Aveyron. Inquiétude grandissante chez les restaurateurs, hôteliers et cafetiers

Après presque deux mois de fermeture, les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration sont très inquiets pour leur activité. Michel Santos, président de l’UMIH (Union des Métiers des Industries Hôtellerie) de l’Aveyron et patron du restaurant Le Kiosque à Rodez fait le point sur la situation et essaye d'anticiper l'avenir.

Les professionnels du secteur ne savent toujours pas quand ils pourront reprendre une activité normale. ©ADN12

Pour les 650 adhérents de l’UMIH de l’Aveyron, la fermeture soudaine des bars, restaurants et hôtels a été ressentie comme « un véritable cataclysme » d’après Michel Santos, son président. « Ça a été très très compliqué, on fait partie du lien social entre les gens, ça fait partie de la culture en France de se retrouver au restaurant et au bistro ». Et l’annonce brutale de la fermeture, à 19h30 pour minuit le premier jour du confinement, n’a pas aidé.

« 30 % ne rouvriront pas »

Sauver les entreprises du secteur

Aujourd’hui, une centaine de restaurateurs en Aveyron se sont lancés dans des solutions alternatives comme des des plats à emporter ou des services de livraison. « On a besoin de retravailler et de refaire un peu de trésorerie », explique Michel Santos. Lancées depuis environ deux semaines, ces initiatives sont nées « quand on a vu que c’était en train de durer et qu’il fallait qu’on trouve une alternative » précise-t-il, « nos clients étaient en attente de ça, ça nous fait plaisir, on est en train de recréer du lien ».

« Nos clients sont aussi en attente et sont demandeurs, les gens ont envie de reconsommer autre chose que ce qu’ils ont à la maison »

Dans l’attente aussi, les travailleurs pour qui ces plats à emporter sont les bienvenus. Pour les salariés du BTP qui continuent à faire marcher les chantiers, certains restaurants continuent de proposer des formules avec le menu du jour. Et ça marche, confirme Michel Santos : « les gens viennent les chercher le midi et les mangent soit dans les voitures, soit dans les véhicules de chantier. » Et si ces solutions se développent un peu partout, ce dernier reste réaliste : « ça marche bien mais ce n’est pas avec ça qu’on va sauver nos entreprises. »

Le Restaurant Les Arômes propose des salades complètes à emporter Photo ©Les Arômes

98% des entreprises à l’arrêt

En Aveyron, 95% des salariés de cette branche sont en arrêt total, pour 98% des entreprises. Pour Michel Santos, la casse est inévitable : « on aura entre 20 et 30% de fermetures totales, ou de certains saisonniers qui ne seront même pas réouverts ».

« On a plein d’atouts, on peut avoir cette chance que les gens viennent chez nous plutôt qu’en bord de mer pour s’agglutiner sur les plages »

Le facteur qui fera la différence sera l’été, avec l’ouverture ou non d’une saison touristique, l’affluence, les règles sanitaires à mettre en place et bien sûr, la météo. « Ce qu’on espère c’est que les gens viendront dans nos départements ruraux, où il y a de l’espace, où il fait bon vivre, avec de la bonne gastronomie. Mais est-ce que, après le déconfinement, les gens voudront consommer ? On a cette crainte. Après, il y a aussi la météo : si on a un été pourri ce sera encore plus compliqué ! » soupire le président.

Une aide de l’État nécessaire

Rodez, ville aux commerces (presque tous) fermés depuis le confinement. ©ADN12

Si ces dernières semaines, les pouvoirs publics ont mis en place diverses aides financières de soutien aux restaurateurs, Michel Santos estime qu’elles ne seront pas suffisantes : « certaines sont cumulables, d’autres non, certains y ont droit, d’autres non… et ça ne couvrira pas tout. ». Car si le paiement des charges est actuellement décalé, il faudra bien les payer un jour ; sans compter que les entreprises qui sont actuellement en train d’emprunter pour continuer à vivre devront, à terme, rembourser ces prêts.

« Il faudrait que l’État nous aide comme en 2008 avec les banques »

Si Michel Santos insiste sur le fait que « l’État (nous) aide déjà pas mal », il espère une aide qui continuera au moins jusqu’à la fin de l’année « pour pouvoir sauver certaines entreprises qui seront en difficulté ». Il espère également une annulation des charges plutôt qu’un report : « on est en train d’y travailler avec le national » précise-t-il.

L’équipe du restaurant du Kiosque à Rodez ©Le Kiosque

Pas d’autre solution donc pour les restaurateurs que d’espérer la reprise, mais là encore, toutes les factures ne pourront pas être payées tout de suite si les mesures sanitaires obligent les restaurateurs à n’accueillir que 50% de leur clientèle : « on n’est pas sûr que économiquement, ce soit encore viable. Déjà qu’on fonctionne sur des modèles économiques où ce n’est qu’à partir de 70 ou 80% de remplissage qu’on commence à dégager une marge… ».

« On fait partie des entreprises qui ne délocalisent pas et on a besoin de main d’œuvre »

Une date de réouverture inconnue

La nouvelle place de la Cité verra-t-elle s’installer des terrasses cet été ? ©ADN12

Si pour le moment aucune date officielle n’a été donnée pour la réouverture, Michel Santos assure faire des demandes régulières à la Préfecture de l’Aveyron : « on aura plus d’info fin mai », précise-t-il, notamment après le premier Comité interministériel du tourisme qui aura lieu le 14 mai.

« Plus tôt on ré-attaque, le mieux ce sera pour, au moins, sauver ce qu’on peut sauver »

Vendredi dernier a eu lieu une réunion entre les représentants de l’UMIH et le président spécifique au secteur du CHRD et au tourisme : si aucune date n’a été donnée, quelques pistes ont été établies sur la manière de travailler pour les professionnels suite au déconfinement. « Pour les hôtels, un protocole sanitaire a été mis en place » précise le président, mais rien pour les restaurants : si les mesures de distanciation sociale ont été évoquées, rien n’a été établi. « Il ne faut pas qu’ils nous déconfinent comme ils nous ont confinés : en quatre heures ! » souhaite Michel Santos qui voudrait anticiper au maximum, avoir des consignes claires et mettre en place des protocoles pour reprendre l’activité. « Pour le moment, c’est le flou total », admet-il.

« Pour l’instant on nage en eaux troubles et on espère avoir une belle éclaircie avant l’été »

Le Restaurant de fruits de mer le Kiosque ©Kiosque

Et s’il a hâte de réouvrir, Michel Santos, comme beaucoup de professionnels, sent que les choses ne seront plus pareilles après cette crise. « Ça repartira différemment, analyse-t-il, il y aura un avant et un après pour retrouver la joie de vivre et de consommer comme on avait avant. Cette crise sanitaire aura marqué les gens et on est arrivé au bout d’un système, il faudra se reconcentrer sur de vraies valeurs. On est un territoire avec une authenticité : la valeur du travail, la qualité des éleveurs et des producteurs qui travaillent pour faire des produits d’exception. Il faudra arrêter d’acheter tout et n’importe quoi, n’importe comment : il y a de saisons à respecter, il faut qu’on revienne un peu à ça ».

Pour le moment, la seule chose que les professionnels demandent à la population aveyronnaise est de les soutenir et d’être là le jour de la réouverture des établissements : « on sera très content de les accueillir, selon un protocole sanitaire mais avec enthousiasme et envie ! » espère Michel Santos.