Saint-Affrique fête 30 ans d’école bilingue occitan

En 1989, Saint-Affrique et Albi devenaient les fers de lance de l’enseignement public bilingue, en accueillant les premières classes français-occitan. Dans la Vilotte, une dizaine d’élèves de l’école Blanchard-Caussat ont commencé à suivre les cours, dispensés par Claude Gaz.

La journée festive du 23 novembre s’achèvera sur les notes du balèti animé par le groupe La Talvera.

Aujourd’hui, ils sont plus de 250, de la maternelle au secondaire, à pratiquer la langue occitane au quotidien. Pour l’occasion, l’association Cap l’Òc, en partenariat avec la ville de Saint-Affrique et l’Association de parents d’élèves, a concocté un anniversaire sous forme de programmation culturelle riche et variée, avec deux temps forts : une soirée Baléti avec La Talvera en Novembre et le concert de Nadau en février.

« Nous avons le plaisir d’avoir avec nous le premier maître de l’enseignement bilingue occitan de l’histoire, Claude Gaz », se félicite, amusé et ému, Patrick Couffin, président de l’association Cap l’Òc. C’est lui qui a partagé son amour de la langue occitane à la dizaine de jeunes écoliers de maternelle, les premiers d’une lignée qui n’a cessé de s’étoffer. « Tout n’a pas été toujours simple, reconnaît Claude Gaz. Mais ici, en Aveyron, les parents étaient demandeurs. Alors si certains nous prenaient pour des fous ou des ringards, on ne les a pas écoutés… ». Patrick Couffin, premier professeur d’histoire-géographie-occitan à la cité scolaire Jean-Jaurès, rappelle les circonstances de la naissance de l’enseignement bilingue : « Depuis 1981, l’enseignement bilingue était autorisé en filigrane par les circulaires Savary. Mais c’est Lionel Jospin qui a fait un pas de plus, en mettant en place les premières classes bilingues à titre expérimental. Un appel d’offre a été lancé. Albi et Saint-Affrique ont été choisies pour leur terreau militant ».

Un ensemble politico-social favorable

Localement, les conditions étaient réunies pour faire éclore les premières graines de l’enseignement bilingue occitan : « Des parents d’élèves demandeurs, des représentants locaux de l’Éducation nationale favorables, et une municipalité partante. Ici, l’ensemble politico-social était favorable », résume Patrick Couffin. Alain Fauconnier, alors premier adjoint aux côtés du maire André Vigouroux se rappelle les conditions « rocambolesques » des débuts : « Il a fallu trouver une salle, des tables, des chaises… Quand on voit avec le recul, que 30 ans après, on est encore là, vivants et très actifs, il y a de quoi être fier d’avoir osé. »

Si aujourd’hui, l’enseignement bilingue est rôdé, Claude Gaz, Patrick Couffin et Geneviève Couffin ont dû faire preuve de ténacité : « Les dix premières années, ce qu’on n’imagine pas, c’est la charge de travail qui a reposé sur les premiers enseignants. Claude a fait un travail de forcené, pour traduire, préparer des supports en occitan, créer des activités… En histoire-géo ou en occitan, dès que le programme changeait, il fallait tout traduire », rappelle le président de Cap l’Òc.

4.000 élèves dans l’académie de Toulouse

Dans le corps enseignant, l’irruption de l’occitan a suscité « quelques remous », concède Patrick Couffin, parce que comme tout changement, ça perturbait les habitudes, et a provoqué quelques réticences. » « Mais aujourd’hui, au contraire, on trouve beaucoup plus d’avantages que de contraintes, c’est enrichissant », poursuit Chloé Couffin, professeur des écoles occitan à l’école Blanchard.

Certaines personnes craignaient également que l’apprentissage précoce d’une langue proche du français, ne perturbe l’acquisition du langage. « Une fausse croyance, puisque les neurosciences et les linguistes ont démontré que c’est exactement le contraire. C’est même un élément d’intégration pour les élèves qui parlent une autre langue que le français », rajoute Chloé Couffin. « Tout ça, c’est du passé », tient à souligner Patrick Couffin. Avec 4.000 élèves en classe bilingue occitan dans l’Académie de Toulouse, dont 1.000 en Aveyron, nous avons de bonnes raisons de fêter cet anniversaire dans la joie et le partage. »

Programme

Cap L’oc a imaginé un programme pour tous, occitanophones ou non, plus jeunes ou plus âgés, et pour tous les goûts. Programme (non exhaustif) :

  • Du 18 au 30 novembre : Exposition « 30 ans d’occitan à l’école – Sant Africa 30 ans d’occitan a l’escòla » à la médiathèque intercommunale.
  • Samedi 23 novembre : Journée festive « Oc per l’òc » Jeux, expositions, contes, kamishibai, stands, chants et danses occitanes, balèti…
    10 h 30 : conte kamishibai pour les tout-petits (médiathèque)
    15 h 30 – 17 h 30 : Jeux en bois (Caveau), Arts d’òc (Salle multimédia Foch)
    18 h : Ouverture officielle, chants, prises de parole, apéritif, repas partagé.
    21 h : Soirée festive avec La Talvèra. Animations et soirées gratuites.
  • Samedi 7 décembre : 17 h : Conférence « Le bilinguisme occitan-français, un avenir pour l’Occitanie ? ». Avec la participation de Pierre Escudé, professeur des universités (INSPE de Bordeaux et de Toulouse) et Gilbert Mercadier, inspecteur pédagogique régional d’occitan honoraire. Au Familial, entrée libre.
  • Dimanche 8 décembre : 17 h : Concert de Nadal còr a l’òc, au Petit carré d’art. Entrée libre.
  • Dimanche 26 janvier : 14 h 30 : Dictée occitane – Dictada occitana, animation musicale, goûter. A la salle des fêtes. Entrée libre.
  • Samedi 29 février : Concert de Nadau à la salle des fêtes de Saint-Affrique.

Réservation à partir du 2 décembre au service culturel de la ville de Saint-Affrique. 20 € : 12 € réduit.