Bosch. « L’horloge tourne, il faut passer à la vitesse supérieure »

Rudy Martin, Yannick Anglarès et Romain Fraysse, tous trois représentants CGT à la Bosch.@ADN12

En ce début d’année, l’activité de l’usine castonétoise Bosch reprend comme elle avait terminé en 2019 : à coups de chômage partiel et dans une ambiance morose, faute d’avancées pour l’avenir de l’entreprise. Dans 10 jours, les syndicats rencontreront la Secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier Runnacher à Bercy, en compagnie de la direction française de la société allemande.

Nouvelle rencontre ministérielle

Objet de la rencontre : faire un point d’étape sur la vignette Crit’air 1, dont le résultat de l’étude, promis pour décembre dernier, a été repoussé d’un an… Si elle n’attend pas grand chose de cette entrevue, la CGT espère tout de même des engagements fermes du gouvernement sur une étude qu’elle juge « essentielle » pour l’activité de l’usine :

« Si on obtient cette vignette Crit’Air 1 et qu’il y a un rebond du marché du diesel, il faut que cela profite à l’usine de Rodez et pas aux autres pays ! Quand on voit ce que l’Etat donne à Bosch, il y un minimum à exiger en retour, ainsi qu’aux constructeurs automobiles ! »

(Yannick Anglarès, CGT-Bosch)

Selon les salariés CGT de Bosch, l’Etat français finance aujourd’hui « à fonds perdus » sans contrepartie de l’industriel allemand. « On est déjà à trois ou quatre jours de chômage partiel en janvier dans certains secteurs de l’usine et pas loin des 2 millions d’euros de subventions de l’Etat pour compenser depuis le début de l’accord de transition » comptabilise Rudy Martin, « et en retour, la seule certitude que l’on a, c’est 20 emplois de sauvés sur une activité de barres de torsion ! ».

« Bosch vide le site ! »

L’usine castonétoise, qui a perdu 300 emplois en 3 ans, compte aujourd’hui 1 370 salariés en CDI et signent 65 ruptures conventionnelles par an selon le syndicat.

« Avant, on voyait plutôt les anciens partir, mais depuis un an, ça s’est inversé et ce sont maintenant les jeunes qui représentent les deux tiers des départs… ils préfèrent aller sur des projets perso avec les risques que cela implique que de rester dans l’incertitude… Au final, cela montre que Bosch a de l’argent pour les ruptures conventionnelles, mais pas pour investir dans la production ! »

(Yannick Anglarès, CGT, Bosch)

La piste de l’aéronautique ?

« Il faut que ça avance vite car la situation de l’usine se dégrade de mois en mois… » prévient le secrétaire CGT de Bosch, Yannick Anglarès, alors que l’accord de transition prendra fin en 2021 et que les pistes de diversification étudiées par le Groupe de Réflexion Industrielle font pour l’instant chou blanc.

« On sait qu’il faut en moyenne 18 mois minimum pour lancer une nouvelle production. Si aucune décision d’investissement n’est lancée avant juin, on est mal ! Le temps tourne ! »

(Yannick Anglarès)

Seule lueur d’espoir dans cet océan d’amertume, la certification au début du mois de l’usine castonétoise pour la production de pièces aéronautique. « Ce n’est qu’un label, il n’y a pas de miracle à en attendre » nuance Yannick Anglarès, « le seul moyen de se convertir à l’aéronautique, c’est de racheter une société existante, et il n’y a que la Direction allemande de Bosch qui peut le décider ! Nous pensons qu’elle en a les moyens financiers ».

Une option pour laquelle les syndicats ne sont pas très optimistes : « Bosch ne fait plus aucun investissement sur ses sites français… les solutions étudiées par le GRI se dirigent plutôt sur de la mise à disposition de nos locaux et de notre personnel à des entreprises de la région… ».

Des perspectives qui se réduisent pour l’usine castonétoise, en attendant la réunion ministérielle du 27 janvier, qui apportera, espérons-le, quelques nouvelles encourageantes. Dans le cas contraire, la CGT prévoit de renforcer ses actions : « on ne va pas rester muet ! On envisage sérieusement de passer à la vitesse supérieure si rien ne bouge ! Il en va de la sauvegarde de l’emploi et de l’avenir de l’industrie dans notre département »…