Cassagnes-Bégonhes. Le procès d’un accident dramatique

Ce mercredi 27 novembre se tenait le procès d'un chauffeur poids lourd suite à un accident mortel survenu en 2011 qui a coûté la vie à un conducteur.

@ADN12

Les faits remontent au mois de mai 2011. Le prévenu, un chauffeur routier de nationalité portugaise, était entré en collision sur la D902 à hauteur du lieu-dit du Glandou, à la sortie d’un virage. Un témoin a raconté aux gendarmes avoir vu la citerne du camion du prévenu se déporter sur la voie d’en face. C’est cette citerne remplie de foin que le véhicule de la victime, venu d’en face, a heurté de plein fouet, détruisant la cabine et donnant immédiatement la mort à son conducteur, un Aveyronnais quinquagénaire dont les pompiers et les gendarmes ont mis plusieurs heures à retrouver le corps.

Le prévenu, lui, a été victime d’un traumatisme crânien, d’une hémorragie cérébrale et d’une perforation d’un poumon. Il avait été transporté en hélicoptère vers l’hôpital de Rodez avec un pronostic vital engagé. Les deux camions avaient fini leur course dans le champ voisin.

En 30 ans de carrière, « jamais un accident »

Un expert en accidentologie dépêché sur les lieux a confirmé que la chaussée était sèche et sans gravillons. Un témoin ayant croisé le camion de la victime quelques minutes plus tôt a affirmé au tribunal qu’il avait alors trouvé « qu’il roulait très vite ». Un autre témoin a reporté cette déviation de la citerne du prévenu qui avait commencé à faire des embardées des deux côtés de la route avant de finir en équerre sur l’autre partie de la chaussée.

Le prévenu a-t-il perdu le contrôle de son véhicule ? Lui aussi roulait-il trop vite ? Le prévenu était jugé pour « homicide involontaire par conducteur de véhicule terrestre à moteur par défaut de maîtrise ». Pourtant, ce dernier affirme qu’en plus de trente ans de carrière de chauffeur poids lourd à sillonner l’Europe dans des semi-remorques de 40 tonnes, il n’a jamais eu une amende pour excès de vitesse, ni un accident. Alors que s’est-il passé ce jour-là dans ce virage de Cassagnes ?

Des séquelles encore vives

Le prévenu, un ressortissant portugais et sexagénaire habitant à Lourdes, affirme ne pas se souvenir de l’accident. Il est sorti de cette collision diminué neurologiquement avec de graves troubles de la mémoire et des fonctions exécutrices altérées. À tel point qu’il a été mis sous curatelle de son fils qui affirme que depuis son accident, son père a beaucoup changé.

« Mon père est devenu très difficile à gérer, il n’est plus du tout le même ».

L’expert médical avait déclaré lors de son diagnostic en 2015 que le prévenu n’était pas en mesure de comprendre des sanctions pénales.

La barrière de la langue rendant la fluidité des propos compliquée (le prévenu ne parlant pas français, il a fait appel à une interprète durant le procès), il était difficile de juger si le prévenu était en pleine connaissance de ce qui se jouait devant lui, insistant pour parler hors de son temps de parole et laissant échapper quelques sourires. Mauvaise connaissance du système judiciaire, de la langue française ou réelle diminution cognitive ?

La question de la responsabilité pénale

Pour le procureur, toute la question se joue dans la responsabilité pénale ou non du prévenu. « La peine encourue est de cinq ans d’emprisonnement ». Mais les dernières expertises médicales datant de 2015, toute la question est de savoir si, pour le tribunal, celles-ci sont encore valables ou si de nouvelles sont nécessaires. Dans le cas où le prévenu serait en pleine possession de ses moyens intellectuels, le procureur a plaidé pour une peine de deux ans d’emprisonnement avec sursis et d’une annulation du permis de conduire du prévenu (permis B), qu’il utilise toujours.

« Si rien de ce procès ne pourra rendre aux parties civiles leur mari, leur père, grand-père ou leur frère, mes clients voulaient des explications », déclare le représentant à la barre de la femme de la victime. « Et nous n’avons pas eu un mot d’excuse de la part du prévenu ». Excuses et « sincères condoléances » qui finiront pas être exprimées par le prévenu à la fin du procès, avant l’annonce de la date du délibéré fixé au 8 janvier 2020.