Decazeville. Des photos pour dire stop aux violences conjugales

Le vernissage de l’exposition de photos «Je t’aime … moi non plus » s’est déroulée le jeudi 28 novembre, au cinéma La Strada, à Decazeville. Cette exposition itinérante a été réalisée par l’association Affirmée soutenue par de nombreux partenaires comme le CCAS de Decazeville et les associations Le Soleil du Causse ou encore France Alzheimer.

Marie Joulié (au centre), présidente de l’association Affirmée inaugure l’exposition «Je t’aime … moi non plus » ©ADN12

Affirmée, association d’aide aux femmes victimes de violences

L’association Affirmée (Accompagnement Femmes Formation Insertion Revalorisation Mobilisation Ecoute Egalité) lutte contre toutes les formes de violences dont sont victimes les femmes. Corinne Carrey, présidente du CCAS de Decazeville, a rappelé que cette association assurait une permanence à Decazeville, les mardis de 9h à 16h.

Pour l’inauguration de cette soirée, Marie-Hélène Murat-Guiance, adjointe aux Affaires sociales de la mairie de Decazeville, a choisi de lire un poème pour « dénoncer la violence faite aux femmes et inciter les femmes à dénoncer leur agresseur » afin que « que tout cela s’arrête ! ».

Un projet ambitieux

Marie Joulié explique que l’association a fait appel à trois photographes professionnels (Myriam Albouy, Jérôme Bruneteau et Sébastien Murat) et à deux associations de photographes amateurs : le « Petit Oiseau » de Capdenac-Gare et « Focale 12 » de Decazeville pour une demande ambitieuse :« comment pouvez-vous montrer par la photographie, les violences faites aux femmes ? ».

Le thème précis du projet était « Je t’aime, moi non plus » et les artistes avaient pour objectif de représenter ces violences « de manière suggérée », sans image directe de corps en souffrance. Il s’agissait d’« amener à faire réfléchir les gens sur les violences et les interpeller avec une autre approche ».

Dessin et écriture réalisés dans le cadre des séances d’art – thérapie ©ADN12

En parallèle de ce projet, les bénéficiaires de l’association ont pu participer à des ateliers d’art-thérapie animés par la photographe Myriam Albouy. Pour elle, ces animations sont une chance donnée pour « se donner envie d’aller mieux ». Les participantes pouvaient, par le biais d’un ou de plusieurs supports artistiques, s’exprimer « sur leurs sentiments, leurs émotions ». Parmi elles, certaines ont choisi que leurs dessins ou leurs textes soient exposés.

Des approches artistiques différentes pour un unique objectif : dénoncer

Sébastien Murat, lui, a voulu mettre en valeur le côté subjectif, laissant « les gens imaginer ». Une manière d’aborder le sujet des violences conjugales « de manière à présenter les dommages collatéraux » : par exemple, suite à un féminicide « les enfants restent tous seuls ».

Sébastien Murat, les dommages collatéraux des violences conjugales. ©ADN12

Une trace de main sanguinolente, une pupille dilatée rappellent qu’un événement grave s’est produit. Quelques Playmobils, pour symboliser la violence physique, déposés sur une lettre écrite par le petit Tom (« Maman, tu me manques beaucoup, la famille qui s’occupe de moi est très gentille mais je suis triste sans toi. Je t’aime à l’infini. Tom »).

Quant à Myriam Albouy, elle a décidé « de partir sur l’aspect psychologique des violences conjugales : l’emprise psychologique ne se voit pas mais elle est toujours présente ». Comme cette « demande en mariage » qui révèle l’« ambiguïté entre l’emprise de l’autre et l’amour » quand l’observateur découvre que la bague de mariage est posée sur une lame de rasoir et que sur le visage de la future mariée apparaît une expression malheureuse. OU encore ce triptyque qui permet « de se retrouver à la place de la victime » : ce huis clos montre que la victime est sous le contrôle du compagnon agresseur et que « n’importe où qu’elle aille, elle sera sous son emprise ».

Myriam Albouy, l’aspect psychologique des violences conjugales. ©ADN12

La question de l’emprise apparaît sous une autre forme dans la troisième œuvre proposée avec une victime devenue marionnette mais qui parvient à couper le « cordon la rattachant à son marionnettiste » et donc, symboliquement, à échapper à l’emprise de son agresseur. Pour l’artiste, seule la victime « peut décider de partir ».

 

 

Marc Gazal, membre de l’association « le petit oiseau», posant devant ses productions artistiques ©ADN12

Marc Gazal, lui, a choisi de mettre en scène la Une d’un journal indiquant que le nombre de féminicides augmente régulièrement. Dans sa deuxième œuvre, la femme harcelée « finit tout le temps par voir son harceleur dans le miroir : même sa propre image n’existe plus ». Dans cette photo, le harceleur exerce une emprise psychologique si forte que la victime « voit tout à travers lui, elle n’a même pas de moments d’intimité ».

Un ciné-débat pour parler

Corinne Carrey, présidente du CCAS de Decazeville, a rappelé la mise en place tous les deux mois d’une soirée ciné-débat portant sur des thèmes sociaux : la soirée du 28 novembre était donc consacrée à la dénonciation des violences dont sont victimes les femmes avec la diffusion du film Refugiado de Diego Lerman, suivi d’une discussion libre.

Le prochain projet de l’association Affirmée, se déroulera le 6 décembre, à 20h, à la salle Agora de Capdenac-Gare. Noémie De Lattre présentera son spectacle humoristique, «Féministe pour Homme ».