Le pyromane des églises de Millau récidive à Rodez : la justice le condamne

@ADN12

Le jeune homme de 25 ans l’admet volontiers : il a « une passion pour le feu », une passion incontrôlable qui le pousse à allumer des incendies à la moindre contrariété.

Il a d’ailleurs été condamné plusieurs fois par la justice pour ce type d’agissements… Dès l’âge de 17 ans, il se souvient avoir mis le feu à un véhicule, puis à des containers à déchets, puis enfin à trois églises de Millau en 2016, pour lesquelles il avait écopé de 6 mois de prison ferme.

Flagrant délit

Une nouvelle fois, c’est à des containers à poubelles qu’il s’en est pris ces 10 et 13 novembre : d’abord dans le quartier Ramadier, puis dans la rue Hervé Gardye dans le centre-ville de Rodez. Ce deuxième départ de feu a eu lieu en plein jour, sous les yeux des policiers. Placé en garde-à-vue, l’homme détenait quatre briquets… Il a été jugé ce vendredi 15 novembre au tribunal correctionnel de Rodez, sous procédure de comparution immédiate.

« Dès que vous êtes énervé, vous BRÛLEZ quelque chose »

Depuis sa condamnation pour les incendies des trois églises de Millau, l’accusé se trouvait sous suivi socio-judiciaire. « Un suivi émaillé par de nouvelles condamnations » rappelle la présidente du tribunal, Mandana Samii : « vous avez été libéré le 15 septembre dernier, et peu de temps après vous avez demandé à être réincarcéré parce que vous aviez peur d’allumer de nouveaux feux. En fait, vous appelez à l’aide quand vous êtes sur le point de passer à l’acte. Vous avez besoin d’encadrement… ». 

Le jeune homme alterne en effet séjours en prison et en hôpital psychiatrique…

Curatelle renforcée et déficience mentale

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le profil de l’accusé pose question. Placé en Institut Médico-Educatif jusqu’à ses 18 ans, il est aujourd’hui sous curatelle renforcée et sous traitement antipsychotique. L’expertise psychiatrique le définit comme « atteint de déficience mentale, répondant à la frustration par la commission d’incendies, avec une altération du discernement »… Pas assez néanmoins pour ne pas être pénalement responsable.

Au quotidien, il vit « dans l’errance », avec un logement à Millau qu’il n’occupe pas, des connaissances dans le milieu des stupéfiants, une sœur à Paris qu’il visite épisodiquement, un père qu’il ne voit plus, une mère au Maroc…

Quelle réponse pénale ?

A la barre, l’accusé semble en effet mentalement retardé. « C’est un cas devant lequel la justice se trouve un peu démunie, limitée dans son rôle… » admet la présidente du tribunal, rejointe par le procureur de la République Chérif Chabbi : « nous sommes aux confins de la psychiatrie, du médical et du judiciaire ». Mais le représentant du Ministère Public ne veut pas pour autant se soumettre à ses responsabilités :

« C’est un rôle difficile mais il faut l’assumer. La pyromanie n’est pas une maladie mais un trouble du contrôle. Il dit qu’il ne peut pas s’en empêcher, et comme l’attestent toutes les expertises psychiatriques, il a conscience du bien et du mal. On ne peut pas occulter sa dangerosité ! »

 

Pour le Procureur de la République, une seule solution : requérir de la prison ferme avec mandat de dépôt et une interdiction du territoire français. « Ainsi, il pourra demander une libération conditionnelle expulsion, retrouver sa maman au Maroc et ne plus être livré à lui-même ».

« Besoin de soin, pas de prison ! »

Maître Laurent Belanger, qui reconnaît que son client représente un danger, estime toutefois que sa place n’est pas en prison : « je crois que tout ça ne relève pas de l’institution judiciaire. Retourner au Maroc ne changera pas le problème ».

Interdiction du territoire français

C’est pourtant l’option retenue par les juges du tribunal de Rodez qui condamnent l’accusé à 10 mois de prison ferme avec mandat de dépôt, une interdiction de détenir une arme pendant les cinq prochaines années et enfin une interdiction de territoire français pendant 10 ans. Il pourra donc solliciter une libération conditionnelle et quitter définitivement le territoire français pour rejoindre sa famille au Maroc.