Moto. Loïc Minaudier : « Excité comme pour un premier Dakar, avec l’expérience de quatre »

A 32 ans, le pilote moto bien connu des Saint-Affricains s’apprête à affronter son cinquième Dakar. Il chevauchera sa KTM 450 cm3 Rally replica en Arabie saoudite du 5 janvier au 17 janvier, pour la 42e édition de l’événement. A trois mois de l’échéance, le sportif de l’équipe « All tracks », qui sera floqué N°33, revient sur les moments forts d’une expérience hors normes.

Le Dakar, pourquoi ça fait rêver ?
J’avais 7-8 ans que je rêvais déjà de ce rallye-là. Petit, j’ai suivi derrière mon écran tout le parcours du grand champion du Dakar, Richard Sainct. Quand j’ai grandi et que certains résultats sont venus, que les années de pratique m’ont fait progresser, l’ambition est  arrivée. A l’âge de 17 ans, je savais que je voulais faire un Dakar, même si j’étais bien trop immature pour imaginer ce que ça représentait. Finalement, j’ai fait ma première demande 5 ou 6 ans après.

On aborde pas son 5e comme on se jette dans le premier…
C’est une feuille blanche, je repars excité comme pour le premier. Ce qui change, et c’est le plus important, c’est de partir sur un nouveau continent, d’avoir un nouveau terrain de jeu qui apporte une égalité entre les pilotes. C’est une nouvelle découverte que personne n’a explorée, il n’y a jamais eu de course comme le Dakar là-bas. Je retiens de l’Amérique du sud (là où se sont déroulées une dizaine d’édition du Dakar, NDLR) les paysages et la chaleur du public, mais ce nouveau pays excite tout le monde.

Le boulot de copilote que vous exercez toute l’année vous donne l’avantage en navigation.
Sur les précédents Dakar, la navigation était facile, on était un peu bloqués dans un couloir. Les points de la feuille de route étaient faciles à attraper. L’Arabie Saoudite propose soit disant un terrain de jeu idéal pour le rallye-raid, avec de grands espaces. La sensation d’être tout seul dans un désert va revenir. On sera dans le doute de savoir si on est sur le bon chemin. Ça fait trois ans que je suis copilote, notamment en voiture et en camion sur des rallye-raids, je travaille ça toute l’année et je commence à connaître les ficelles. J’aimerais que la navigation soit complexe là-bas, c’est une bonne carte à jouer pour moi.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez du Dakar ?
Chaque montée sur le podium d’arrivée. Le simple fait d’en parler me rend fou. On a galéré sur la piste, on a pris énormément de risques et là, on nous donne la médaille ou le trophée. J’ai réalisé le rêve d’arriver au bout dès la première année, puis celui de terminer sur le podium de ma catégorie (Marathon, NDLR). Ce sont des rêves qui se réalisent. Je me dis que je suis vraiment chanceux et j’ai envie de continuer à partager ça avec les gens qui me suivent, c’est important pour moi.

Parlez nous de votre plus gros coup dur.
C’était au Pérou, il y a deux ans. Je suis tombé à 115, 120 km/h. J’ai froissé la moto, coupé le casque, je me suis vraiment retrouvé dans un moment de doute. J’ai pensé que c’était fini… La chute, on ne la voit pas du tout arriver. Au moment où l’on se remet en conscience de tout ça, on se dit que c’est surement fini. Ça arrive tellement vite. Une petite étoile m’a aidé, car ça m’est arrivé à la fin d’une spéciale, et le lendemain c’était l’étape de repos. Je suis resté sous surveillance 24 h à l’infirmerie et l’équipe a remis la moto en place. Comme on dit dans notre jargon, c’était une « sacrée cartouche ».

C’est comment, la vie là-bas ?
Ce sont quinze jours qui passent à une vitesse folle. On se lève le matin, on a deux heures pour plier la tente, ranger ses affaires, se préparer, aller déjeuner et être prêt à partir pour les 1.000 km du jour. Il y a des matins où ce n’est vraiment pas rigolo, où l’on on est dans le dur. Avec les copains, on a de sacrés souvenirs de moments difficiles. Il y a des étapes Marathon où l’on dort dans des gymnases : on vit tous là, en communauté et on touche nos limites. C’est bruyant, difficile de se reposer, la lumière reste allumée toute la nuit et le départ des motos se fait à 5h du matin. Mais on fait les imbéciles ensemble, on garde la bonne humeur et ce sont des moments magiques.

Votre expérience en poche, en 2020, qu’est ce que vous visez ?
Sur mes autres Dakar, j’aimais faire des plans de motivation. Le Top 20, c’est encore mon
objectif. Personnellement, je pense que l’intégrer est l’objectif maximum à espérer parce que devant, il n’y a plus que des équipes-usines avec des moyens démesurés. Mais le fait d’aller sur nouveau terrain de jeu, avec de nouveaux pilotes venus de nouveaux continents, on ne sait pas ce qui peut arriver… C’est une feuille blanche et j’ai l’impression de repartir à 0. Je connais la discipline mais l’endroit est tellement inconnu que je suis excité comme pour un premier Dakar, mais avec l’expérience de quatre. A moi de gérer ça.

Les trois pilotes aveyronnais prêts pour le Dakar. De g. à d. Loïc Minaudier, Lionel Costes et Florent Vayssade. ©Le Progrès

Le Palmarès de Loïc Minaudier

2016 : 33e au classement général ; 4e à la Coupe du monde des Baja.
2017 : 31e au classement général.
2018 : 27e au classement général, 2e de la catégorie Marathon et 3e meilleure performance française des motards ; Champion d’Europe de rallye tout terrain.
2019 : 23e au classement général, 3e de la catégorie Marathon.
Fin octobre, Loïc Minaudier et son acolyte Charles Vernhet ont remporté le titre de champions d’Occitanie d’endurance tout-terrain (scratch et catégorie E2).