trois hôtels

Avec une réduction d’activité de 94% et 100% des salariés en chômage partiel, les deux gérants n’ont pas eu le choix pour continuer à faire tourner leurs hôtels : « on garde le téléphone avec nous 24/24, on fait les chambres, les réservations, la compta, les petits déjeuners, on accueille les clients, on relance les actions commerciales… on fait tout et on ne compte pas nos heures ! ». Et encore, Benoit s’estime heureux d’habiter à Rodez car il assure que parmi les propriétaires dans la même situation, « il y en a beaucoup qui dorment sur place, dans leur hôtel ».

« On espère qu’on va pouvoir faire revenir nos salariés rapidement »

Comme la plupart des hôtels, ceux de la chaîne Ibis ont fermé durant les premiers jours qui ont suivi l’annonce du confinement. « Certains hôtel de la chaîne se sont retrouvés face à la problématique qui paraît simple de fermer les hôtels car ils ne sont par prévus pour être fermés. Ils sont ouverts 24/24H tous les jours de l’année : il n’y avait pas de clefs ! ». Pour Benoît et Stéphanie, cette fermeture a demandé plusieurs jours de tâches techniques de contrôle des ballons d’eau chaude, du chauffage ou des portes électriques… mais aussi de vérification des produits alimentaires (notamment des dates de péremption) et la mise en place du chômage partiel pour la trentaines de salariés.

« La deuxième semaine a été consacrée à se remettre de nos émotions ! » déclare l’hôtelier, qui en a aussi profité pour faire l’entretien de ses établissements à grand renfort de peinture, de karcher ou de ménage de printemps.

Les salariés des hôtels sont actuellement en chômage partiel. DR

De nouveaux protocoles sanitaires

« On fait partie depuis des années des professionnels qui utilisent des produits virucides. Je rappelle aux gens que dans un hôtel, on prête attention au nettoyage des chambres et de tous les espaces : c’est comme dans une cuisine ». En plus du nettoyage intensifié, les gérants ont mis en place des protocoles obligatoires pour les professionnels : laisser les portes ouvertes, supprimer tous les papiers à disposition des clients (flyers, cartes à destination des touristes…), mettre en place un sens de circulation pour éviter aux visiteurs de se croiser, limiter les ascenseurs à une personne, installer du plexiglas à la réception, mettre à disposition des masques pour les salariés et du gel hydroalcoolique aux endroits stratégiques, renforcer le nettoyage plusieurs fois par jour…

« L’hygène, ça fait aussi partie de notre cœur de métier »

« On a supprimé beaucoup de choses non indispensables, comme la guitare en libre service, ou encore les oreillers supplémentaires » ajoute le gérant. Interdits désormais les petits déjeuners en buffet : ils se prennent maintenant obligatoirement en plateau et dans les chambres. L’augmentation du prix des produits ménagers et n’a pas empêché le renforcement de leur utilisation, et le temps passé au nettoyage a augmenté : « on passe encore plus de temps à désinfecter toutes les surfaces » assure Benoît Prat.

Une solidarité même dans la panade

De gauche à droite : Anne, Christine, Alan en surblouse, Aurélie et Benoit. ©ADN12

Les hôtels Ibis de Rodez ont fait partie de la chaîne de solidarité qui a lieu en ce moment aux Haras, avec un don de draps pour coudre des surblouses lavables à destination des personnels soignants. Benoît Prat, en tant que président du Club Hôtelier de Rodez a fait passer le mot et assure que « d’autres sont en train de le faire, comme l’hôtel Biney à Rodez ».

« On joue la solidarité » déclare l’hôtelier qui, au début de la crise, a donné des masques utilisés pour le ménage de l’hôtel au personnel soignant. Il n’est pourtant aujourd’hui pas récompensé puisque les prix des masques ont explosé et, en tant que professionnel, il n’est pas autorisé à faire porter des masques en tissu, faits maison et non homologués, à son personnel. Mais pas de regrets : les accords de groupe vont lui permettre d’en acheter à plus bas prix, et la solidarité entre hôteliers pourra là encore se faire sentir puisque le surplus sera distribué aux confrères dans le besoin. « Le personnel soignant en avait grandement besoin au départ » déclare-t-il.

« On espère que la page se tournera vite et qu’on retrouvera notre métier d’accueillir les gens en toute convivialité »

Les chemins de randonnées seront-ils réouverts cet été pour accueillir les touristes proches ? ©FFRandonnée_ Aveyron

Si la taille de leurs structures ne leur permetpas de recevoir des aides financières, les hôtels de Benoît et Stéphanie auront l’atout de pouvoir montrer un process sanitaire labellisé et contrôlé, garantissant l’hygiène des hôtels et rassurant les voyageurs. Ce qui ne sera pas le cas des chambres d’hôtes indépendantes ou des logements Airbnb.

« On a a chance d’avoir eu une gestion saine par le passé », déclare Benoît qui reste anxieux au moment de préparer la nouvelle saison : « il faut de nouvelles idées, être proactif, on ne sait pas comment les Français vont réagir ». Ni même si la zone de déplacement limitée à 100km autour du domicile sera maintenue cet été…

En attendant, l’hôtelier alimente son tout nouveau compte Instagram et sa page Facebook : un moyen de rappeler que derrière les noms de grands groupe aussi, se cachent des Aveyronnais au travail.