« Rejoignez la grande armée de l’agriculture française ! » (Didier Guillaume, Ministre de l’agriculture)

Didier Guillaume, Ministre de l'agriculture en visite en Aveyron ©ADN12

Après l’allocution du Président de la République de lundi dernier, on se savait en guerre, mais c’est carrément la Résistance qu’a évoqué Didier Guillaume, le Ministre de l’agriculture, sur le plateau de BFMTV ce mardi 24 mars (voir ici).

« Geste de patriotisme alimentaire »

Didier Guillaume en appelle « à l’armée de l’ombre » : « à celles et ceux qui sont confinés, serveurs dans un restaurant, hôtesses d’accueil dans un hôtel, au coiffeur de mon quartier, à celles et ceux qui n’ont plus d’activité et je leur dis : rejoignez la grande armée de l’agriculture française ». L’idée étant de combler les besoins de 200 000 emplois directs  dans l’agriculture (besoins non liés à la pandémie), mais surtout celui lié à la main d’œuvre étrangère non qualifiée qui ne pourra se déplacer pour la cueillette. Le ministre s’est adressé aux personnes au chômage technique, indépendants comme salariés que le confinement a mis totalement à l’arrêt, pour leur demander de venir travailler dans les champs.

Les syndicats agricoles favorables

Pour Rémi Agrinier, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de l’Aveyron, c’est effectivement une bonne idée :

« Il y a des gens qui sont chez eux et qui n’ont pas la possibilité de travailler, ce serait une opportunité pour certains de sortir travailler pendant ce confinement »

Rémi Agrinier secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de l’Aveyron. Photo DR

Avec, dans l’esprit, des emplois de main d’œuvre non qualifiée « pour le ramassage et les plantations maraichères, les arboriculteurs et à la demande des entreprises agroalimentaires qui font face à des employés qui gardent leurs enfants, d’autres qui sont fragiles et ne viennent plus travailler ».

Loin de faire de la concurrence déloyale aux emplois déjà existants, l’idée serait de remplacer ceux qui ne peuvent plus venir travailler, tout en permettant aux personnes sans activité de gagner leur vie : « les indépendants comme les coiffeurs ou les restaurateurs seraient contents d’avoir un peu d’argent qui puisse rentrer, ils n’ont rien ».

« Il y aura peut-être des vocations mais je pense qu’après, ils retourneront à leur activité principale ! »

D’autant que le syndicat a déjà eu des remontées d’industries comme celles de Roquefort où, avec 25% d’effectifs en moins, l’activité tourne au ralenti. Sans parler de l’arrivée de la saison des cerises dans les prochains mois : « là on aura besoin de main d’œuvre ». Pour Laurent Saint-Affre, président de la FDSEA de l’Aveyron, l’Aveyron regarde plutôt du côté des transformateurs agro-alimentaires qui seraient en manque de postes exécutants, même si la plupart des entreprises aveyronnaises arrivent à travailler malgré la psychose.

« Globalement le travail est fait et les salariés d’entreprise jouent le jeu et méritent d’être félicités pour leur implication, leur motivation et leur professionnalisme. Les salariés sont vraiment des pro qui nous accompagnent bien dans ces périodes difficiles car si les ateliers de transformation ne pouvaient plus tourner, les sanctions seraient énormes au niveau financier pour les entreprises »

(Laurent Saint-Affre, président FDSEA de l’Aveyron)

Quelles applications ?

Pour les personnes sans contrat de travail, pas de souci à priori. Ce sont celles en chômage technique, déjà salariées dans une entreprise qui risquent de poser problème d’un point de vue administratif. « Comment ça se passe au niveau de la couverture sociale ? se demande Laurent Saint-Affre. Est-ce que ce sera l’employeur de base qui mettra à disposition un de ses salariés dans une autre entreprise ? ».

« Il faut voir les mesures d’application et les délais pour mettre en place la méthode »

Quant à Rémi Agrinier, il se veut optimiste : « le Ministre du travail est en train de trouver une solution juridique par rapport à tous ceux qui ont un contrat de travail, que les gens soient couverts au niveau de la MSA et qu’il aient une rémunération ». Il attend une réponse « dans les jours qui arrivent ».

Quid du risque de contamination ?

Laurent Saint-Affre, président FDSEA de l’Aveyron. Photo : DR

Certains s’interrogent déjà sur les risques de contamination pour ces personnes privées d’emploi par la peur de la contagion, qui se retrouveraient à travailler à plusieurs sur une chaîne de montage ou dans les champs. Laurent Saint-Affre explique que toutes les mesures sanitaires habituelles ont été prises, sur les exploitations comme dans les entreprises : distance d’un mètre entre chaque salarié, lavage de mains une fois par heure… « Certaines chaines ont allongé la durée de travail » explique-t-il, avec un temps d’activité plus long pour certains ateliers de manière à faire travailler moins de personnel en même temps.

Rémi Agrinier confirme : « les mesures sanitaires qui seront mises en place sont les mêmes que chez les salariés actuels, je vois pas pourquoi il y aurait plus de problèmes sanitaires qu’ailleurs ».

Le syndicat des JA annonce avoir envoyé des messages à tous les adhérents pour recenser les besoins de chacun. Les personnes déjà intéressées et qui n’ont pas déjà de contrat de travail peuvent contacter directement les exploitations aveyronnaises proches de chez elles, se rendre sur le site du gouvernement jeveuxaider.gouv.fr, postuler dans des agences d’intérim ou contacter les syndicats FDSEA Aveyron et les Jeunes Agriculteurs qui pourront orienter par la suite.