Pauvreté en Aveyron : les vrais chiffres du Secours Catholique

Comme chaque année à la même période, le Secours Catholique dresse un état de la pauvreté en France. Un rapport basé sur des statistiques chiffrées et l'étude du profil des personnes accueillies par l'association. En Aveyron, l'année 2018 montre une précarité croissante dans les zones rurales et chez les séniors...

Selon Louis Droc, vice-président départemental du Secours Catholique, l'association reçoit "20 000 personnes" par an en Aveyron. ©ADN12

En Aveyron, ils sont un demi-millier à œuvrer bénévolement au sein des 26 bureaux locaux du Secours Catholique… Un maillage essentiel pour tenter de répondre à une problématique propre à la géographie du département : l’isolement social.

740 € pour vivre

Bertrand Parmentier est le président du Secours Catholique de l’Aveyron. ©ADN12

740 € par mois : c’est en moyenne ce dont disposent les personnes reçues par le Secours Catholique en Aveyron. Une somme qui représente moins de la moitié du revenu médian des habitants du département, évalué à 1 630 €.

 

Pire, une personne sur trois accueillie par l’association aurait moins de 600 euros chaque mois pour vivre, qui est le seuil de pauvreté fixé en Aveyron.

« Il faut savoir que 30 % des personnes accueillies ne font pas valoir leurs droits aux allocations ou au RSA ! »

(Bertrand Parmentier, Président du Secours Catholique en Aveyron)

Des personnes qui sollicitent l’association caritative pour des conseils (61%), pour des difficultés de logement (40%), pour une aide alimentaire (34%), pour un problème de mobilité (10%).

Précarité croissante dans les petites communes

Comme ailleurs en France, et comme les années précédentes, sur les 20 000 personnes rencontrées par le Secours Catholique du Tarn-Aveyron en 2018, la moitié sont des personnes seules (hommes ou femmes) et un autre quart représente les mères isolées.

Ce qui diffère en revanche des tendances nationales, c’est la part des habitants de petites communes dans ces statistiques, comme en témoigne Louis Droc, vice-président du Secours Catholique en Aveyron :

« Il y a une vraie problématique de ruralité dans notre département : plus d’une personne sur dix qui vient nous voir habite dans une commune isolée. Au niveau national, c’est à peine 3 %… »

 

Idem pour ce qui concerne les habitants des communes de moins de 5 000 habitants : quand ils sont 21 % au niveau national, le Secours Catholique de l’Aveyron en compte plus de 36 %.

De plus en plus de seniors en difficulté

Autre tendance rapportée par le Secours Catholique : l’augmentation de la précarité chez les personnes âgées, qui représentant 14 % des personnes reçues en Aveyron.

« En 6 ans, en Aveyron, le nombre de précaires de plus de 60 ans a doublé dans notre association »

Cette augmentation régulière des seniors parmi les personnes qui font appel au Secours Catholique préoccupe Louis Droc : « certains viennent en Aveyron pour leur retraite en pensant que ce sera plus facile, mais les besoins restent les mêmes et les ressources s’amenuisent… on voit beaucoup de veuves aux revenus faibles, des agriculteurs, des personnes qui n’arrivent pas à payer la maison de retraite de leur conjoint… ».

Les bénévoles du Secours Catholique autour du président départemental, Bertrand Parmentier. @ADN12

« Tuer les fausses idées sur l’immigration »

Loin des idées véhiculées par certains courants de pensée, la proportion de personnes de nationalité étrangère reçues par le Secours Catholique reste stable sur les huit dernières années, autour de 20 %. « Il n’ y a pas d’immigration massive comme certains l’insinuent » souligne Bertrand Parmentier, « les chiffres sont stables ».

En Aveyron, seules 2% des personnes accompagnées par le Secours Catholique sont des migrants. Pour Bertrand Parmentier, il ne faut pas opposer les immigrés aux autochtones :

« 20 % des étrangers que nous recevons n’ont pas de revenu du tout. Il faut arrêter de dire que ces gens viennent pour bénéficier des minimas sociaux : c’est faux ! C’est leur dernier recours ! Il faut être dans une profonde détresse pour quitter son pays »

 

Ces dernières années, le Secours Catholique a ainsi accueilli des familles réfugiées irakiennes, syriennes, de la République Démocratique du Congo… toutes fuyant des pays en guerre, où elles se trouvaient en danger.

« Les migrants veulent travailler, veulent s’intégrer ! »

Si les enfants « s’intègrent très vite » grâce à la scolarisation, il en va autrement pour les adultes, comme l’explique cette bénévole ruthénoise : « le parcours administratif pour obtenir une carte de séjour est de plus en plus complexe. Beaucoup veulent travailler mais ne le peuvent pas. Il y a des situations complètement aberrantes où les administrations se liguent contre l’intégration des réfugiés… ».

C’est le cas pour ce ressortissant africain, qui avait obtenu une carte de séjour mais se voyait dans l’impossibilité de s’inscrire dans les agences d’interim faute de RIB : « sept banques lui ont refusé l’ouverture d’un compte alors qu’il était dans la légalité ! ». Et une situation qui stagne depuis des mois, des années… comme celle de cette mère de famille, qui a fui son pays depuis 2012 et vit aujourd’hui sans papier :

« J’ai fui un pays où les groupes armés violent quotidiennement des femmes et je vis dans la clandestinité en France… J’ai une fille qui fait des études, au niveau Master, et on me refuse le droit de travailler. Je ne comprends pas pourquoi… il y a pourtant du travail ! »

 

C’est donc pour pallier à des besoins immédiats que les bénévoles du Secours Catholique s’investissent chaque jour auprès des personnes qu’ils accueillent…