Sud-Aveyron. L’ostéopathe proposait des touchers vaginaux à ses clientes

@ADN12

C’est une affaire peu banale qu’avait à juger le Tribunal Correctionnel de Rodez ce mercredi 4 décembre. Elle concerne un homme de 42 ans, poursuivi pour exercice illégal de la médecine et 62 agressions sexuelles. Des faits datés de 2010 à 2013, alors qu’il pratiquait en tant qu’ostéopathe dans les communes de Canet, Séverac-le-Château et La Cavalerie. Pendant de longues heures ce mercredi, l’homme s’est défendu de toute visée sexuelle dans sa démarche, plaidant « l’intérêt thérapeutique »…

62 plaignantes

C’est une plainte de 2013 qui a lancé l’enquête : une des clientes de l’accusé explique aux gendarmes l’avoir consulté pour des règles douloureuses à sept reprises, avant qu’il lui suggère un toucher vaginal. Toucher qu’il aurait effectué avec des gants en latex avant de lui proposer de les retirer pour « éviter les irritations ». D’autres plaintes vont suivre et les gendarmes décident de contacter les clients connus de l’ostéopathe.

2 300 personnes, parmi lesquelles 200 vont répondre aux gendarmes et 62 vont finalement déposer plainte. La majorité des plaignants a d’ailleurs tenu à être présente en ce jour de procès, certains avec des avocats. Des femmes majoritairement, mais quelques hommes également, de tous âges, expliquant avoir subi un toucher vaginal ou rectal.

Un toucher vaginal pour un mal de genou

Des témoignages qui font état de touchers internes ayant duré quelques secondes ou jusqu’à 30 minutes, pour des pathologies allant du mal de dos à des migraines, en passant par des troubles de l’anxiété ou un mal de genou… Une pratique effectuée parfois sans l’accord des clientes, qui disent s’être senties « mal-à-l’aise »,« forcée », « salie », et même « violées » dans certains cas… puisque les plus choquées ont eu des arrêts de travail de plusieurs jours.

Certaines font état d’un manque d’hygiène et de pudeur puisque les actes s’effectuaient parfois sans serviette ou protection sur la table… D’autres décrivent des questions et propositions intimes de la part de l’accusé : « utilisez vous des sex-toys ? », « quelle est la taille du sexe de votre mari ? », « vous devriez vous masturber »…, ou encore des palpations des seins, destinées à « mesurer le taux d’hormones »… 

Ostéopathe ou étiopathe ?

Des accusations qui ont « abasourdi » le prévenu quand il a appris son placement en garde-à-vue et sa poursuite pénale. Pour lui, les touchers internes étaient uniquement destinés à soulager les douleurs de ses clients :

« Je l’effectuais en dernier recours, quand le reste avait échoué. Je n’y accorde aucune importance sexuelle  ! Pour moi, l’essentiel est de trouver la cause des douleurs et de les soigner, rien d’autre ! »

 

Cette pratique, il dit l’avoir apprise pendant ses études d’étiopathie : une médecine alternative non réglementée et souvent décriée qui promet de soigner un certain nombre de pathologies avec le seul usage des mains, en recherchant la cause des douleurs dans l’ensemble du corps.

« Pour moi, le sexe est un organe comme un autre ! »

Six d’études pendant lesquelles les touchers internes sont enseignés. Problème : depuis 2007, la loi française réserve cette pratique aux médecins, et aux infirmiers et kinésithérapeutes sous prescriptions médicales.

« Vous pouvez aller chez n’importe quel étiopathe, il vous fera un toucher ! Pendant six ans, on nous martèle que nous sommes meilleurs que les médecins, on finit par le croire ! J’étais persuadé d’avoir le droit de le faire ! Je réalise qu’on nous enseigne des mensonges… »

 

Pour le reste, l’homme reconnaît qu’il a pu parfois manquer de rigueur hygiénique et de sensibilité humaine, tout occupé qu’il était par son travail « de recherche mécanique » : « je vois ça comme un échec, mon but était de soigner »…

Une personnalité qui agace le tribunal

A la barre, ce père de huit enfants, crâne rasé et barbichette, s’exprime correctement, directement et sans détour, convaincu de sa méthode de soins. Parfois avec un peu d’insolence aussi, ce qui agace les membres du tribunal. A commencer par sa présidente, Sylvia Descrozailles : « vous n’allez pas nous faire un cours d’anatomie ! On a surtout l’impression qu’avec vous, tout se résout par un toucher interne ! Vous comprenez qu’il y a une notion de consentement, qui vous échappe manifestement ? ». Idem chez les parties civiles, qui expliquent « avoir été abusées en pleine vulnérabilité, alors qu’elle faisaient confiance à ce « médecin » ». Pour elles, il ne fait aucun doute que l’ostéopathe savait qu’il n’avait pas le droit d’effectuer ce type d’actes.

Une position partagée par le Procureur de la République, Bernard Salvador, qui réclame une peine de prison avec sursis, de 18 à 24 mois : « vous avez profité de votre double-casquette d’ostéopathe-étiopathe pour profiter de leur vulnérabilité » :

« La loi dit que les manipulations internes ne peuvent pas être confiées à n’importe qui : l’exercice illégal de la médecine ne fait donc aucun doute ! Vous vous êtes cru au-dessus de tout et avez succombé quelquefois à vos pulsions sexuelles : vous faites preuve d’une fantaisie perverse, même si elle n’est pas systématique »

 

Une dérive sectaire ?

L’avocat de l’Ordre des Médecins de l’Aveyron parle quant à lui de « dérive sectaire » : « Tout est ramené à la gynécologie. L’étiopathie n’est pas reconnue donc il n’avait pas le droit d’effectuer de diagnostics. La prétendue Faculté de Toulouse qui enseigne cela devrait savoir que même avec le consentement de la patiente, c’est interdit !  Il l’a fait avec une conviction et un manque d’empathie qui pose question et qui engendre une perte de chance pour le patient ».

« Sectaire » : c’est aussi ce que pense l’avocat du prévenu lui-même :

« C’est extraordinaire qu’en France, on autorise les études d’étiopathie, on laisse présenter ça comme un véritable cursus médical et on laisse mettre ça dans le crâne d’étudiants pendant 6 ans alors que tout ce qui relève de l’étiopathie est illégal ! Vous interrogez mon client comme un étiopathe et vous le jugez comme un ostéopathe  ! Il y a un souci ! »

(L’avocat de la Défense, Maitre Dufay)

 

S’il reconnaît l’exercice illégal de la médecine, l’avocat du prévenu refuse de parler d’agressions sexuelles, expliquant que son client n’avait pris aucun plaisir sexuel dans la pratique et qu’il n’y avait aucune intention de contrainte : « il a fait ça comme un professionnel, beaucoup de témoignages le reconnaissent ». En effet, si certaines clients se sont senties flouées parce qu’il n’était pas médecin, d’autres saluent les effets positifs sur leur santé des touchers internes effectués :

« Dans 24 cas sur 62, elles sont satisfaites du résultat ! Il y a des témoignages plein de contradictions, souvent le mari était même présent pendant les actes ! Il y a peut-être de l’indélicatesse, mais rien d’obscène ! ».

 

Le délibéré sera rendu le 8 janvier prochain. En France, plusieurs étiopathes ont déjà été condamnés pour exercice illégale de la médecine…