Lettre ouverte d’une adolescente destinée… au virus !

Alyson, 16 ans, étudiante en seconde au lycée François d'Estaing de Rodez publie une lettre ouverte s'adressant au virus. Un message sur le ressenti de nos ados face au fléau planétaire.

Confinée et armée face au COVID-19, Alyson, étudiante au lycée François d'Estaing, envoie une lettre ouverte au virus.

Pas facile d’être adolescent en période de pandémie. C’est pendant cette période que l’être humain se construit, s’éduque à la vie, communique, s’exprime et forge son avenir. Un confinement qui fait réagir la majorité d’entre eux, avec leurs mots et la manière de s’exprimer.

On est tous contre toi

Le monde a connu les pires épidémies, choléra, peste, malaria, ébola et bien d’autres… Nous voilà aujourd’hui confinés à cause de toi, COVID-19. D’abord la Chine et maintenant le monde. Que veux-tu de plus ? Des milliers de personnes meurent chaque jour par ta faute, mais rien ne t’arrête. Beaucoup de rumeurs courent à ton égard et je pense que certaines sont proches de la vérité, d’autres non. Aurais-tu été créé pour des raisons politiques ou d’économie ? Aurais-tu l’idée de nous exterminer ? Tant de fake-news et de contre-vérités, même en danger l’homme a ses travers. Toutes ces raisons d’adultes, je n’en sais rien mais vu les personnes concernées, tu n’auras que la mort de milliers, voire de millions de personnes sur la conscience.

Bref.

Depuis 19 jours, par peur de toi, nous sommes privés de sorties, privés de rencontres, privés de nos familles, nos amis, privés de vie sociale, privés de bonheur, pour certains privés d’amour, privés de vivre, privés de bons moments, privés de voyages, privés de cours, parfois privés d’avenir.

Ici, enfermée chez moi, l’ennuie, la tristesse, le manque, sont mes accompagnants privilégiés. Les cours que j’ai à distance grâce à mes professeurs bienveillants, je ne les comprend que vaguement, car un ordinateur ne remplace pas la présence physique en classe, ne remplace pas l’échange verbal. Je m’estime chanceuse de ne pas passer mon bac, ou mon brevet, ou tout autre examen important cette année. Mais par ta faute encore une fois, je n’ai pu que retarder les projets qui me tenaient tant à cœur, mes études en milieu scolaire, le théâtre, le cinéma, la pêche avec mon club, ma salle de sport, les voyages…

J’aime ma famille, mais la vie à leurs côtés tous les jours, 24h sur 24, sans cesse, je regrette mon lycée, j’ai du mal à respirer. Mes amis, je les appelle, leur envoie des messages, des vidéos et j’en reçois autant. Mais ça ne remplace toujours pas le besoin que j’ai de les voir. Je déprime, l’amitié, les sourires, les rigolades, les délires me manquent. Ceci devient grave au point que mes professeurs me manquent aussi !

Là, seule dans ma chambre, je pense. Je pense à toi et à quel point j’ai envie que tu disparaisses, je pense à toutes les familles qui ont perdues une partie d’elles par ta faute, je pense à tous les hommes et les femmes qui ne dorment plus pour se battre contre toi, je pense à tous les gens inconscients qui se baladent dehors comme s’ils n’avaient rien compris ! Et cela me rend folle de rage. Une haine à ton égard m’envahit, nous envahit, de jours en jours, malgré que ceci ne te fasse pas peur, oh non, bien au contraire.

Il est vrai qu’en temps normal, je ne sortais pas beaucoup, ne me pose pas la question de pourquoi, je ne saurais y répondre, mais aujourd’hui, je n’ai qu’une envie, c’est de sortir dehors, me balader, aller courir, aller voir mes grands-parents, sortir avec mes amis, aller au cinéma, au parc, à la pêche, à la piscine, au restaurant, au sport, aller faire du vélo, au bord d’une rivière, vivre ma vie d’adolescente…

Penses… penses comme moi, à ces veufs et ces veuves, ces orphelins, ces soignants, ces enfants, ces personnes âgées, ces élèves, ces artisans, ces travailleurs, ces amis, ces familles, à toutes ces vies que tu brises et fragilises. On annule, on décale des événements, des mariages, des enterrements, des déménagements, des divorces, des examens, des concerts, des projets, et tout ça pour toi. Mais qu’aurons-nous en échange ? Qu’aurons-nous en échange de ces vies que tu nous prends ? Pour ma part, je pense que nous n’aurons rien, ou alors, seulement de la peine, pour toutes les choses que nous manquons, et pour toutes les personnes qui décèdent chaque jour.

Or à présent, je pense retenir une chose que je crois être importante et que je ne serai pas la seule à retenir. C’est que la vie est trop courte pour ne pas en profiter et rester chez soi, caché, confiné, isolé du monde extérieur. Le jour où nous serons libres à nouveau, libérés de ton emprise, je ne pourrais pas rattraper le temps perdu mais je profiterai de chaque instants qui me sera donné. Je sortirai et je ne subirai plus la vie comme nous sommes en train de le faire aujourd’hui par obligation sanitaire

Si je peux te dire encore une chose et, crois-moi, celle-ci est importante, à toi, CORONAVIRUS qui hante nos vies partout à travers le monde, depuis bien trop longtemps.

C’est que ton règne ne durera pas : on aura ta peau !

Alyson « La rage de vivre son adolescence »

Alyson, 16 ans