L’homme interpellé au viaduc de Millau faisait partie d’un trafic de grande ampleur

Ce mercredi 20 novembre, neuf prévenus ont été jugés pour recel en bande organisée au sein d'un trafic de voitures en 2013 qui couvrait la Belgique, la Normandie, Paris, Narbonne et Perpignan... en passant par Millau.

@ADN12

Sur les neuf prévenus, seuls quatre se sont présentés à la barre du tribunal de Rodez ce mercredi 20 novembre pour leur procès concernant un trafic de voitures en bande organisée. Les faits reprochés : recels de biens, vols, faux et usage de faux, escroqueries et recels en bande organisée.

Le trafic était bien rodé : des certificats d’immatriculation étaient volés en Belgique (où il est obligatoire de l’avoir dans sa voiture, donc plus facile à voler qu’en France), puis les voleurs cherchaient des voitures qui correspondaient aux certificats et faisaient leur larcin en Belgique ou en France. Puis ils rejoignaient Paris ou la Normandie et un chauffeur conduisait les véhicules jusque dans le sud de la France, avant ou après les avoir maquillés et avoir changé leur immatriculation sous de fausses identités grâce à de faux papiers, ou des papiers volés. Enfin, les voitures étaient revendues avec une décote de 60% à un complice qui faisait lui-même un prêt auprès d’organismes de crédits avec de faux papiers pour pouvoir les payer. Puis ces voitures étaient revendues à des particuliers.

Pas d’aveyronnais impliqués

Dans cette affaire, aucun des acteurs, des victimes, même des lieux ne sont Aveyronnais. Les voitures et certificats d’immatriculation venus de Belgique transitaient via la région parisienne et la Normandie, puis étaient revendus dans le sud de la France, Narbonne et Perpignan étaient souvent citées. Mais c’est bien à Millau qu’un des prévenus a été arrêté en décembre 2013 au volant d’une voiture volée, non assurée, avec un certificat d’immatriculation lui aussi volé et pour couronner le tout, en possession d’une barrette de cannabis.

L’avocat de la défense évoque « un vrai réseau national dont le profil de mon client ne correspond pas vraiment à celui du mastermind qui le dirige »

et aux vues de la faible défense du prévenu principal, on a tendance à le croire. Même si ce dernier n’est pas un enfant de chœur : à la barre pour 33 chefs accusation, cet homme de 36 ans a déjà sept condamnations au compteur pour recel, faux et usage de faux, escroquerie ou encore trafic de stupéfiants. Et pour couronner le tout, les dépositions des autres prévenus le présentent toutes comme l’intermédiaire qui leur a fourni la voiture à livrer, à revendre, ou les faux papiers à présenter pour ouvrir un compte bancaire ou obtenir un prêt.

Réseau national ou petit trafic ?

Le nombre et la taille impressionnante des dossiers sur le bureau du tribunal témoignent de la complexité de l’enquête qui a duré des années. Plus d’une dizaine de véhicules volés et retrouvés, une multitude de comptes bancaires, de faux papiers, des transactions d’argent d’un compte à l’autre, des fausses identités, des intermédiaires, des chauffeurs, des appartements loués pour servir de boîtes aux lettres… l’affaire est un véritable sac de nœuds qui converge vers un seul prévenu. Mais celui-ci proclame qu’il n’est qu’un intermédiaire, que s’il a effectivement fourni de faux papiers d’identité, de faux certificats et demandé de maquiller ou de servir de chauffeurs à certaines voitures, les papiers et les voitures lui étaient fournis par d’autres personnes. « J’ai peur des représailles, je ne veux pas parler de ces personnes » avoue le prévenu principal à la barre. Défense réfléchie pour alléger sa peine ou réelle frayeur ?

« Je savais que les voitures n’étaient pas nettes, mais je ne savais pas qu’elles étaient volées. Oui j’ai fourni de faux papiers ou demandé à des amis de faire les chauffeurs, mais je n’ai pas poussé les gens à faire du mal, ils savaient très bien que ce n’était pas net. »

 

Un verdict entre relaxe, prison ferme et mandat d’arrêt

Après plus de trois heures de délibéré, le tribunal a statué en prenant en considération les cas de chaque prévenu. À noter que tous les prévenus ont été relaxés de l’accusation d’association de malfaiteurs. Concernant les accusations de recels de biens, de vols, de faux et d’escroqueries, les complices qui ont joué un rôle mineur et qui ont pu prouver qu’il étaient réinsérés dans la société via un travail stable et une famille ont obtenu de la prison avec sursis, ou une confusion des peines leur évitant la prison et une amende entre 700€ et 3 000€. Ceux aux plus grosses responsabilités ont été condamnés à un ou deux ans de prison ferme et entre 1 000 et 3 000€ d’amende. Enfin, le prévenu principal, parti du tribunal avant l’annonce du délibéré, a écopé de la peine la plus lourde avec trois ans de prison ferme et une obligation de dédommagement aux victimes de plus de 35 0000€; son absence du tribunal lui a également valu un mandat d’arrêt.