Zoom sur : Emma Calvé, la cantatrice aveyronnaise

Si les ruthénois connaissent Emma Calvé de loin grâce à la petite place de Rodez qui porte son nom, peu de gens se rappellent de cette grande dame qui a fait les plus grandes heures de la chanson française du début du siècle. Zoom sur sa vie hors du commun et ses liens avec l’Aveyron.

Née à Decazeville le 15 août 1858, Emma Calvé est élevée sur le Larzac par un père mineur et une mère lingère. Très jeune, elle quitte son Aveyron natal avec sa mère pour suivre des cours de chant lyrique à Paris, puis à Bruxelles où elle débute dans le rôle de Marguerite de Faust. Sa large tessiture lui permet un répertoire lyrique varié et elle se fait connaître pour son dynamisme enjoué. On crée des rôles pour elle dans des opéras (Anita dans la Navarraise de Jules Massenet) mais elle se distingue en incarnant plus de 3 000 fois Carmen dans l’œuvre du même nom. Habituée des salons littéraires, elle fréquente Verlaine, Oscar Wilde, le poète italien Gabriele D’Annunzio, Alfons Mucha et le Cabaret du Chat Noir. Elle vit une longue liaison tumultueuse avec l’auteur, journaliste et poète Jules Bois.

À l’âge de 25 ans, elle profite de la trois millième représentation de Carmen pour arrêter l’Opéra :

« En effet, voulant finir en beauté, je suis décidée à quitter le théâtre pour toujours. En regardant mon visage de gitane, je lui ai dit un adieu sans retour! C’est de la folie disent parents et amis. Je ne veux pas que le public se lasse de moi. Il ne verra pas mes rides. Mon bon sens rouergat me suggère qu’à quarante-sept ans, on n’a plus le droit de jouer les amoureuses ! Je vais continuer la carrière de concerts car ma voix n’a pas de rides. »

Sous tous les ciels j’ai chanté, Emma Calvé

Timbre-poste l’effigie d’Emma Calvé créé en 2017 par la Principauté de Monaco.

Elle continuera pourtant à chanter régulièrement au Royal Opera House de Londres et au Metropolitan Opera de New-York. Aussi connue que Maria Callas quelques années plus tard, elle a l’habitude de voyager en Inde, au Japon, en Australie pour chanter dans les plus grands opéras du monde. En 1916, juste avant d’embarquer dans le paquebot qui la ramène de New-York à Paris, elle chante La Marseillaise devant une foule de 30 000 personnes pour participer à l’effort de guerre mis en place par le gouvernement français et récolte plus de 500 000 francs pour les blessés de guerre.

« L’immense salle du Grand Central Palace pouvant contenir 30 000 personnes était comble. On avait improvisé une estrade que j’ai dû atteindre par une échelle. »

Château de Cabriere, près d’Aguessac. Photo : DR

On lui décerne la Légion d’honneur en septembre 1931, à l’occasion du cinquantième anniversaire du début de sa carrière lyrique. Elle essaye de trouver des capitaux pour une version cinématographique de Carmen dont elle aurait été la conseillère, sans succès. Elle enseigne le chant lyrique dans le château de Cabrières près d’Aguessac, qu’elle avait acheté en 1894. Elle finira par le revendre à un industriel gantier quelques années plus tard. Elle séjourne par la suite à Peyreleau, dans la maison nommée Le Vieux Logis de 1935 à 1939.

Dans un grand dénuement financier mais une grande forme physique, elle écrit ses mémoires, Sous tous les ciels j’ai chanté, quelques années avant sa mort en 1940. Elle meurt le 6 janvier 1942 d’un cancer du foie, à Montpellier, à l’âge vénérable de 83 ans. Elle est aujourd’hui enterrée au cimetière de Millau.

L’histoire de la place Emma Calvé

En 1906, le sculpteur Denys Puech propose à la ville de construire un musée des Beaux-Arts. Plusieurs emplacements sont proposés, c’est finalement derrière la cathédrale, au niveau du chevet, que le choix de la municipalité tombe. Mais Emma Calvé n’est pas d’accord : elle pense qu’il faut au contraire construire une place derrière la cathédrale pour dégager la vue et en admirer son chevet. Elle propose même un don de 20 000 francs à la ville pour construire le musée à un autre endroit ! Le musée Denys Puech finira par trouver sa place au plateau Sainte-Catherine en 1908 et la place Emma Calvé sera inaugurée quelques années plus tard…

Place Emma Calvé à Rodez. Photo : Google