Aveyron. « On entame notre 43ème jour de grève, c’est historique ! »

Le cortège des manifestants est parti de la gare de Rodez pour rejoindre la place d'Armes, via l'avenue de Bordeaux et la rue Béteille. @ADN12

4 000 manifestants selon les syndicats, 1 500 selon la Police : la quatrième grande manifestation départementale organisée ce jeudi 16 janvier à Rodez contre la réforme des retraites continue de mobiliser, même si les chiffres sont en baisse. Il faut dire que les actions se multiplient quasi quotidiennement contre le projet du gouvernement ces dernières semaines et certaines organisations ont quitté le mouvement au niveau national (CFDT, Unsa)…

La circulation sur la rue Béteille a été interrompue une bonne partie de l’après-midi. @ADN12

Des cheminots aveyronnais déterminés

Pas de quoi entamer la détermination des opposants de la première heure, réunis dès midi ce jeudi devant la gare de Rodez : FO, CGT, CFE-CGC, FSU, Solidaires, NPA, Gilets Jaunes, Confédération Paysanne… Un peu avant 15h, ils ont pris la direction de la place d’Armes, empruntant l’avenue de Bordeaux et la rue Beteille.

« En Aveyron, on n’a pas vu durer autant une grève depuis celle des mineurs de Decazeville en 1961 ! »

En tête de cortège : les cheminots aveyronnais, qui entament leur 43ème journée de grève. « 43 jours, c’est historique » lance Gilles Tillet, cheminot CGT à Capdenac, « mais à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle ! ». « On sait que notre mouvement est soutenu par 60 % des français, ça montre aussi qu’on a raison de continuer à lutter contre ce mauvais projet de réforme » lâche-t-il en référence à une récente enquête Harris Interactive pour RTL et AEF Info.

« Quand on se lance dans un mouvement de grève, on sait qu’on va perdre de l’argent, on ne le fait pas pour le plaisir… mais on est résigné à perdre, pour mieux gagner ensuite ! »

(Gilles Tillet, Cheminot à Capdenac)

Plus d’un mois de mobilisation et Frédéric Konefal, cheminot-CGT à Rodez en convient, « on a tous des familles, des casseroles à faire bouillir… »…

Un concert du groupe aveyronnais Les Fines Gueules s’est tenu sur le parvis de la gare, en attendant le départ du cortège. @ADN12

Des vivres offertes par la Confédération Paysanne

Comme annoncé, les cheminots ont reçu un soutien inattendu : celui de la Confédération Paysanne, qui a organisé une récolte auprès de ses adhérents pour offrir des denrées alimentaires aux grévistes.

Légumes, produits frais, conserves… de quoi apporter une aide matérielle pour faire durer le mouvement. « Il y a de quoi nourrir entre 200 et 300 personnes » affirme un militant du syndicat agricole, rejoint par Sébastien Persec, porte-parole de la Confédération Paysanne : « la solidarité joue beaucoup. Il y a par exemple la coopérative des Bergers du Larzac qui cède des denrées à 30 % de leur prix … ».

« Ça fait chaud au CŒUR !»

Pour lui, cette opération solidaire est aussi un moyen de montrer que son organisation s’oppose elle aussi au projet de réforme des retraites : « il y a 1,5 million de retraités agricoles qui ont actuellement 741 € de retraite en moyenne… la réforme promet un minimum de 1 000 € mais seulement pour ceux qui y arrivent à partir de 2022 ! ».

Confédération Paysanne et cheminots unis dans la lutte. @ADN12

Un élan de générosité qui a su toucher les cheminots présents ce jeudi devant la gare de Rodez, qui assurent n’avoir jamais connu pareille solidarité.

« Je suis presque ému, ça fait chaud au cœur… c’est un acte fort que l’on reçoit et qui nous prouve aussi qu’on a raison de continuer ! »

(Gilles Tillet, cheminot gréviste)

« Le combat continue »

« Ce n’est pas le moment de faiblir » a lancé Julie Bernat pour l’Intersyndicale FSU-Solidaires-CFE-CGC-FO et CGT, durant les prises de parole, « on nous propose un système de retraites de misère pour remplacer un système solidaire : c’est non ! ».

« Avec cette réforme, on nous fait une déclaration de guerre sociale ! »

Une ténacité que les manifestants entendent opposer « à l’inflexibilité et au passage en force d’Emmanuel Macron » sur sa réforme.

En Aveyron, les syndicats appellent à de nouvelles mobilisations, dès ce jeudi soir avec deux retraites aux flambeaux organisées à Druelle lors de la présentation de vœux du député LREM Stéphane Mazars, et à Villefranche-de-Rouergue, devant la salle de la Madeleine.

D’autres actions sont prévues la semaine prochaine dans plusieurs communes du département…

Les manifestants se sont quittés sur la Place d’Armes en fin d’après-midi. @ADN12