Les enseignants ont vidé leurs sacs devant le lycée. ©ADN12

Ils l’avaient annoncé dans un communiqué : les professeurs du lycée Monteil ont fait grève et vidé leurs sacs ce matin devant l’établissement. Mais cela n’a pas été suffisant pour faire annuler les épreuves de langues qui se sont déroulées ce matin. Raison de la colère : le principe même de cette réforme du bac, mais surtout une organisation qu’ils estiment « improvisée » qui ne permettrait pas de bonnes conditions d’examen pour les élèves.

De « mauvaises conditions d’examen »

Des enseignants mobilisés dès 7h30. ©ADN12

Pour les enseignants, ces E3C (Épreuves Communes de Contrôle Continu) interviendraient trop tôt dans l’année. Il s’agit des trois épreuves (histoire-géographie, langues vivantes A et B) que doivent passer les élèves du 20 janvier au 28 février, avant une deuxième session en fin de 3e trimestre. Et pour la première année de mise en place de cette réforme, les sujets de ces E3C sont parvenus aux établissements… le 9 décembre dernier. Les élèves peuvent-ils être préparés efficacement en un mois ? Pour les enseignants, la réponse est non :

« Nous voulons que cette première session soit annulée pour que les élèves aient le temps de se préparer »

Ce manque de préparation fait monter un certain stress chez les enseignants et surtout chez les élèves de première. « Pour la première fois l’autre jour, les élèves ont demandé à rester en cours après la sonnerie pour finir de préparer jusqu’à la dernière minute » témoigne un professeur d’histoire-géo.

« Je suis prof et parent et je peux vous dire que les élèves sont très stressés : nous n’avons pas pu les préparer au grand oral qui doit avoir lieu en Terminale, les consignes arrivent une semaine avant, comment préparer les élèves ? On est pour une réforme du bac, mais il faut se donner les moyens d’avoir un bac rationnel, cadré, organisé, dans de bonnes conditions ! »

(Bruno, prof d’histoire-géo)

A ce stress, se rajouterait selon eux la multiplication des épreuves toute l’année, sans avoir donné aux établissements de consigne claire, ni même de corrigé national, laissant libres les enseignants de corriger comme bon leur semble. La grande crainte étant que les niveaux de correction soient déséquilibrés d’un établissement à l’autre, faisant perdre au baccalauréat son caractère égalitaire.

Les enseignants de Monteil, refusant « d’être des moutons ». ©ADN12

« Ce ne sont pas des conditions d’examen : les journées ne sont pas banalisées, les élèves ont cours avant et après, ils ne sont pas un par table… si c’est un contrôle continu, qu’on nous le dise ! »

Des sujets « partout sur les réseaux sociaux »

Autre reproche fait à ce type de fonctionnement : le risque de fuite des sujets. Présentés dans une banque de données nationales, ces derniers ont été dévoilé en décembre aux établissements scolaires. Le choix étant laissé aux professeurs et à la direction de sélectionner ceux qui tomberont aux épreuves… Ils n’auraient dû être dévoilés aux élèves qu’au dernier moment, devant leur feuille d’examen.

Sauf que, d’après les enseignants, ces sujets auraient déjà fuité partout sur les réseaux sociaux, aidés selon eux par certains professeurs d’établissements qui auraient choisi de dévoiler en avance à leurs élèves les chapitres sur lesquels ils seront interrogés. On comprend que ces derniers partiraient avec un sacré avantage, creusant les écarts entre établissements.

Une trentaine d’enseignants en protestation ce matin. ©ADN12

Des épreuves réorganisées par l’établissement

La trentaine de professeurs réquisitionnée pour la surveillance des épreuves de ce matin était en grève. Qu’à cela ne tienne : la direction du lycée Monteil a fait appel au personnel administratif pour les remplacer à la surveillance des épreuves, obligeant cependant à une réorganisation. L’épreuve d’une heure a donc été scindée en deux : à 9h pour les 1ères générales et décalée à 10h30 pour les 1ères technologiques.

« On avance à marche forcée, ils veulent faire passer les épreuves quoi qu’il en coûte »

« Tout est fait pour que ça se passe, quelles que soient les conditions » déplore Nicolas Gombart, représentant SNES et enseignant. Il confirme que « la grève va continuer », faisant référence aux épreuves d’histoire-géographie de deux heures prévues ce mardi après-midi. Annulées, ou maintenues elles aussi ?