Force Ouvrière : « on est très très inquiet »

Alors que s'achève la septième semaine de confinement, le syndicat FO prévoit déjà une reprise économique compliquée chez les entreprises aveyronnaises comme dans les hôpitaux et met déjà en garde contre de futures entorses au droit du travail.

Si dans le secteur de la santé, la situation revient peu à peu à la normale, Christine Robert, secrétaire départementale des services publics et de santé FO, note une situation toujours tendue dans les EHPAD, malgré une mobilisation générale de la part de toute la population aveyronnaise. Pour le personnel soignant, le manque de renfort se fait lourd et la hausse du prix du matériel de protection se fait sentir sur toutes les économies : « le prix du matériel à l’unité a augmenté, celui des masque a triplé et on n’arrive pas à en trouver. Les surblouses sont passées de 30 centimes HT l’unité à 4€ l’unité » remonte Christine Robert.

Pour cette dernière, si depuis le début de la crise le personnel a nettement su faire face malgré le manque de moyens pratiques et humains, il en paye aujourd’hui le prix avec de plus en plus d’arrêts maladie pour épuisement.

« La prise en charge est épuisante car plus importante avec des gardes de 12h avec surcharge de boulot : on arrive à un effet d’épuisement »

D’autant que, comme le craignaient certains professionnels, la peur du virus a empêché certains patients atteints de maladies chroniques de se manifester : « ils arrivent maintenant dans des états plus graves et c’est catastrophique pour eux », insiste la secrétaire départementale FO.

Primes exceptionnelles : pour qui ?

Les hôtes de caisse font partie de la « deuxième ligne » pour Emmanuel Macron. Photo : DR

Alors, pour encourager ceux placés en première ligne, des projets de primes exceptionnelles de 1 500 € sont en construction avec le gouvernement. Mais les représentants de FO pointent le fait que, pour le moment, cette prime ne serait destinée qu’au personnel soignant ayant travaillé dans les services Covid+ et uniquement dans la trentaine de départements la plus touchéé par l’épidémie. Pour Christine Robert, « ce sont des effets d’annonce » qui ne prennent pas en compte que le Covid-19 a touché tous les secteurs de santé en obligeant des services à fermer ou à se réorganiser pour accueillir d’éventuels patients Covid. Enfin, si les agents de la fonction publique dépendront de l’Etat pour toucher ces primes, ceux de la fonction territoriale dépendront du bon vouloir des municipalités.

« On n’est pas tous à la même enseigne »

« Il y a de plus en plus de secteurs qui commencent à grogner », rajoute Emmanuel Dumas secrétaire général de l’UD FO. Par exemple, celui de la grande distribution : si une prime de 1 000 € a été promise par Bruno Le Maire, le Ministre de l’économie, « en fait très peu la verront car elle est remise en cause par certains grands groupes et pour les franchisés, ce sera au bon vouloir des directeurs de magasins », d’après le secrétaire général.

« On redoute la reprise économique »

Les professionnels du secteur ne savent toujours pas quand ils pourront reprendre une activité normale. ©ADN12

D’après les derniers chiffres de la DIRECCTE  avec laquelle FO reste en lien, ce sont 30 000 salariés et 4 000 entreprises et associations qui sont concernés par le chômage partiel en Aveyron. Et même si le choc est un peu estompé pour certains producteurs locaux, grâce à la grande distribution « qui a joué le jeu et qui est retournée auprès des producteurs locaux pour maintenir les emplois et les activités chez les agriculteurs », Emmanuel Dumas redoute la reprise économique.

Pour les autres entreprises du secteur privé, Jérôme Nigris, secrétaire de l’union locale FO de Villefranche constate qu’il y a « beaucoup de questions de la part des salariés et des craintes pour leurs emplois : aujourd’hui, beaucoup d’employeurs commencent à aborder l’aspect économique de la situation. Il y a eu des réductions des commandes mais les salariés se demandent si les employeurs ne vont pas profiter de cette crise pour leur faire payer ». Car en plus de la perte de leur emploi, certains salariés craignent que les entreprises ne commencent à remettre en cause le droit du travail. « Les 35H, les congés, les RTT… ils craignent que certains employeurs ne disent  » on va avoir une crise économique, donc il va falloir faire des efforts  » : les salariés sont d’accord pour faire des efforts, mais ils ont aussi l’impression que c’est toujours eux qui doivent le faire » rapporte Jérôme Nigris.

« L’après Covid va voir apparaître des conflits sociaux jamais vus : certains voudront renégocier des accords d’entreprises, les organisations syndicales seront vent debout pour sauver le plus possible les salariés. On s’attend à un chantage à l’emploi très important. »

(Emmanuel Dumas secrétaire général de l’UD FO)

Une crise économique aussi pour les hôpitaux

Toutes les opérations en ambulatoires ont été annulées. ©ADN12

Si Jérôme Nigris insiste pour remercier les élans de générosité dont les habitants ont fait preuve envers les hôpitaux, il pense aussi à la suite et espère que « quand on leur demandera de sauver le service public, cet engagement sera toujours présent ».

« Il y a un vrai problème de fond qui se pose : si le service public n’avait pas été là, ça aurait pu être pire, il faut le défendre à tout prix » 

Et la grande inquiétude de Christine Robert, c’est bien la santé économique des hôpitaux pour l’après Covid : « tout a été fait pour recevoir du Covid dans tous les établissements et donc toutes les activités ont été arrêtées… Tous les hôpitaux et les maisons de retraites sont dans le rouge ». Car qui dit services fermés, dit absence de rentrée d’argent…

L’Agence Régionale de Santé a indiqué que des moyens supplémentaires seraient mis en place pour les hôpitaux qui ont accueilli des patients Covid, mais le syndicat craint que cette enveloppe soit constituée au détriment des autres établissements, alors que tous, Covid ou non, ont été touchés de plein fouet par cette crise. « Il faudrait, pour les hôpitaux aussi, annuler les dettes et les charges sociales pour les établissements qui n’ont plus d’activité, donc plus de budget. Il faudrait que le gouvernement s’occupe des fonctionnaires aussi bien qu’il s’occupe des patrons… » conclue la secrétaire départementale, soucieuse.