Aveyron. Les directrices d’écoles à bout de souffle

Antoine Cantais (secrétaire départementale SNUIPP-FSU). ©ADN12

Directeur d’école et enseignant en primaire et maternelle : un double-poste difficile à tenir ? C’est en tout cas ce que pensent les représentants du SNUIPP-FSU Aveyron ainsi que huit directrices d’écoles aveyronnaises, qui se sont réunis ce mercredi 11 mars pour dénoncer « la surcharge de travail, la souffrance et la solitude engendrées » par cette fonction particulière…

Un suicide qui a mis en lumière un mal-être généralisé

Le suicide de Christine Renon, directrice à Pantin dans le 93, survenu le 21 septembre 2019, avait remué les foules, aussi bien dans les rang de l’opinion publique que dans ceux de la profession. Cette dernière dénonçait dans une lettre à son académie les conditions de travail qui l’avaient amenée à son geste désespéré.

Suite à ce décès, l’Education Nationale a mis en place des mesures, jugées « insuffisantes » par les portes-paroles du syndicat : une journée de décharge supplémentaire à titre exceptionnel, des réunions entre inspecteurs et directeurs pour « libérer la parole » (« les uns étant les supérieurs hiérarchiques des autres »), un questionnaire en ligne pour remonter les demandes des directeurs,  ou encore la création d’un groupe de consultation départemental (choisi par le Directeur Académique(DASEN) et, selon les représentants du SNUipp- FSU12 « peu représentatif »).

« L’heure n’est plus aux interrogations, il faut des actions concrètes »

Alors que se tenait la deuxième réunion du groupe de consultation départemental, les directrices qui auraient dû y participer ont fait faux bond à l’académie pour dénoncer les « mesures symboliques » du gouvernement, mais aussi pour contester la composition du groupe de consultation départemental avec « des directrices triées sur le volet par la DASEN ».

Enseignante et directrice à plein temps

Le directeur d’école est l’interface entre les collègues enseignants, les parents ou encore la mairie. Mais la particularité du système primaire ne fait pas du directeur un poste à part entière : il s’agit avant tout d’un enseignant à qui est octroyé, en fonction du nombre de classes dans son établissement, un certain nombre de jours de décharge de ses fonctions d’enseignant pour se concentrer sur celles de directeur : planning des enseignants, admission des élèves, respect de la réglementation dans l’école, pilotage pédagogique de l’école, gestion de l’établissement, contact avec les parents…

« Dans le secondaire ils ont un secrétaire, un gestionnaire, un surveillant, des enseignants… nous, on est tout ça ! »

Car en effet si ce statut d’enseignant-directeur a toujours existé, les réductions budgétaires subies par les services publics depuis ces dernières années ont alourdi leurs tâches en supprimant des postes de fonctionnement ou de secrétariat. Et beaucoup d’écoles aveyronnaises peuvent en témoigner : lorsqu’on sonne à la porte, c’est la directrice elle-même qui vient ouvrir.

La fonction, moins prisée qu’il y a quelques années, a du mal à recruter. Ce qui auparavant était recherché par les enseignants avec de l’expérience, devient parfois obligatoire pour des jeunes profs qui souhaitent enseigner près de chez eux. Plusieurs directrices d’établissements en témoignent : « certains jeunes diplômés sont forcés d’accepter un poste de directeur, sans formation, pour des questions de proximité géographique et alors qu’ils découvrent encore le quotidien d’une vie d’enseignant… ».

« Ce boulot qui est chouette, on ne nous donne plus les moyens de le faire : on est dans l’urgence tout le temps ! »

Et pour les représentants du SNUIPP – FSU 12, s’il y a bien des temps de décharge prévus, ils sont à revoir… Pour une école qui compte deux ou trois classes, il est prévu 10 jours par an de décharge d’enseignement (un par mois), avec une bonification d’environ 175 € net par mois (pour trois classes) et 100 € net par mois pour le poste de chargé d’école. « On fait 45h par semaine quand tout va bien » témoigne une des directrices, qui insiste sur le fait qu’elles sont aussi en première ligne pour gérer des problèmes difficiles de violences parentales, de handicap ou d’isolement, dans un contexte social de baisse de moyens aussi chez les services sociaux, avec de moins en moins d’interlocuteurs vers qui se tourner en cas de problème avec un élève ou un parent…

Les solutions ? « Plus de temps ! »

Les solutions réclamées par les directrices ne sont pas miraculeuses, et ce sont les mêmes depuis plusieurs années : une « aide administrative pérenne, formée et sous statut de fonction publique », l’augmentation du nombre de décharges, des augmentations de salaire mais aussi plus de formations.

« Je fais souvent le parallèle avec le milieu hospitalier. Le service public est exsangue et il compte sur notre conscience professionnelle. L’école tient grâce au bon vouloir des collègues qui s’épuisent » 

Julia Bernat-Sandragné (représentante FSU)

Et lorsqu’on évoque les moyens d’actions pour se faire entendre, la majorité des directrices dénonce des pressions de la part d’une hiérarchie peu encline selon eux à communiquer sur ses problèmes : « L’Education Nationale, c’est #pasdevagues » a conclu l’une d’elle. « Il y a du chantage à l’affectation, des rémunérations au mérite… La pression de la hiérarchie s’est accentuée et l’esprit de corps s’est perdu, on a plus le temps de penser au collectif ». La gestion des urgences journalières mais aussi la « chape de plomb » empêcherait le mouvement de s’organiser. Et on l’a bien senti auprès de ces huit directrices d’écoles aveyronnaises qui ont tenu à vider leurs sacs, sans dévoiler pour autant leur identité de peur de représailles…