Rodez. Un taux d’infection très faible chez les soignants de l’hôpital

Si un protocole sanitaire strict a été mis en place pour protéger le personnel soignant comme les malades de l'hôpital de Rodez, les conséquences psychologiques du COVID-19 sur les patients et la peur de la contagion sont plus que présents. Mais le personnel médical reste motivé, notamment grâce au soutien de la population qui multiplie les gestes de solidarité.

Dans la filière Covid+, tous les instruments sont désinfectés intégralement après utilisation sur les patients. ©ADN12

Pour Isabelle Vidal, médecin hygiéniste responsable de la bonne application des mesures d’hygiène à l’hôpital auprès des patients comme du personnel médical, le protocole de protection a été pensé scrupuleusement. « Dès janvier nous avons fait des journées de formations auprès du personnel sur le port de l’équipement » : surblouses, charlottes, gants, masques… « On nous a proposé très tôt des visières, maintenant on nous propose des combinaisons », précise-t’elle, pour éviter les ruptures de stocks. Elle se réjouit de l’élan de solidarité que l’épidémie a provoqué : une entreprise aveyronnaise a même proposé au personnel médical des tabliers en plastique venant de l’industrie automobile, fabriqués par des couturières !

« S’habiller et se déshabiller prend trois fois plus de temps de personnel. Certains services ont dû être fermés pour récupérer du personnel. »

Dr Simon Ray, médecin du service des maladies infectieuses et responsable de la coordination territoriale

Isabelle Vidal, médecin hygiéniste ©ADN12

« Nous avons déprogrammés les activités car nous sommes en plan blanc et ce depuis le 13 mars. Ce sont ces déprogrammations qui nous ont permis de pouvoir réorganiser l’hôpital et de renforcer les équipes dans les unités dédiées à la prise en charge du Covid » précise Anne-Lise Barral, directrice adjointe qualité, coopérations et communication de l’hôpital.

Pas de cas déclarés chez les soignants

Et ces mesures payent : pour le moment, le taux d’infection reste très faible chez les soignants puisqu’au sein de l’unité Covid, aucun n’a contracté le virus dans le cadre professionnel. D’après l’hôpital, les seuls cas recensés ont probablement été contaminés à l’extérieur de l’hôpital.

D’après la communication de l’hôpital, les soignants comme les patients ont toujours été dépistés :

« La stratégie est de dépister les personnes symptomatiques (fièvre + toux ou autres types de symptômes pouvant évoquer le Covid). Nous avons par ailleurs très vite organisé ces dépistages dans les établissements pour personnes âgées pour les patients et pour les soignants sans autre limite que celle d’avoir des symptômes. »

 

Et s’il est aujourd’hui plus facile de se procurer des tests qu’au début de l’épidémie, « c’est encore insuffisant pour un dépistage massif ». Anne-Lise Barral précise : « sur le dépistage massif, il s’agit d’une doctrine qui vise à dépister les symptomatiques et non symptomatiques ce qui posent aujourd’hui en Aveyron problème car nous n’avons ni les moyens techniques ni humains pour procéder à cela. »

Car si l’idée d’un dépistage massif au moment du déconfinement fait son chemin, nous en sommes encore loin. Seuls les pensionnaires des EHPAD sont dépistés depuis peu : après que des cas se sont déclarés dans plusieurs établissement de France (dix en Aveyron jusqu’ici), une décision nationale a été prise pour systématiser les tests auprès des pensionnaires. En Aveyron, la mission a été confiée à l’Udsma pour « protéger les structures ».

Le sas avant d’entrer en zone Covid+ : blouse, surblouse, charlotte, lunette, gants et masque FFP2 obligatoires. ©ADN12

L’Aveyron en seconde vague

L’hôpital de Rodez se félicite de ne pas avoir été surpris par la vague des admissions : « nous n’avons pas été les premiers à recevoir la vague, et nous avons fait preuve d’anticipation, explique le Dr Simon Ray. Parfois, le tempo nous a pressé, avec une montée en charge que nous avions prévue sur une semaine et qui s’est faite en 48h. » Mais depuis fin janvier, les services de l’hôpital ont essayé d’anticiper le pire, avec des commandes de masques et de surblouses.

« Une fois que c’était arrivé en Italie, on savait que ça allait nous tomber dessus » (Dr Bruno Guérin, chef du service des maladies infectieuses)

Avec le réaménagement de l’hôpital, toutes les chirurgies ambulatoires ont été annulées : ne restent que les urgences et les prises en charges qui, si elles ne sont pas réalisées, peuvent générer des pertes de chances pour les patients (maladies chroniques, vaccins des enfants, suivi des femmes enceintes…). La zone de réanimation, spécialement réaménagée, comprend 11 lits Covid (confirmés), réaménagée avec 9 lits de plus. La zone d’attente comprend 12 lits et la filière non-Covid, elle, comprend 8 lits.

Port du masque obligatoire, même dans la filière sans Covid. ©ADN12

Une équipe soignante qui « veut y aller »

La surmédiatisation du virus rend la maladie angoissante pour les patients qui, en plus, sont confrontés à des difficultés respiratoires « très anxiogènes, mais de la même façon que peut l’être un œdème du poumon » rapporte le Dr Ray. Côté soignants, si certains ont eu des questions au début de la crise, les chefs de service expliquent que l’organisation draconienne et l’apport de matériel a su les rassurer.

« Le plus compliqué a été l’incertitude face aux réponses à donner aux patients car tout a évolué dans le temps. »

D’autant que d’après la direction, le choix a été laissé aux personnels soignants de travailler ou non dans les zones de haute densité virale. Et, étonnamment, la majorité d’entre eux s’est portée volontaire : « les infirmières ont envie elles aussi de mouiller la chemise, elles veulent y aller. Mais nous gardons à l’esprit qu’il faut durer dans le temps et donc préserver les effectifs, en garder un peu de côté », explique le Dr Ray. Heureusement, les nombreux repas offerts et autres chocolats reçus tous les jours contribuent à redorer le moral du personnel soignant qui doit maintenant se méfier d’un autre ennemi : la prise de poids !

« On est soignants, on a signé pour ça, on sait où on est »