Rodez. Les visières du Fablab de la MJC font fureur

Au début du confinement, le FabLab RuTech de la MJC de Rodez s'est demandé comment aider avec leurs moyens, en ces temps de crise. Et puis l'idée de créer des visières de protection a germé et depuis, elle a été reprise dans plusieurs Fablab d'Occitanie.

Fabriquées grâce aux bénévoles et à la machine de découpe laser du Fablab RuTech de la MJC de Rodez, les visières de protection ont permis de répondre à une demande urgente des professionnels de santé, notamment au début de l’épidémie alors que les protections manquaient pour tout le monde. Si aujourd’hui la plupart du personnel hospitalier est bien équipé, elles représentent une solution alternative pour tous les autres professionnels en contact avec le public : pharmaciens, infirmiers libéraux, personnels de mairie, personnels d’EHPAD

Plusieurs versions d’essai

David Marois, le directeur adjoint de la MJC raconte les premiers tâtonnements : « en lien avec le réseau régional des Fablab d’Occitanie, on réfléchissait à ce qu’on pouvait faire pour que les Fablab agissent et fabriquent, comment ils pouvaient être un maillon essentiel pour aider car il y avait clairement un problème d’équipement. » Si l’idée de fabrication de masques a longtemps tourné, le concept de découper du tissu SMMS via la découpe laser n’a finalement pas été validé par l’ARS. Dommage, mais pour David Marois :

« Pas question de prendre un risque en proposant aux soignants une solution non-validée par le personnel compétent »

D’où les visières. Composées d’une structure en plastique imprimée par l’imprimante 3D du Fablab et découpée par leur découpe laser, dans laquelle se glisse une feuille en PVC, elles ont l’avantage de ne laisser passer aucun postillon, et d’être réutilisables après désinfection complète. Et pour les mettre au point, c’est toute la communauté des makers d’Occitanie, mais aussi de France et à l’internationale qui s’est mobilisée : car la crise sanitaire est partout et tous les pays ont connu une demande urgente de matériel. « On s’est coordonné via un groupe Facebook et ce sont des amis de Bilbao qui nous ont passé le fichier à la base, en lien avec le RedLab, le réseau régional des Fablab d’Occitanie, lui-même en lien avec le réseau français », raconte David Marois.

« Pour aider au mieux les soignants et les personnels mobilisés, les bénévoles adaptent la visière selon les retours qui leur sont faits »

Si les premières versions sont moins solides et n’évacuent pas très bien la buée, la version 4 règle ces deux problèmes. « Elles sont 100% sûres car ce sont les mêmes solutions que les visières professionnelles, même si elles sont moins robustes et moins confortables » affirme David Marois qui s’est occupé de tout l’organisationnel. Au début distribuées entièrement montées, le Fablab les propose aujourd’hui en kit, avec une notice de montage et d’entretien destinées aux bénéficiaires.

David Marois montre le premier prototype de la structure en plastique ; à côté, la version 4, la dernière, qui permet plus d’aération.

David Marois en explique la fabrication : « en 45 minutes, la découpe laser découpe 30 cerclages en PMMA, ensuite nous devons enlever un film plastique sur ce PMMA (ce film permet de faire une découpe propre). La feuille PVC (feuille transparente couramment utilisée pour des documents administratifs) est, elle, découpée aux ciseaux pour arrondir les angles. » Avec un total impressionnant de 150 à 200 visières fabriquées en une journée.

Et pour le prix ? Avec une dépense pour la structure en PMMA de 1 500€ pour 1 600 visières, le coût de la matière revient à environ 1€ par visière, « hors main d’œuvre des bénévoles » précise, à raison, David Marois. Ces visières, distribuées gratuitement, ont pu se faire grâce au soutien de la Fondation Orange qui a octroyé au Fablab une enveloppe financière qui a permis l’achat du PMMA, mais aussi l’entreprise Abor, la Papeterie Ruthénoise et la Ville de Rodez qui ont donnés 2 000 feuilles de PVC.

