Noir Lumière : le rappeur aveyronnais Vyto rend hommage à Pierre Soulages

Vyto sort un single dédié à l'artiste ruthénois et intitulé Noir Lumière. @ADN12

Le jeune rappeur ruthénois sait ménager le suspens… Dimanche est prévue la sortie officielle de son dernier single Noir Lumière, qu’il dévoilera, la veille, en exclusivité, sur la scène du Club, dans le cadre du Yo! Festival

Un clip au Musée Soulages ?

Ruthénois de naissance, amoureux des arts en général et toujours à la recherche de nouveaux défis, c’est après une visite au musée local dédié à l’artiste-peintre que l’idée germe dans la tête, -bien remplie-, de Vyto : « le noir est ma teinte préférée, j’ai tout de suite était inspiré… ».

Noir Lumière, le dernier single de Vyto est une dédicace à l’univers de Pierre Soulages.

Une démarche qui peut paraître curieuse de prime abord, quand on entend la musique de Vyto, qu’il aime lui-même à classer dans la catégorie « rap soleil » : « c’est justement ce qui m’a intéressé : ce contraste entre mon rap, plutôt moderne et coloré, et l’art sombre de Pierre Soulages… j’avais vraiment envie de surprendre ».

Vyto n’a pour le moment pas prévu de faire écouter sa chanson au maître de l’Outrenoir, qui vient de fêter ses 100 printemps en décembre dernier. Mais on lui a tout de même demandé s’il imaginait la réaction qu’aurait le peintre en l’entendant…

« Je pense, du fait de la modernité de ce son, qu’il pourrait être en décalage en raison de son âge et de son vécu… En revanche, sur le texte, je pense que Pierre Soulage peut aimer. En tout cas, je vois ça comme une dédicace à son art, un parallèle avec son noir lumière… »

(Vyto, Noir Lumière)

Vyto a un autre rêve pour cette chanson : pouvoir en faire un clip filmé entre les murs du Musée Soulages… « mais je sais que les autorisations sont très compliquées à obtenir pour de tels lieux » regrette le jeune rappeur, qui pourrait peut-être compter sur un allié inattendu : le directeur du musée lui-même, Benoit Decron, « un grand féru de culture hip-hop »… Un projet qui reste pour le moment à l’état d’idée mais qui pourrait être un bon coup de pub pour tout le monde…

Vyto, le vagabond 

À 22 ans seulement, Vyto, de son prénom Victor, a déjà pas mal bourlingué : naissance à Rodez, des années collèges en Guadeloupe, un passage en Lozère, des expériences à Montpellier et Toulouse, avant un retour sur ses terres natales…

« Les voyages sont les fondations de ma musique »

Lui qui explique avoir toujours baigné dans la musique, « déjà petit, je volais des instrumentales à mon frère Valentin, lui aussi rappeur, pour faire des impros dessus », va s’y lancer corps et âme dès l’adolescence et son arrivée en Guadeloupe, où l’adaptation scolaire est difficile. « Au départ, l’intégration a été compliquée et j’ai redoublé ma sixième… Je ressentais de la haine, et j’ai décidé de la rapper sur une instru de Sniper. On l’a enregistrée avec les moyens du bord… et à partir de ce moment là, dès que je vivais quelque chose, il fallait que je le chante : je suis tombé accro ! » se souvient-il.

Depuis, le jeune homme n’a jamais cessé de travailler : « tout artiste, s’il est passionné, travaille tous les jours pour viser la perfection » lance celui qui fourmille de projets, et peut déjà se targuer d’être allé au bout de ses trois premiers EP : Vagabond (7 titres, 2017), Imago (12 titres, 2018) et Nota (7 titres, 2019). Mais c’est la scène et les exercices d’improvisation qu’il préfère : 35 concerts sur l’année écoulée et des dates qui ne cessent de s’ajouter : « la scène, c’est vraiment l’accomplissement du travail, comme une cour de recré où on peut s’amuser avec le public ».

Inspiré par la scène rap française (Booba, Rohff, Sefyu), Vyto raconte des histoires nourries de son quotidien et de son évolution familiale. Il est actuellement en service civique au sein de l’association Prodiges et du label Dora Dorovitch en tant que Digital Manager : « je veux vivre de la musique. Je me laisse jusqu’à 30 ans pour percer. Si je n’y parviens pas, je travaillerais quoi qu’il arrive dans ce secteur »…

Ambassadeur du rap aveyronnais ?

En véritable passionné, Vyto aime à transmettre ses connaissances et son talent. Il le prouve au quotidien en animant des ateliers auprès de publics « empêchés » : prisonniers, handicapés, migrants, jeunes… « on les accompagne pour créer des sons, depuis l’écriture jusqu’à l’enregistrement. À mes débuts, j’aurais aimé avoir cette chance d’être guidé. Souvent, les gens croient que le rap est un exercice facile. Là ils s’aperçoivent que ça nécessite un travail de réflexion et d’écoute ».

« Il y a une vraie culture hip-hop en Aveyron »

« Quand ils sont confrontés à la pratique, ils tombent de haut » renchérit Cisko, le « producteur » de Vyto et dirigeant du label Dora Dorovitch, « il y a un rap qui est fantasmé mais qui transmet toujours les valeurs du hip-hop ».

Cisko (Dora Dorovitch) accompagne Vyto dans son accomplissement. @ADN12

Justement, selon lui, « il existe un vrai engouement pour la culture urbaine en Aveyron » et les institutions ont aussi changé leurs regards sur le phénomène : « quand on voit qu’on nous ouvre des unités de soins palliatifs pour faire du rap avec les malades… qu’il y a des rencontres humaines hyper belles, que des textes touchants en sortent, on se dit que les choses ont bien changé ».

Les deux artistes en sont certains, « le rap est à son pic » : « il est en pleine phase de digestion avec un paysage hallucinant de sonorités nouvelles. Aujourd’hui, le rap représente 70 %  des bénéfices des maisons de disques » explique Cisko.

« Il y a encore quelques années à Rodez, le rap véhiculait des clichés de type « yo, yo ». Aujourd’hui il y a une curiosité de la part des gens. Je le ressens quand je dis que je fais du rap… Je pense que ça vient directement de la richesse qu’offre le hip-hop : des artistes comme Orelsan ont montré que le rap n’est pas seulement urbain, qu’il peut parler de la culture des gens, y compris hors des grandes villes. Il y en a pour tout le monde »

(Vyto)

Vyto en est le parfait exemple : le rap a changé. Malgré son nom de rebelle (-« Youv » vient du verlan du mot « voyou »-), le jeune artiste n’a décidément rien d’un vaurien…

Vous pourrez aller l’applaudir sur la scène du Club ce samedi 7 mars, à partir de 21h, en compagnie de deux artistes d’envergure nationale : YOSHI DI ORIGINAL et Fanny Polly. (Plus d’infos sur le festival du Club ici).

Pour suivre l’actualité de Vyto, rendez-vous sur sa Page Facebook, sa chaîne Youtube, le site de son label, ou son profil Instagram. Son single, Noir Lumière, sera disponible dès dimanche 8 mars sur toutes les plateformes de téléchargement.