Rodez. Les salariés de la Bosch, des « bouseux trop payés »

Photo: CGT Bosch

Le 27 février dernier a eu lieu à l’usine Bosch le Comité Social et Economique qui rassemblait autour de la table représentants du personnels et direction. A cette occasion, ont été présentés les travaux d’audit réalisés par le Cabinet Alix Partners dont le but serait de trouver des partenaires industriels pour s’implanter sur le site de Bosch. Le problème ? Dans les points négatifs mis en avant par l’audit, y sont évoqués le positionnement géographique de l’usine et ses « difficultés d’accès », des salaires « trop élevés » et surtout un « climat social trop intense », visant directement la CGT. Des propos qui font bondir le syndicat…

Le partenariat, l’avenir de la Bosch ?

« La Bosch est en train d’essayer de vendre via un partenariat ou une joint-venture, des surfaces d’atelier et des compétences humaines, explique Yannick Anglares, secrétaire CGT Bosch. La direction envisage même de revoir l’implantation des fabrications afin de libérer d’avantage d’espace pour améliorer l’attractivité à de futurs industriels. Les prospections ont eu lieu dans divers secteurs d’activités (aéronautique, bois, auto, mécanique, agro-alimentaire). Pour l’instant les investigations de ce cabinet ont été peu fructueuses ».

« Sur 817 prises de contacts seulement 12 entreprises ont demandé des compléments d’information et 8 restent actives »

« Lors de sa présentation, le cabinet Alix Partner a présenté via un diaporama les points positifs et négatifs sur l’attractivité de notre usine. Concernant les points négatifs

  • il a stigmatisé le positionnement géographique de l’usine : « l’Aveyron n’est pas une localisation stratégique, Rodez n’est pas facile d’accès »
  • les niveaux de salaires de l’usine paraissent élevés ils sont comparables à ceux de Toulouse mais à Rodez

Pour la CGT, ces propos sont inqualifiables, depuis les années 60 une multinationale comme Bosch y est implantée et nous avons lors de ces décennies livré le monde entier sans que cela ne pose le moindre problème. Dire que nos salaires sont élevés sans mettre en parallèle que nous travaillons dans un groupe qui dégage des milliards de bénéfices. L’an passé, l’usine de Rodez a touché 14 millions d’euros d’aides fiscales de l’Etat. »

Yannick Anglares et Romain Fraysse, CGT Bosch. ©ADN12

Une usine « trop rouge »

Parmi les autres points négatifs présentés, le « climat social de l’usine est trop intense » et « selon mes collaborateurs l’usine de Rodez est trop rouge ». Alors que les délégués de la CGT de Bosch, se sentant visés, ont demandé des précisions, Alix Partner et la direction du site ont bien précisé que ce message leur était adressé particulièrement .

Des bottes de paille pour obliger les dirigeants à se garer « avec les bouseux ». Photo : CGT Bosch

Dont acte : ce jeudi matin, entre 100 et 200 personnes (d’après le syndicat) étaient rassemblées devant le site pour disposer des bottes de paille sur les places de stationnement réservées à la direction et leur faire une « haie de déshonneur » en signe de protestation, avant le début d’un autre comité qui a eu lieu à 10h pour discuter des prévisions des volumes des productions pour les deux ans à venir.

« Pour la CGT il faut être clair, explique Yannick Anglares : la direction et Alix Partner par cette présentation nous ont fait passer le message suivant : » Nous sommes des bouseux trop payés « . Les salariés et la CGT ne sont en rien responsables de l’incompétence de nos directions à assurer la transition industrielle de notre site et l’avenir de nos emplois ».

« Notre priorité, c’est de rester Bosch »

Pour Yannick Anglares, les choses sont claires : « Bosch ne veut plus investir sur Rodez : ils regroupent les ateliers pour libérer des locaux. » Avec, comme volonté assumée, d’attirer des entreprises qui reprendraient locaux, machines et salariés. Avec la loi qui obligerait les partenaires à reprendre les salariés aux mêmes conditions de travail, ces derniers seraient protégés pendant deux ans : passé ce cap, les repreneurs seraient libres d’imposer les conditions initiales de leur entreprise.

« Notre priorité, c’est de rester Bosch » déclare le secrétaire CGT de l’usine. Mais avec des objectifs annoncés de baisse des quantités de 6 à 15% dans les deux ans à venir, ainsi que celle des effectifs pour passer des 1 030 salariés actuels en CDI à 800 d’ici 2025, les syndicats craignent le pire. Une réunion aura lieu la semaine prochaine entre la  CGT, la CFE-CGC et Sud Solidaire pour « travailler ensemble pour réfléchir à mettre en commun des actions ».

De son côté, la CFE-CGC, par la voix de son représentant Jacques Douziech, condamne également les propos tenus par le cabinet Alix Partner : « ces propos sont outranciers et très loin de participer à maintenir un climat social apaisé »…