Bozouls. Rififi autour du projet immobilier de la grange de Cabrol

Le permis de construire, déposé devant l'ancienne grange de caractère, montre un projet immobilier ultra moderne qui déplait aux anciens propriétaires...@ADN12

Pour bien comprendre l’affaire de la grange de Bozouls, qui secoue actuellement le village, il faut remonter quelque temps en arrière, et bien en suivre le déroulement. Plongée dans une histoire de malentendus, où l’affectif occupe la place principale…

Une histoire d’hommes et de souvenirs

A l’origine de cette histoire, il y a une simple vente de terrain, et de la fameuse grange qu’il contient, entre le propriétaire André Tarayre, et  Pierre Noyer, maçon bâtisseur-restaurateurs de vieilles pierres. Ce dernier a alors le projet de réhabiliter l’édifice, une superbe grange à trois pas du cœur du village…

« Cette grange au début, il était prévu, d’en faire des gites, tenus par mon épouse, avec piscine, ascenseur, parking… on s’y voyait déjà, et en plus restaurer les granges, nous on sait faire »

(Pierre Noyer)

André Tarayre, qui signe chez le notaire, en est certain : sa grange va être restaurée, magnifiée, les pierres patinées par les années, vont éblouir le quartier.

La grange de la rue Raoul Cabrol. DR

Mais cinq ans plus tard, quand le projet est finalement rendu public sur le panneau d’affichage préalable aux travaux, montrant un complexe immobilier ultra moderne, tristesse et colère s’emparent de Laetitia, la fille d’André Tarayre, qui a grandi dans cette grange et imaginait un tout autre avenir pour ce lieu…

« Ainsi va la vie, je suis encore là, et je souhaiterais vous dire au revoir ou plutôt, adieu. J’en ai vu passer des vies, entendu des histoires, des hommes et des femmes ont travaillé dur dans mes murs bienveillants. Des pierres qui ne sont plus d’actualité… Pourtant on m’avait laissé croire que je vivrais encore, que l’on me donnerait une autre vie, et que,  pendant encore quelques siècles je siégerais fièrement dans ma rue Raoul Cabrol ; tranquille à écouter encore et encore ces nouvelles personnes sous mon toit »

(Message postée par Laetitia sur Facebook)

En se confiant ainsi sur sa page Facebook, Laetitia n’imagine pas l’avalanche de réactions qu’elle va provoquer…

Les réseaux sociaux à la dérive…

Les amis des amis des amis s’en mêlent, chacun y va de sa phrase, assassine ou pas, il y a les « pour », il y a les « contre », et de message en messages, d’ignorance en ignorance, un mot plus un autre, c’est le dérapage, incontrôlable, le grand déballage. Le premier édile de la ville n’est pas épargné, lui qu’on accuse rapidement de pot-de-vin, de permis de construire un peu vite accordé, de ne pas s’intéresser au patrimoine…

Mais le maire de Bozouls a décidé de ne pas se laisser piétiner sans rien dire et utilise à son tour le réseau social pour offrir sa réponse : « le tourisme pour moi est un élément primordial pour la commune » explique Jean-Luc Calmelly, « quant aux restaurations de bâtiments, il suffit de venir voir ce que nous avons réalisé : la mairie, la galerie, la place, le point de vue sur le site du trou »…

Que s’est-il passé pour en arriver là ?

Le projet initial de gîte de Pierre Noyer avait été passé à la moulinette de l’étude de marché . Verdict : les vacanciers ne seraient pas prêts à louer un gite rural collectif, le pari est trop risqué. Grosse déception pour Pierre Noyer et surtout pour son épouse, qui se lancent dans un deuxième projet : faire de cette grange une salle de réceptions, mariages, cousinades et autres célébrations familiales… Mais là encore, les arguments négatifs l’emportent : absence de parking, nuisances sonores pour le voisinage, abandon du projet.

Troisième idée : une salle pour séminaires d’entreprise. Cette fois, c’est l’architecte qui condamne le projet, selon Pierre Noyer : « l’implantation du bâtiment, plus bas que le niveau de la route, ne convient pas ».

« Une restauration trop dangereuse ? »

Quatrième projet : la réhabilitation entière et totale de la grange, pour en faire des logements. Mais là encore, mise en garde de l’architecte : cette vieille dame qu’est la grange, datée entre 1802 et 1870, est bien malade.

Le pignon de droite, endommagé par la croissance des arbres.DR

Et d’études en inspections, le verdict tombe, sans appel : trop dangereux d’envisager une restauration, puisqu’un de ses pignons risque de s’écrouler. Reste une seule solution pour Pierre Noyer : la démolition, et la construction d’un projet neuf, projet validé par les Bâtiments de France.

Et la vieille grange alors?

Et bien la vieille grange, si elle ne retrouve pas sa splendeur d’antan, devrait trouver une petite place dans ce projet sous la forme de murs et de parement, comme un souvenir des anciens occupants qui y ont travaillé…

Une histoire toute Pagnolesque, une histoire de village, que les sentiments, les souvenirs, les émotions, mais aussi désormais les réseaux sociaux, ont secoué si violemment… Un village de Bozouls d’habitude pourtant si tranquille…