Pêche en Aveyron. « Si le confinement dure, ça va se compliquer »

« Heureux comme un poisson dans l'eau » dit-on... le pêcheur, lui, ronge son frein... de moulinet, au moins jusqu'au 11 mai !

Elian Zullo, directeur de la Fédération de Pêche de l'Aveyron, espère une reprise de l'activité en juin. @ADN12

Trois petits jours : entre l’ouverture de la pêche à la truite le 14 mars dernier et le début du confinement le 17 mars, c’est le temps qu’auront eu les amateurs de farios pour profiter de leur loisir préféré en bords de lacs et rivières…

« On ralentit l’alimentation des truites pour qu’elles ne grossissent pas trop vite »

Nous avons fait le point par téléphone avec Elian Zullo, directeur de la Fédération de Pêche de l’Aveyron…

Comment se passe le confinement au sein de la Fédération de pêche ?

Comme toute entreprise, nous avons nos 16 salariés en chômage partiel, le secteur animation est arrêté, le secteur scientifique a un peu de travail en télé travail, seul le secteur pisciculture travaille. Depuis ce lundi 13 avril, un arrêté préfectoral nous autorise à aller sur le terrain. Nous faisons des relevés sur les thermographes pour suivre la température de l’eau en rivières et lacs. Là, on est en phase de pose pour l’été, il nous fallait l’autorisation de la préfecture. Le printemps est une période d’investigations sur le terrain : température, oxygénation de l’eau… pour estimer les effets sur les œufs de truites d’où l’importance d’avoir nos trois ingénieurs sur le terrain. Donc un confinement total mais aussi des actions indispensables de suivi depuis 20 ans sur nos cours d’eau aveyronnais. A la fédération de pêche, le travail se fait grâce à nos professionnels mais aussi avec l’appui de nos bénévoles, malheureusement là, tout est en stand-by…

Comment s’organise la gestion des cours d’eau et lacs en cette période ?

En confinement, la gestion est réduite à sa plus simple expression. Le budget de la fédération est de 1 million d’euros, les cartes représentent environ 30 % , le reste ce sont soit des subventions avec l’agence de l’eau car nous fournissons les données utiles à leur fonctionnement, soit la fédération nationale qui reverse des sommes suivant les actions que nous menons et enfin des prestations d’adhésions comme au lac des Picades et les animations payantes. L’entretien des rivière ce n’est pas notre secteur d’activité, nous sommes simplement les partenaires des syndicats de rivières. On travaille beaucoup avec eux. Sur la convention que nous avons, on mutualise nos actions d’analyses et derrière se sont eux qui mettent en œuvre les politiques nécessaires. C’est d’ailleurs grâce aux syndicats et à la chambre de l’agriculture que nous entrons dans le monde agricole pour améliorer les choses.

Les pêcheurs devront encore patienter avant de retrouver leurs terrains de jeu favoris. DR

Est-ce que la saison s’annonçait fructueuse pour les pêcheurs, les espèces étaient là ?

C’est encore trop tôt pour pouvoir répondre. Nous avons seulement un ressenti, après 2018 qui a été catastrophique en reproduction car il y avait trop d’eau à l’éclosion des œufs. 2019 a été une bonne saison, il semble que l’on soit sur cette même dynamique.

Il y a un programme de lâchers depuis l’ouverture, est-il stoppé ?

En raison de l’épidémie actuelle de Coronavirus, la fédération de l’Aveyron pour la pêche et la protection du milieu aquatique est fermée depuis le lundi 16 mars. Nous supprimons également les lâchers de truites prévus dans les semaines à venir, les Picades sont fermés, l’objectif est d’éviter tout rassemblement de personnes, même au bord de l’eau, sur les parcours de pêche prévus à cet effet.

Comment vous êtes-vous organisés avec vos fournisseurs et les associations ?

Les fournisseurs, c’est nous. Nous avons notre pisciculture fédérale à La Mouline, près de Lapanouse de Cernon, dans le sud Aveyron. Nous élevons 30 tonnes de truites. Vu le confinement nous allons ralentir l’alimentation des truites afin qu’elles ne grandissent pas trop vite. Avec les associations nous avons heureusement lâché près d’un quart des besoins en truites. Si le confinement dure encore longtemps cela va se compliquer…

Les lacs et cours d’eau ont-ils été repeuplés avant l’ouverture ?

Non pas d’alevinage, on s’est aperçu que cela ne marchait pas. Seule la reproduction naturelle donne de bons résultats. Nous ne lâchons que des poissons adultes pendant la saison en donnant les dates et lieux des lâchers.

Après le confinement, le programme de lâchers sera-t-il modifié ?

Avec les associations nous allons voir comment procéder. Plusieurs idées en ressortent. Augmenter le nombre de lâchers sur la période avant l’été ou augmenter le pourcentage de truites à chaque lâcher restant ou répartir les lâchers sur septembre…

« Ce sont les salariés de la fédération qui sont le plus impactés par cet arrêt forcé »

Pour l’école de pêche, la reprise est espérée fin mai. DR

Les sorties de l’école de pêche seront-elles remboursées ?

Certains avaient pris plusieurs journées, qu’ils se rassurent, les chèques qui concernent ces prestations ne seront pas encaissés. On espère qu’en juin, juillet, septembre et octobre tout rentrera dans l’ordre. Croisons les doigts !

A l’ouverture de la pêche, le nombre de cartes était-il à la hauteur des ambitions de la Fédération ?

Les ventes de cartes sont clairement en baisse même s’il est difficile de comptabiliser car avec l’option halieutique, bon nombre de pêcheurs viennent d’autres départements et inversement. Dans l’Aveyron, il y a 41 associations locales et une fédération départementale avec un conseil d’administration. La structure vit bien grâce aux partenaires et aux institutions qui nous soutiennent. Pour en revenir à la baisse de cartes, -2% par an, ce n’est pas au dépend des jeunes, au contraire.

« Moins de pratiquants mais plus de passionnés »

D’où vient cette baisse constante ?

On est parti d’une pêche nourricière, tradition de nos campagnes où tout le monde pêchait, à une orientation de spécialisation. Nous avons moins de gens qui pratiquent mais plus de passionnés. Les pêcheurs du dimanche se raréfient au profit des passionnés, d’ailleurs nous constatons une diminution des cartes départementales au profit des cartes de réciprocité interdépartementale, c’est notre baromètre.

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