Rodez. Quatre jours tests au Café Bras pour des jeunes éloignés de l’emploi

Du 10 au 13 mars dernier, le Café Bras de Rodez a accueilli cinq jeunes de moins de 25 ans en réinsertion sociale. Savoir être, cuisine, service en salle... quatre jours pour redécouvrir des habitudes, un goût du travail et, peut-être, créer des vocations.

Le Chef Chrisophe Chaillou et Véronique Bras ont accompagné en salle et en cuisine les cinq jeunes pendant quatre jours. ©ADN12

Rappelez-vous ce temps où les restaurants étaient ouverts… l’initiative date de la semaine dernière mais elle n’en reste pas moins à saluer : à Rodez, le Restaurant Bras a accueilli cinq jeunes en réinsertion sociale dans le cadre du dispositif « Garantie Jeunes » mis en place par la Mission locale de l’Aveyron.

La Garantie Jeune pour trouver son projet

Le dispositif « Garantie jeunes » est piloté par le ministère de l’Emploi, via les Missions Locales. Il est destiné aux jeunes de 16 à 25 ans révolus, qui ne sont ni en cycle d’études, ni en formation ou en emploi. Ce dispositif généralisé en janvier 2017 donne à ces jeunes la garantie d’une intégration sociale et professionnelle grâce à un parcours intensif et personnalisé de formation et d’accès à l’emploi. Pendant un an, le jeune bénéficie :

  • D’un accompagnement intensif sur plusieurs mois pour le préparer au monde de l’entreprise. Une phase assurée par la Mission Locale dont il dépend ;
  • Des immersions régulières en entreprise (stages, apprentissage…) pour le confronter aux situations réelles de travail ;
  • D’une aide financière de 492,57 euros mensuels pour faciliter ses démarches d’accès à l’emploi. Une aide dégressive au fur et à mesure qu’il perçoit des revenus de ses activités.

Quatre jours au charbon

Ils étaient donc cinq, entre 16 et 25 ans, sans emplois ni diplômes et pendant quatre jours, Véronique Bras et le chef Christophe Chaillou ne les a pas ménagé. Le but de l’expérience était de rapprocher de l’emploi ces jeunes en situation difficile. « Nous voulions allier une passion avec un sens social » explique Véronique Bras, à l’initiatique du projet avec Christophe Chaillou. « C’est une possibilité pour eux de s’exprimer et de découvrir les métiers de restauration » rajoute-t-elle, en précisant bien qu’il s’agissait de journées de découverte, et non une formation professionnelle.

La première journée a été consacrée à rappeler les règles basiques du travail (tenue appropriée, arriver à l’heure, se tenir en salle), à mettre en place les recettes choisies par le chef et à enchaîner les jeux de rôle pour connaître les attitudes à avoir avec les clients. Mais les trois autres jours, ce sont de vrais clients que les cinq jeunes apprentis ont dû servir. Des clients certes plutôt bienveillants puisque venus spécialement pour encourager cette initiative sociale mais l’exercice a été plutôt impressionnant pour ceux qui n’avaient aucune expérience en restauration.

Les réservations des trois midis un peu spéciaux du Café Bras ont vite été pleines. ©ADN12

Chef et apprentis, une bonne mayonnaise

Le chef Christophe Chaillou, dont c’est la 7eme saison à la Brasserie Bras, est revenu à ses amours de jeunesse : la pédagogie. « Ils étaient intéressés, ils voulaient savoir, comprendre, et il y a eu beaucoup de nouveaux mots » explique-t-il.

« Nous voulions leur faire passer le message sur le sens qu’on veut donner à sa journée, au travail » (Véronique Bras)

Et la sauce semble avoir pris chez les jeunes gens. Même si tous n’ont pas eu une révélation comme Sofiane qui souhaite maintenant orienter ses études vers la cuisine, tous les cinq sortent ravis de cette expérience. D’autant que leur professeur a fait en sorte de réviser toutes sortes de matières : le français avec la manière de s’adresser aux clients ou avec le vocabulaire spécifique de la cuisine, l’histoire avec l’origine de certains plats, la physique avec la différence de densité entre le lait et la crème, les mathématiques avec les proportions, et même les langues étrangères lorsque Elvis, originaire de Sierra Leone (pays anglophone), a décrit en anglais certaines plantes à ses camarades, peu habitués à la langue de Shakespeare !

« Le restaurant donne un cadre, une discipline, avec des codes et qui se lie aux aspects créatifs de la cuisine et au savoir être de la tenue en salle : le métier allie un savoir faire technique et relationnel. »

Véronique Bras

Une expérience plutôt positive à tous les niveaux donc. A tel point que les deux professionnels souhaitent la reconduire en partenariat cette fois avec Pôle Emploi, avec des personnes en situation de chômage longue durée. Pour les jeunes, la prochaine session de stage devait avoir lieu en avril, mais les préconisations liées au Coronavirus rendent l’avenir incertain. Pour Christophe Chaillou, un projet autour d’un restaurant solidaire avec Station A est également en réflexion. A suivre donc…