Après quelques jours de confusion générale, la plupart des Aveyronnais savent maintenant que le numéro vert du gouvernement (0.800.130.000) est là pour répondre à leurs questions alors que 15, numéro du Samu, doit être privilégié pour les urgences vitales.

Un début de prise en charge local

Une toux, un début de fièvre ? En cas de symptômes inquiétants mais supportables, c’est d’abord le médecin traitant qui doit être appelé. Ce dernier pourra donner son diagnostic par téléphone, télémédecine ou en présentiel selon ce qui l’arrange.

Pour les cas suspects, seuls les hôpitaux de Rodez, Millau et de Villefranche-de-Rouergue sont autorisés à accueillir des patients suspectés de Covid-19 et seul celui de Rodez hospitalise par la suite les cas confirmés. En cas de doute, les malades accueillis sont testés dans un de ces trois hôpitaux et gardés 12 h, le temps que les analyses reviennent. « Avant les tests étaient faits à Toulouse mais devant l’afflux de demande, ils se font en local via le laboratoire aveyronnais LXBIO » résume un des médecins de l’hôpital de Rodez. Si le cas est confirmé, il est hospitalisé au Centre hospitalier Jacques-Puel à Rodez, classé dès le mois de février comme « établissement de seconde ligne », c’est-à-dire amené à suppléer les grands CHU en cas de manque de place pour l’hospitalisation : le seul en Aveyron.

Le personnel hospitalier sur le pied de guerre. ©ADN12

Le Centre hospitalier de Rodez sur le pied de guerre

Là, l’hôpital est sur le pied de guerre depuis le début 2020 : « Dès janvier nous avons fait des journées de formations auprès du personnel sur le port de l’équipement » précise Isabelle Vidal, médecin hygiéniste responsable de la bonne application des mesures d’hygiène à l’hôpital.

Dr Elise Carrez, gériatre et présidente de la Commission médicale de l’hôpital de Rodez ©ADN12

C’est toute l’organisation de l’hôpital qui a dû être refaite (organisation présentée par le Dr Elise Carrez, présidente de la commission médicale d’établissement) : toutes les chirurgies programmées ont été annulées, de manière à faire place nette en prévision de l’affluence de malades. Puis les services ont été réorganisés pour continuer à assurer les urgences vitales. L’hôpital est maintenant divisé en deux filières dédiées : une Covid et une non-Covid. Et évidemment, pas de visites des familles dans les zones à haute densité virale ! Les spécialistes se déplacent donc dans les unités dédiées et non plus les patients, alors que les infirmières se consacrent à une section. Des filières spécifiques pour le bloc et la maternité ont été mis en place pour pouvoir accueillir des patients COVID et non COVID.

Une fois le malade pris en charge, il va directement dans la filière Covid +. Pour y entrer, il faut montrer patte blanche, ou plutôt gants, masque FFP2, sur blouse, charlottes et lunettes de protection. Une véritable tenue de guerre indispensable, mais qui rallonge encore le temps de travail des soignants.

« S’habiller et se déshabiller prend trois fois plus de temps de personnels. Certains services ont dû être fermés pour récupérer des membres hospitaliers »

Dr Simon Ray, médecin du service des maladies infectieuses et responsable de la coordination territoriale

Deux molécules au choix pour soigner les malades

Dr Simon Rey ©ADN12

Dans la filière Covid +, ce sont 80 % des malades qui sont soignés à l’aide principalement de deux médicaments : soit le Kaletra/ lopinavir (nom de la molécule), habituellement utilisé pour traiter le VIH, soit la fameuse hydroxychloroquine, plutôt utilisée pour traiter les maladies inflammatoires. Deux médicaments dont l’utilisation répandue avant la pandémie a facilité la commande de stocks.

Pour les 20 % non traités, il s’agit surtout de malades pour qui ces deux molécules sont contre-indiquées. « Nous appliquons alors des soins de support, rapporte le Dr Simon Ray. On les aide à passer le cap des 14 premiers jours et généralement ils guérissent après cette période. »

Si parmi les quelques patients décédés, le plus jeunes avait 50 ans, la majorité d’entre eux étaient des personnes âgées. Mais la plupart du temps, ces décès s’expliquent par des cas où l’âge s’allie à la comorbidité avec des maladies comme le diabète, l’obésité ou des faiblesses respiratoires qui viennent compliquer la tâche des soignants. Pour rappel, le Covid-19 se guérit dans l’immense majorité des cas : en Aveyron, 59 patients sont actuellement hospitalisés, 35 sont de retours chez eux et on compte 12 décès (dans les cas recensés par l’hôpital).

Rien n’est laissé au hasard dans la partie COVID+ de l’hôpital. ©ADN12

La convalescence aussi prise en charge

La grande majorité des malades qui ressortent de l’hôpital passent leur période de convalescence à domicile, mais le Service de Soins et Réadaptation (SSR) de Cougousse à Salles-la-Source, près de Rodez, et celui de La Clauze dans le Sud-Aveyron sont, depuis quelques jours, habilités à recevoir les patients pour des courts séjours.

Quant au temps nécessaire pour que les anciens malades se remettent des effets angoissants du Covid-19, le Dr Ray est intraitable :

« La convalescence doit durer le temps qu’il faut »

Dr Bruno Guérin, chef du service des maladies infectieuses. ©ADN12

Après un pic il y a 15 jours d’une trentaine de patients accueillis aux urgences de Rodez, l’Aveyron semble maintenant arriver à un plateau, grâce au confinement. « Une phase épidémique sans confinement dure 8 à 12 semaines, confie le Dr Bruno Guérin, chef du service des maladies infectieuses du CH de Rodez. Le confinement a été une bonne chose qui va atténuer la hauteur de la vague, mais qui va aussi l’étaler dans la durée. »

Alors si les premières paniques semblent être passées, les professionnels de santé sont encore loin de crier victoire : « Ce n’est pas l’heure des lauriers, on est encore au charbon » insiste de le Dr Ray. Alors, restez chez vous !