Le confinement chez les résidents handicapés mentaux

Fabienne, infirmière coordinatrice à la Fondation OPTEO de Pont-de-Salars nous raconte son quotidien avec les pensionnaires handicapés mentaux de l'établissement, bousculés dans leurs habitudes depuis l'arrivée du confinement.

Fabienne, infirmière au foyer de vie de Pont-de-Salars.

La fondation OPTEO de Pont-de-Salars est un établissement médico-social qui accueille en temps normal 80 personnes handicapées mentales adultes, dont 15 retraités. Aujourd’hui confinés dans l’établissement sans visites, les pensionnaires peinent à comprendre cette situation qui les perturbent.

Des résidents perturbés

Sur les 80 résidents habituels, une trentaine est partie à domicile pour être confinée en famille. Ces résidents en moins représentent un soulagement pour le personnel du lieu de vie qui peut alors se concentrer sur l’accompagnement de ceux sur place. Car tous les rendez-vous médicaux ou ludiques ont été supprimés, et les résidents restent entre eux toute la journée sans possibilité de sortie. « Tout le monde est très sollicité avec un accompagnement quotidien des résidents. On fait plus d’interventions, de jeux de société, on passe plus de temps avec eux » raconte Fabienne qui précise qu’ils ne sont pas confinés dans leur chambre et que les repas continuent à se prendre dans la salle à manger.

Mais ce changement de planning et d’habitudes perturbent la plupart d’entre eux, déjà fragiles mentalement. « Au départ ça allait car ils étaient moins nombreux, explique Fabienne, l’ambiance était plus calme et le personnel plus présent. Là, ça commence à être très difficile : certains développements des troubles du comportement, ils s’agitent, ils s’énervent. Certains qui étaient délirants voient leur cas s’aggraver, pareil pour ceux qui ont des troubles du sommeil. D’autres ont l’habitude de voir souvent leur famille et pleurent sans verbaliser, alors que d’autres arrivent à exprimer qu’ils sont en souffrance. »

« Ce qu’on a gagné avec moins de travail, c’est plus d’anxiété et une meilleure prise en compte de la souffrance des résidents, c’est très anxiogène »

Le rôle de l’infirmière

L’infirmière libérale Katerine Marsal appelle à faire un bon usage des masques en cette période de crise sanitaire de Covid-19. – DR

Le foyer de vie compte une cinquantaine de personnes pour prendre soin des résidents : psychologues, psychomotriciens, personnels AMP, aide-soignants… et bien sûr, les infirmières, une à temps plein et sa collègue à trois quarts temps. « Le planning a complètement changé, raconte Fabienne. Je travaillais du lundi au vendredi, mais maintenant on couvre du lundi jusqu’au dimanche, avec des journées qui commencent à 8h à se terminent à 18h30. » Si les infirmières n’ont pas forcément plus de travail, on leur demande de couvrir plus de temps sur place pour surveiller l’état des résidents, et c’est sur cette charge mentale que Fabienne veut insister : « on a plus de stress, on nous a demandé d’être là et de vérifier qu’il n’y ait aucun cas de Covid chez cette population à risque. »

Plus que le rôle de soin, Fabienne veut mettre en avant celui, plus global, d’accompagnement des résidents que portent, entre autres, les infirmières : « s’il y a une chose qui est bien ressortie au quotidien pendant cette épidémie, c’est son rôle d’alerte, de prévention, d’éducation. Elle donne des soins techniques mais aussi psychologiques, par exemple pour éviter l’isolement : c’est une dimension à revaloriser. »

« La responsabilité d’infirmière est plus mise en avant, plus sollicitée »

L’hygiène à la base de tout

Dans la filière Covid+ del’Hopital de Rodez, tous les instruments sont désinfectés intégralement après utilisation sur les patients. ©ADN12

Mais pour ces résidents fortement handicapés, le confinement, les gestes barrières ou le port du masque sont des concepts difficiles à comprendre.

« On a mis l’accent sur les mesures barrières mais on a de grosses difficultés à leur faire comprendre. Ils se lavent beaucoup plus les mains, ça ils ont compris mais les 1 mètre de distance ce n’est pas la peine. Ce sont des personnes qui ont besoin de contact, ils viennent vers nous, ils nous parlent et parfois postillonnent, ils ne toussent pas dans leur coude… » rapporte Fabienne qui se dit tout de même satisfaite des mesures mises en place par la fondation, avec (seulement) un masque chirurgical par salarié par jour, du gel hydroalcoolique, des surblouses et des visières qu’elle « garde de côté, on ne sait jamais. »

« S’il y a une chose qui est ressortiE dans la population dernièrement, c’est l’amélioration des gestes d’hygiène »

Pour cette professionnelle qui a suivi des formations d’infirmière hygiéniste, l’épidémie aura au moins fait prendre quelques habitudes nouvelles à la population. « Pour moi, l’hygiène est à la base de tout, précise-t-elle. Par exemple, il faut arrêter d’utiliser des mouchoirs en tissus et passer au papier ! On ne devrait plus avoir à répéter aux gens qu’il faut se laver les mains ou utiliser un masque quand on a un rhume, ça devrait être un geste que tout le monde a. J’ose espérer que ce sera développé. »

Le foyer de vie de la fondation OPTEO de Pont-de-Salars compte habituellement 80 résidents. Photo Google Maps

Des réserves sur l’après-confinement

Pour l’infirmière, la pandémie aura aussi aidé à renforcer les liens entre les professionnels : « Ça a amélioré le travail avec les médecins généralistes et coordinateurs, le secteur psychiatrique… ça a renforcé ces liens ».

Mais si Fabienne ne sait pas comment se passera le déconfinement, elle appréhende la surcharge de travail qui suivra avec la réouverture des rendez-vous médicaux et le retour des résidents. « Je crains surtout le relâchement et une possible seconde vague : on craint énormément la contamination car ce sont des personnes vulnérables », soupire-t-elle. Pour le moment limité aux cas suspects, l’infirmière souhaiterait aussi qu’après le confinement, l’accès au dépistage soit facilité pour tous les résidents et les membres du personnel.

Comme l’ensemble des personnels soignants, elle se dit touchée par les applaudissements de 20h, même si là encore, la mise en garde revient : « c’est bien pour les hospitaliers mais que ce soit ces marques de soutien ou les promesses faites, j’espère que tout va être tenu et que toutes les personnes qui applaudissent resteront solidaires de tous les professionnels de santé. »

« Juste avant on avait des internes qui se suicidaient sans qu’on en parle. maintenant il faudrait s’en préoccuper, de la souffrance des soignants »