Millau. Les 105 kilos de cannabis appartenaient à un trafic entre la Pologne et l’Espagne

Les Douanes avaient intercepté le véhicule le 1er novembre dernier au viaduc de Millau, sur le trajet Benidorm (Espagne)-Varsovie(Pologne). Le cannabis était conditionné en sachets thermosoudés. DR

Le polonais arrêté à Millau le 1er novembre dernier au retour d’un voyage en Espagne avec 105 kilos de cannabis a été jugé et condamné ce lundi 25 novembre par le tribunal correctionnel de Rodez. L’homme de 35 ans a expliqué ne pas savoir qu’il transportait de la drogue…

99 sachets conditionnés

L’arrestation avait eu lieu le 1er novembre dernier à 2h15 sur l’A75 à Millau : la Brigade des Douanes contrôle un véhicule utilitaire bâché immatriculé en Pologne et découvre, dissimulés dans une machine industrielle, 105 kilos d’herbe de cannabis, conditionnés sous 99 sachets thermosoudés. Chacun porte le nom de la variété de plante qu’il contient : Critical, Gypsy… L’analyse des sachets permettra d’établir une teneur en THC de 10%.

L’homme au volant du véhicule, un polonais de 35 ans inconnu des services de police français, est immédiatement placé en garde-à-vue.

Un trafic entre l’Espagne et la Pologne

Lors de ses auditions, l’homme explique avoir été abordé sur un parking en Pologne par un homme (un certain « Pavel ») qui lui propose des trajets, rémunérés en espèces, entre la Pologne et l’Espagne. Avant son arrestation, il dit avoir effectué sept trajets de ce type : « à vide » ou avec des machines agricoles; des « trajets-tests » entre Varsovie et Benidorm, pour tester la fiabilité du transporteur.

Le chauffeur, qui louait lui-même les véhicules et recevait ses directives par messagerie cryptée, aurait perçu 5 000 euros pour l’ensemble de ces trajets et aurait du en toucher 3 500 autres pour celui échoué à Millau.

« Je croyais que c’était des cigarettes »

C’est un homme de bonne présentation qui a été amené ce lundi devant le tribunal de Rodez. Assisté d’une traductrice, il explique ne pas avoir eu conscience des risques qu’il prenait :

« Je suis dans une situation délicate financièrement à cause de prêts contractés pour acheter un hôtel et des ennuis administratifs qui en ont découlé. Je suis sous pression, ma compagne attend notre premier enfant… quand on m’a proposé ces trajets, j’ai surtout pensé à l’argent liquide qu’on m’offrait. Je croyais que c’était des cigarettes… »

 

Un argument sans effet sur l’Inspectrice des Douanes présente au procès : « dans tous les cas, il savait que c’était des produits de contrebande. Pour le Code des Douanes, que ce soient des cigarettes ou de la drogue, la sanction est la même ! On peut réclamer jusqu’à deux fois la valeur de la marchandise transportée ».

Plus de 300 000 euros à la revente 

Estimant qu’un kilo de cannabis se revend environ 3 000 euros sur le marché parallèle, elle a réclamé une amende de 316 000 euros au tribunal.

Une requête appuyée par le Ministère Public, qui pense également que l’homme « connaissait le caractère douteux du business auquel il participait, au vu notamment des sommes engagées par rapport au niveau de vie en Pologne » et requiert à son encontre trois ans de prison ferme et 15 000 euros d’amende avec interdiction du territoire français.

Deux ans de prison ferme

L’avocat du prévenu, un français spécialisé dans le droit du Transport, a longuement tenté de réduire la sentence, insistant sur le caractère « raisonnable » de son client : « un homme d’affaires, diplômé d’un BAC+5, qui doit se marier dans quelques semaines, un futur père qui se prive de la naissance de son enfant. Un homme qui s’est amusé à transporter des produits illicites par bêtise et qui risque de le payer personnellement… mais des gens éduqués, dont la famille est prête à cotiser jusqu’à 20 000 euros pour payer ses bêtises… ». 

Quant à l’amende douanière de 316 000 euros réclamée : « ce sont des montants estimés sur un marché occulte ! Ça n’a pas de sens ! ».

Après en avoir délibéré, le tribunal de Rodez condamne ce ressortissant polonais à deux ans de prison ferme avec maintien en détention, 6 000 euros d’amende et 10 000 euros d’amende douanière, ainsi qu’une interdiction du territoire français pour les cinq prochaines années.