Le musée Soulages est en pleine effervescence. Son passage en EPCC (Etablissement Public de Coordination Culturelle) l’a fait sortir de la subordination immédiate de l’Agglomération seule, pour passer sous le contrôle à la fois de l’Etat, de la Région, du Département et de Rodez Agglo.

Ce que ça change ? Plus de liberté pour traiter en direct avec des partenaires comme l’Etat, ce qui a permis de belles créations communes comme l’exposition actuelle Soulages, le Louvre, etc. où des musées nationaux prêtent aux Aveyronnais des pièces inestimables. Mais cette liberté montre, de la part du musée, une certaine volonté de se détacher de l’emprise de l’agglomération qui s’est longtemps appuyée sur « l’attrait Soulages » pour en faire profiter Rodez et ses alentours.

La carte XXL permettait une réduction de 4€ à l’entrée du musée pour les habitants de l’agglomération. ©ADN12

Plus de réductions pour la carte pass XXL

Petite déception pour les habitants de l’agglomération : la carte pass XXL (qui donne accès à de nombreuses réductions sur le sport, la culture, les loisirs, les transports) ne permettra plus d’entrer au musée pour 7€. Une question d’équité avec les nouveaux partenaires que sont la Région et le Département, selon Christophe Hazemann, directeur adjoint responsable de l’action culturelle. Il se veut rassurant en insistant sur le fait que « la porte n’est pas fermée, qu’il faut simplement trouver un accord commun et juste entre tous les partenaires du musée ». Le billet couplé avec celui du musée Fenaille est, lui, bien conservé, pour garder la « logique de développement local » confirme le directeur adjoint.

Les visites guidées ne seront plus faites par l’office de tourisme

Le Directeur adjoint du Musée Soulages, Christophe Hazemann, devant un photomontage réalisé par Yves Klein. @ADN12

Jusqu’ici, l’office de tourisme (donc, l’agglomération de Rodez) avait la complète gestion des visites guidées. Elles seront dorénavant prises en charge par le musée lui-même. Retour à la normal pour Christophe Hazemann, pour qui « ce système de visites par l’Office de Tourisme n’existe nulle part ailleurs en France ».

Conséquence directe : l’équipe s’agrandit. Le musée est en plein recrutement de médiateurs pour gérer les visites qui auront lieu tous les jours ouverts, mais aussi pour rédiger les textes des salles et développer la médiation au public, dont les scolaires qui représentent 85% des visites de groupes.

« L’EPCC tient à ce développement du service public et de la médiation »

Le musée recrute donc quatre nouveaux membres, et la concurrence est rude avec déjà plus d’une trentaine de candidatures reçues, de la part de postulants de toute la France. L’enclavement aveyronnais ne semble pas effrayer ces nouveaux venus, attirés par « l’aura du musée Soulages » d’après le directeur adjoint.

Prochain projet pour le musée ? « Nous rêvons d’une médiathèque… » confie-t-il, peut-être un peu frustré par le modeste Centre de Documentation, qui rassemble pourtant « le plus important fonds documentaire faisant référence à Pierre Soulages, à son œuvre ainsi que de nombreux ouvrages consacrés à l’art contemporain » d’après le musée.

Plusieurs expositions à venir

L’exposition temporaire Femmes Années 50 a lieu jusqu’au 10 mai 2020 et celle qui suivra sera consacrée au peintre Fernand Léger, du 13 juin au 8 novembre : Fernand Léger, la vie à bras le corps. Cette exposition proposera des œuvres du Centre Georges-Pompidou à Paris, du musée national Fernand Léger de Biot et de musées français et européens. Le prêt d’œuvres étant facilité par la gestion en direct avec les grands musées nationaux, sans passer par l’intermédiaire de l’agglomération.

« L’idée est de développer un parcours cohérent dans le temps et l’espace sur les thèmes chers à Léger, la ville, le monde du travail, les loisirs »

Benoît Decron, co-commissaire à l’exposition avec Maurice Fréchuret (conservateur honoraire et auteur) et Juliette Guttierez (conservatrice du musée national Fernand Léger de Biot).

 

La Coupe Jacques Chirac réalisée par Soulages, peut-être au musée ? Photo : DR

Quant à l’exposition actuelle Soulages, le Louvre etc. qui présente des œuvres du Louvre et d’ailleurs parmi celles de Soulages, l’idée a fait son chemin dans l’esprit de la direction du musée : Christophe Hazemann souhaiterait exposer de la même manière des pièces en rapport avec le Japon, pays de prédilection de Soulages qui l’a largement inspiré.

« Nous sommes en train de réfléchir à d’autres moyens de parler de Soulages, de manière intime et détournée.»

Si cette nouvelle indépendance semble encourager le musée dans ses projets, nul doute que les élus de l’agglomération (qui fait, elle aussi, partie de l’EPCC) garderont l’œil sur cette véritable mine d’or culturelle, qu’ils doivent maintenant partager avec d’autres…