Municipales. Rodez Citoyen ne veut pas du Parc des Expos de Malan

Mathieu Lebrun et Marion Berardi considèrent le futur Parc des Expos de Malan comme un "pari irresponsable". @ADN12

« Si je suis élu maire de Rodez et donc en place au sein de Rodez Agglo, je demanderai un moratoire sur ce projet pharaonique et démesuré, qui s’inscrit dans un modèle économique dépassé » : Mathieu Lebrun, tête de liste Rodez Citoyen pour les prochaines élections municipales, veut placer le sujet du Parc des Expositions de Malan au cœur de la campagne…

Un projet démesuré ?

Le projet, porté par Rodez Agglomération, doit voir le jour en 2021, sous la forme d’espaces couverts de 5 000 m² et d’une zone d’activité attenante de 11 ha sur le site de Malan, dans le sud du territoire. Un projet dans les tuyaux depuis plus de 20 ans, censé accueillir foires, salons et spectacles. Un projet qui ne répond pas aux « besoins économiques réels » selon Mathieu Lebrun, qui s’y est toujours opposé dans l’assemblée de Rodez Agglo…

« C’est un pari irresponsable qui ignore les urgences écologiques mais également les réalités économiques de notre territoire ! »

(Mathieu Lebrun, Rodez Citoyen)

Première raison de sa farouche opposition : le coût de cet équipement. « Je pense que le projet n’est pas maîtrisé financièrement » lance Mathieu Lebrun, « Christian Teyssèdre nous affirmait que l’on n’excéderait pas les 10 millions d’euros, je pense que l’on va plutôt dépasser les 30 millions en coût net, même en comptant les subventions de la Région et du Département : 23 millions pour le parc, 11 millions pour la zone commerciale, auxquels il faut ajouter les imprévus et plus tard les coûts de fonctionnement et éventuels déficits structurels … ».

« Les parcs similaires en Occitanie sont un fiasco »

Car les membres de Rodez Citoyen disent avoir mené leurs recherches auprès des autres parcs exposition d’Occitanie et dénoncent « un fiasco »: « si on enlève Toulouse, sur les 23 parcs existants, seul celui d’Albi n’est pas déficitaire ! » affirme Marion Berardi, numéro 2 sur la liste Rodez Citoyen, « et malgré tout, il n’accueille que 175 000 visiteurs par an » ajoute-elle pour contrer les prévisions du président de l’agglo, qui table sur 200 000 visiteurs annuels.

« A Cahors, le parc, de taille équivalente au projet de Rodez, est en déficit chronique et coûte 130 000 € de déficit annuel à la collectivité. A Tarbes, la Ville verse une subvention d’équilibre à l’exploitant de plus de 250 000 €… »

(Marion Berardi, Rodez Citoyen)

« La réalité économique de Rodez n’est pas celle de Toulouse » enfonce Mathieu Lebrun, qui estime que le projet est « surdimensionné » et que les événements organisés n’attireront « pas plus de 300 ou 400 personnes ».

Zone d’activité ou zone commerciale ?

Autre crainte exprimée par le collectif : la destination de la cinquantaine de lots attenants à la halle d’exposition. « Au début du projet, le premier argument était commercial : il s’agissait de contrer la fuite des ruthénois vers Albi. Devant la protestation des commerçants, les élus ont modifié leurs éléments de langage en parlant d’artisanat et d’entreprises… mais quelles garanties a-t-on ? Quelles conséquences pour nos commerçants ? ». 

« Nous sommes dans une logique de guichets »

Une critique qu’avait réfutée Christian Teyssèdre lors du Conseil d’Agglomération du mois de décembre, prenant l’engagement qu’il « ne créerait pas de nouvelle zone commerciale » : « il s’agira d’une zone d’activité donc il y aura des recettes. L’objectif est de ne pas perdre un centime sur cette zone » avait-il affirmé avant de donner sa vision chiffrée du parc des expos : « tout a été phasé pour amortir le choc. Nous pouvons compter sur 9 millions de subvention du Département et de la Région donc si on les enlève du coût du projet de 23 millions, nous sommes 12 millions d’euros de notre poche, c’est largement portable ! ».

Des explications qui n’ont donc pas convaincu Mathieu Lebrun, qui dénonce « une logique de guichets » : 

« Il y a un mutisme et même un embarras des élus car je pense que certains ne sont pas plus convaincus que moi… A l’Agglo, on est dans les négociations de couloir entre communes, on parsème l’argent sans réfléchir à la cohérence globale »

(Mathieu Lebrun, Rodez Citoyen)

Mathieu Lebrun pense que la problématique écologique est aussi un argument : « la question environnementale accule les élus vers une impasse sur ce projet ». Malgré les engagements pris par la collectivité pour réduire l’impact environnemental du projet (lire ici), les membres du collectif Rodez Citoyen y voient « un non-sens écologique » : « on va artificialiser les sols, bitumer des terres agricoles, augmenter le trafic routier, la pollution… et porter atteinte à de nombreuses espèces protégées » égraine Marion Berardi, faisant référence au rapport établi par le Comité Causse Comtal (à lire ici), qui recense 35 espèces.

Retour en arrière ?

Le projet est aujourd’hui lancé par Rodez Agglomération mais les travaux n’ont pas encore débuté. Les élections du mois de mars placeront de nouveaux conseillers au sein de l’assemblée communautaire et Mathieu Lebrun espère une marche arrière : « je pense qu’on aurait des appuis à Onet et Sébazac pour réclamer ce moratoire. Le retrait du projet coûtera de l’argent, mais moins que si il va à son terme… ». Le candidat de Rodez Citoyen va même plus loin : « s’il n’y a pas consensus au sein de l’Agglo, nous proposerons une consultation citoyenne sur l’opportunité de stopper le projet »…