Aveyron. « Il faut que les gens aillent faire travailler les commerces de proximité et les circuits courts »

Christine Sahuet, présidente de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat de l'Aveyron a présenté un premier état des lieux de la situation pour les entrepreneurs aveyronnais. Comme à la CCI, une cellule d’urgence a été mise en place pour les soutenir dans cette crise.

Même fermée au public, la CMA de l’Aveyron reste une ruche en télétravail. Le CFA est en train de mettre en place des cours en ligne pour les élèves et pour les enseignants et de leur côté, les conseillers  de la CMA continuent à communiquer avec les artisans par mail et par téléphone pour les épauler, les conseiller et les aider pendant cette crise, déjà économique pour certains.

« Pour cette première semaine, nous avons eu beaucoup d’appels de gens dont l’entreprise est fermée administrativement, explique Christine Sahuet. Les coiffeurs, les esthéticiennes, mais aussi les garagistes qui ne font plus que de l’urgence dépannage, notamment pour le personnel médical. »

Une cellule d’urgence mise en place

Pour la présidente, le plus gros travail de la CMA consiste à communiquer dans un mail journalier aux entreprises les informations mises à jour et les bonnes pratiques, réactualisées, avec les liens utiles.

Deux fois par semaine, la CMA participe à la cellule de crise mise en place avec tous les acteurs locaux de la vie économique : l’URSAFF, la DIRECCTE, la Préfecture, la CCI, la  Chambre d’agriculture, la MSA, la DGFIP ou encore la Banque de France. La préfecture et la DIRECCTE donnent les dernières nouvelles malgré les directives pas toujours claires et parfois contradictoires d’un gouvernement en plein tâtonnement. « Ces flottement sont très très angoissants pour nos entreprises » témoigne Christine Sahuet.

En plus de relayer les bonnes informations, la cellule permet de faire passer les demandes de terrain : par exemple, une aide de 1 500€ va être instaurée pour toutes les petites entreprises, mais uniquement celles qui ont perdu plus de 70% de leur chiffre d’affaire. « Certaines ont déjà perdu plus de la moitié de leur chiffre d’affaire, alors nous essayons de faire pression auprès des pouvoirs publics pour obtenir un seuil plus bas », affirme la présidente qui appelle également à privilégier les commerçants locaux qui souffrent déjà énormément de la fermeture des marchés.

« Il faut que les gens aillent faire travailler les commerces de proximité et les circuits courts »

Les maraîchers font partie des premiers petites entreprises touchées. Ici : La Combe à St-Affrique ©Le Progrès

Le flou artistique du bâtiment se dissipe

Au niveau du BTP aussi, les mesures ont été contradictoires : après l’appel à rester confiné par le Président de la République, les entrepreneurs du bâtiment qui avaient arrêté toute activité se sont vu réprimandés par la Ministre du travail Muriel Penicaud lors d’une interview. « Il y a un flou artistique, on nous dit « restez chez vous mais allez bosser » ! » s’agace la présidente qui témoigne que les propos « déplacés » de la ministre « nous ont mis en colère ! »

Elle confirme également que le chômage technique dans le bâtiment sera aussi mis en œuvre, comme dans toutes les autres branches. Mais son bon sens aveyronnais reste en alerte sur la manière de procéder : « A suivre, ce sont des paroles, on va attendre les actes ! » Même si les choses ont l’air d’aller dans le bon sens, avec une méthode d’acceptation de la demande de chômage partiel déjà simplifiée : « avant, il fallait créer un compte, attendre les codes qui arrivaient plusieurs jours après tellement il y avait d’afflux de demandes. Aujourd’hui, on créé un compte et son ouverture est acceptée sous 48h. Eux aussi doivent s’adapter à cette crise inédite » concède-t-elle, magnanime.

« Le gouvernement prend la notion de ce que ça va coûter et de comment aider les entreprises, mais il leur faut le temps de s’adapter »

Quant au maintient de l’activité, seuls les chefs d’entreprise pourront en décider. Pour le BTP, une enquêtes de la CMA auprès de 500 entreprises aveyronnaises a montré que 72% d’entre elles avaient des soucis d’approvisionnement (pas étonnant avec les grandes entreprises de matériaux fermées, même si certaines commencent à fournir leurs clients via des drive et des livraisons), 58% ont du mal à assurer une protection sanitaire efficace des salariés (toutes n’ont pas un véhicule par salarié pour se rendre sur les chantiers) et 30% ont eu une baisse ou une annulation des commandes (dans 11% des cas, ce sont les marchés publics qui sont arrêtés, pour le reste il s’agit des salariés qui ont exercé leur droit de retrait).

« Le choix de continuer à travailler, chaque chef d’entreprise le fait en son âme et conscience »

Aujourd’hui en Aveyron, 90% des chantiers sont arrêtés, d’après la présidente de la CMA : « les donneurs d’ordre ne prennent pas de risque et les particuliers n’ont pas envie de voir débarquer des gens chez eux pour refaire leur cuisine ».

Si certains chantiers ont repris, d’autres n’ont pas d’autres choix que d’arrêter jusqu’à nouvel ordre. ©ADN12

« Les gens s’inquiètent et c’est normal »

Une période qui développe l’imagination

Si le tableau est plutôt sombre, Christine Sahuet tient à saluer les initiatives locales qui se créent pour soutenir les artisans et commerçants, mais aussi le soutien des pouvoirs publics comme la Région Occitanie qui « est aussi d’une grande aide » : elle vient de mettre en place un système pour favoriser la livraison de produits frais locaux et « Carole Delga va mettre en place quelque chose pour les artisans, elle l’annoncera sous peu ! »

La présidente salue également les commerçants, bien obligés de se faire imaginatifs en proposant des livraisons à domicile : « ils viennent apporter des paniers, ce qui permet de protéger les personnes qui ont peur ». D’autant que les livraisons de repas à domicile sont autorisées sous condition de respecter les règles sanitaires.

« C’est une période anxiogène, certains sont obligés d’aller travailler avec la peur au ventre alors que d’autres ne le peuvent pas : tous ceux qui le peuvent, restez chez vous ! »

Les inquiétudes face à l’après

Si certaines mesures d’aides sont mises en place, beaucoup d’entreprises craignent la surcharge de taxes qui interviendra après la crise : « on déplace nos charges, l’URSAFF permet de décaler nos payements mais on va le payer sur les autres mois de l’année. Quand on va reprendre, ce sera avec un volant d’inertie ralenti et les entreprises vont en plus avoir ces charges à payer : il faudrait que le gouvernement puisse les effacer, ou peut-être faire du cas par cas car il y a des entreprises qui ne s’en relèveront pas ».

Quant à la suite, Christine Sahuet l’imagine se faire « petit à petit : il n’y aura pas de clap de fin, les gens vont ressortir petit à petit, les chantiers vont redémarrer et la vie va reprendre doucement, mais y aura un avant et un après, on n’a jamais eu ça. »

« Le but du jeu, c’est de s’en sortir vivant »

Tout artisan ou commerçant en demande d’aide de la CMA peut peuvent se renseigner sur leur site, à artisanat@cm-aveyron.fr ou au 05 65 77 56 00.