Bosch. Les élus locaux montent au créneau pour pérenniser la production de masques à Onet

Les députés Stéphane Mazars et Arnaud Viala, ainsi que le maire d'Onet-le-Château Jean-Philippe Keroslian sont intervenus auprès de la Secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher et du Ministre de l'Economie Bruno Le Maire. @ADN12

Comme nous vous l’annoncions dans notre article du 14 avril, Bosch prévoit de se lancer dans la fabrication de masques dès le mois prochain sur le site castonétois. Une nouvelle activité de circonstance, accueillie favorablement par les différents acteurs locaux mais qui soulève encore pas mal d’interrogations : pourquoi des lignes manuelles alors que le groupe prévoit de lancer cinq lignes automatisées sur ses sites allemands, américains et asiatiques ? pourquoi réserver les masques produits à Onet aux personnels de Bosch quand ceux produits sur les autres sites seront destinés au grand public ? pourquoi ne pas les faire homologuer eux-aussi pour les vendre aux secteurs en besoin ? est-ce que la production est amenée à perdurer dans le temps, une fois la crise passée ? est-ce une manière de pérenniser les emplois aveyronnais, menacés par la crise du diesel ?

Bosch peut-il profiter d’une relocalisation industrielle ?

Le député Stéphane Mazars veut croire en la relocalisation industrielle en France après la crise.@ADN12

Autant de questions que s’est aussi posées le syndicat CFE-CGC, qui voit là une opportunité à saisir pour l’usine locale en ces temps difficiles. Son secrétaire Jacques Douziech, a donc décidé de mobiliser représentants de l’Etat et élus locaux pour faire pencher la balance : « Il est indispensable que l’Etat s’engage fermement en nombre (de masques) et dans la durée pour que le groupe Bosch investisse à Onet-le-Château. Cette fabrication est une porte d’entrée dans la reconquête d’activités stratégiques (…). C’est une façon de garder un savoir-faire localement et de pérenniser des emplois ».

Une requête à laquelle a répondu notamment le député LREM Stéphane Mazars, qui a immédiatement pris contact avec la Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Economie, Agnès Pannier-Runacher.

« D’un côté, on a une usine qui cherche des pistes de diversification. De l’autre on a l’Etat qui annonce vouloir sécuriser son approvisionnement en masques en cherchant des sources de production pérennes et souveraines. L’idée était de dire à Bosch : pensez à la France, quitte à ce qu’on vous aide. »

(Stéphane Mazars, député de l’Aveyron)

Problème, selon la Secrétaire d’Etat : d’autres entreprises au niveau national se sont déjà lancées dans la production en masse de masques à destination de la population… Elles auraient donc une longueur d’avance sur la production castonétoise. « Nous en sommes donc au stade de la réflexion » avance prudemment Stéphane Mazars, « dans l’hypothèse où la France aurait besoin de plus de masques, et dans l’hypothèse où Bosch serait capable de les fournir, cela pourrait être une opportunité ».

Le député aveyronnais admet par ailleurs être bien conscient qu’une, voire même deux lignes de production de masques ne suffiront pas à pérenniser les 1 300 emplois du site castonétois menacés par la crise du diesel : « c’est une piste de plus dans le projet de diversification mais ça ne peut évidemment pas constituer le grand projet d’avenir… ». Selon lui, la crise actuelle peut constituer une opportunité plus large pour le site ruthénois, à l’heure où s’ouvre le débat d’une possible réindustrialisation de la France après des décennies de délocalisations…

« Dès que la crise a débuté, on a vu les limites du système existant : des masques et des molécules produites en Chine, et donc des difficultés d’approvisionnement pour les pays européens, qui examinent aujourd’hui les possibilités de relocaliser les process industriels… Dès lors, nous avons écrit aux dirigeants allemands de Bosch, que nous avions rencontrés à Stuttgart, pour qu’ils revoient leur position : à l’époque, ils souhaitaient continuer à produire leurs batteries électriques en Chine pour des questions de rentabilité… à l’aune de la situation actuelle, on leur demande de réfléchir à un projet qui pourrait plutôt bénéficier au site d’Onet… »

(Stéphane Mazars)

Une demande adressée le 3 avril dernier et cosignée par les deux autres députés du département, les deux sénateurs, le maire d’Onet et le président de Rodez Agglomération, qui n’a, à ce jour, reçu aucune réponse.

En attendant, le député LR Arnaud Viala a cette semaine écrit un courrier adressé au Ministre de l’Economie Bruno Le Maire et à sa Secrétaire d’Etat, dans lequel il leur demande d’intervenir auprès des dirigeants du groupe pour réfléchir à produire des masques destinés au marché mondial sur le site aveyronnais. La préfète de l’Aveyron et le maire d’Onet-le-Château, Jean-Phillippe Keroslian, se sont également emparés du sujet. La Direction de Bosch n’a quant à elle toujours pas communiqué officiellement sur son projet.