Rémi, aide-soignant à domicile : « Le pilier central, c’est la famille »

Si le coronavirus a mis au premier plan les médecins et les infirmiers, Rémi, aide soignant de 46 ans à Villefranche, rappelle que les auxiliaires de vie et les aides soignants font aussi partie des personnels au premier plan à domicile, dans les hôpitaux ou les EHPAD.

Après 10 ans d’exercice en maison d’accueil spécialisée puis en long séjour à l’hôpital, Rémi travaille depuis trois ans au centre de soin de l’UDSMA à Villefranche-de-Rouergue.

Il nous rappelle le rôle de l’aide soignant qui est lui-aussi amené à intervenir auprès des personnes à domicile. « L’aide soignant est un outil des infirmiers, nous sommes encadrés par un décret mais on ne peut intervenir que sous la responsabilité d’un infirmier », précise-t-il avant d’enchaîner sur la description du service de soin à domicile à l’UDSMA : « mon rôle c’est d’accompagner les personnes dans des actes d’hygiène et de confort. Je me déplace chez les personnes âgées de plus de 60 ans, et parfois chez des personnes handicapée dans le cas d’un besoin de soin à la maison. » Pour Rémi, le plus important était de rappeler que les soins des personnes à domicile se font en binôme avec les infirmiers ou les auxiliaires de vie : aucun de ces trois corps de métier ne peut s’occuper seul d’une personne âgée dépendante.

Matin et soir

Dès 7h du matin, Rémi se rend chez ses patients toute la matinée : « je vois en moyenne huit personnes par matinées ». Avec, en plus du soin à la personne, l’attention constante  pour repérer des signes extérieurs qui pourraient supposer une maladie quelconque qu’il faudra remonter à l’UDSMA et à la famille. Puis après une coupure de 12h à 16h, Rémi revient chez le patient pour le coucher, parfois tard en soirée. « Tout ce qu’on a construit le matin, on le déconstruit le soir : il faut les déshabiller, les coucher, faire la toilette, les soins de prévention d’escarres… »

Alors que notre article du 3 avril lui a donné l’impression que les infirmiers étaient présentés comme pilier central de l’accompagnement à domicile, Rémi ne le perçoit pas comme ça et rappelle le rôle important des aides soignants, des auxiliaires de vie, mais pas seulement : « le pilier central c’est la famille, l’entourage. Ce sont eux les coordinateurs et les accompagnants. Heureusement que l’entourage n’est pas bien loin, sinon l’accompagnement à domicile serait très très très difficile. »

« Les soins ne reposent pas que sur les infirmiers et les médecins ! »

Un protocole sanitaire aussi à domicile

Amené à voir des patients toute la journée, Rémi est aussi en première ligne avec une constante attention à ne pas faire rentrer le virus chez un patient. Heureusement, l’UDSMA  de Villefranche semble être assez fourni en masques, blouses, surblouses et gants.

« On a mis en place des protocoles : je me lave les mains dès que je rentre chez un patient avant de passer mes gants. On utilise pour chacun d’entre eux une blouse qu’on laisse chez eux, dans un sac à l’entrée, et qu’on change une fois par semaine. On arrive avec le masque déjà sur le visage qu’on change une à deux fois par tournée. Depuis le début de la semaine dernière, on a des FFP2. Au vu des protocoles mis en place, on est pas porteurs et on est protégés. »

Rémi, aide-soignant

Rémi et sa femme Pascale, auxiliaire de vie.

Ce même protocole désoriente parfois les patients eux-mêmes qui ne comprennent pas toujours l’importance du phénomène et sa dangerosité, surtout pour eux. « Ce n’est pas toujours facile à faire comprendre aux gens, soupire Rémi. Certains trouvent que c’est trop. D’autres sont étonnés par les masques, surtout à la campagne : certaines personnes sont confuses, désorientées ». Car le port du masque, en cachant visage et sourires, instaure une distance, parfois difficile à supporter, surtout pour les personnes seules dont le personnel médical constitue l’unique visite de la journée.

« Les patients vivent une forme de deuil par rapport aux relations sociales »

Pour d’autres, le fait de voir Rémi tout habillé avec son matériel de protection les inquiètent : les patients craignent qu’il ne colporte le virus et lui demandent souvent si, parmi les personnes chez qui il intervient, certaines sont touchées. Rémy les rassure : pas de cas parmi ses patients à Villefranche pour le moment. Et si c’était le cas, là aussi il y a un protocole avec une hospitalisation immédiate et des tests fait à l’hôpital.

« Pour le moment, il n’y a pas de problèmes. On a pas à se faire de soucis sur le virus mais toute cette période sera sans doute aussi un moyen de nous questionner sur le devenir de l’humanité.

J’espère qu’après, on pourra voir plus d’entraide et de soutien aux personnes les plus fragiles à l’avenir. Il faudrait trouver des moyens de développer l’entraide, la relation à autrui : que le confinement devienne révélateur de relations plus humaines. »