« Merci aux bénévoles fortement impliqués : Laurent M., Laurent B., Christine, Christian, Nicolas et Nathalie. […] La MJC de Rodez tient à remercier la Fondation Orange, qui soutient cette initiative et le FabLab RuTech, […] l’entreprise Abor, la Papeterie Ruthénoise et la Ville de Rodez […] et tous ceux qui proposent leur soutien pour cette action solidaire. »

Communiqué de la MJC

Au Fablab de la MJC, ce sont 6 makers qui se relaient dans les deux salles, un par pièce pour respecter la distanciation sociale. « Une douzaine de Fablab en région Occitanie s’est lancée dans la fabrication de visières jour et nuit. Environ 15 000 visières ont été fabriquées dans la région » déclare fièrement le directeur adjoint de la MJC.

« Notre premier prototype est sorti le mercredi 25 mars en lien avec le RedLab (réseau régional des FabLabs d’Occitanie) »

Atelier découpe laser

Déjà 1 550 visières distribuées en Aveyron

Alors que la fabrication se faisait au comte goutte entre le 25 mars et le 2-3 avril, le rendement mais aussi la distribution s’est améliorée avec le temps : « au début nous avions des demandes éparpillées de pharmaciens et puis nous sommes allés à la source professionnelle pour ne pas nous éparpiller et éviter des injustices. » explique David qui s’est occupé de faire le lien. C’est pourquoi ce mercredi 8 avril, la MJC de Rodez a remis 600 visières directement à l’Ordre des infirmiers de l’Aveyron et à l’Ordre des pharmaciens de l’Aveyron : avec ses 120 pharmacies, le département compte maintenant 2 visières par pharmacies.

Prochaine étape : la distribution dans les 60 EHPAD aveyronnais, via le Conseil départemental et en lien avec l’ARS pour assurer la coordination.

« On a eu beaucoup de priorités à gérer : l’ESAT de Ceignac, les salariés des Habitats Jeunes du Grand Rodez… demain ce sera pour les EHPAD : c’est une urgence car 10 sur 60 sont contaminés. On va d’abord commencer par ceux contaminés, puis le reste. »

David Marois

Photo de groupe de tous les membres de l’équipe RuTech (juin 2019) ©Photo MJC

Priorité à ceux en contact avec le public

Si le Fablab annonce avoir assez de matériel pour fabriquer encore 1 200 visières, leur priorité reste les demandeurs directement en contact avec le public : « on ne pourra pas équiper toutes les entreprises qui reprennent l’activité et qui nous sollicitent : c’est une réponse alternative à une situation d’urgence. On est solidaires des associations en contact avec le public, les professionnels de santé et toutes les personnes dans ce cas. »

« On s’est livré à fond sur trois semaines »

Le prochain objectif sera de répondre aux demandes des EHPAD, puis de fournir les nouvelles versions 4.0 des visières aux premiers bénéficiaires qui n’ont pas eu la chance de profiter des versions améliorées. Pour le directeur adjoint, le travail est loin d’être terminé : « On réfléchit aussi à travailler sur d’autres équipements comme des améliorations des masques Décathlon… ça va dépendre du besoin ».

« Si cette crise se poursuit, on souhaite se mobiliser, si nos machine outils peuvent être des ressources pour aider, on le fera »

Avec David Marois à la coordination, Bruno Houles (directeur de la Maison des jeunes et directeur artistique du Théâtre des Deux Points) sur place pour la fabrication et les 6 bénévoles, le Fablab n’a pas besoin d’un coup de main supplémentaire. « De toute façon on ne peut pas aller plus vite que la machine, on doit attendre qu’elle finisse la découpe » confirme Bruno Houles.

Et toute l’équipe du Fablab voit déjà au-delà des frontières, avec l’envoi possible de visières en Afrique où la pandémie va faire des dégâts : « même si on a déjà des soucis de matière en France (certaines régions galèrent à obtenir du plastique PMMA), si on peut être solidaires avec nos pays voisins, on essayera de le faire. »

« On souhaite être agiles et faire tomber les barrières pour aider et ne pas raisonner uniquement à l’échelle de Rodez et de l’Aveyron »