Sont concernées par cette grève toutes les structures médico-sociales dépendantes du département : les six Maisons des Solidarités Départementales (Rodez, Villefranche, Millau, Decazeville, Espalion et Saint-Affrique) qui comprennent :

  • la Généraliste, l’accueil principal qui gère tous les cas avant de les renvoyer vers les services spécialisés;
  • l’APA (Allocation Personnalisée d’Autonomie) qui s’occupe des personnes âgées;
  • la PMI (Protection Maternelle et Infantile) qui s’occupe des femmes enceintes et mères fragilisées et de leurs enfants;
  • l’ASE (Aide Social à l’Enfance) qui s’occupe de protéger des enfants fragilisés
  • le RSA (Revenu de Solidarité Active) en lien avec la CAF, qui permet un revenu minimum

Sur les 1700 personnes travaillant pour le département, 250 sont des travailleurs médico-sociaux. Ils dénonçaient déjà leurs conditions de travail inacceptables il y a quelques jours et ils étaient environ 80, sous une pluie glacée ce jeudi 7 novembre, à attendre le résultat de l’entrevue avec les pouvoirs publics.

©ADN12

Des familles d’accueil en surcapacité

Parmi les revendications, passer de 31 à 25 enfants par référents ASE (Aide Social à l’Enfance), ces agents qui traitent les dossiers des enfants placés et suivent leur parcours de vie, souvent chaotique. Ces derniers sont amenés à travailler quotidiennement avec les Familles d’Accueil qui sont, elles, en diminution : si on en comptait 225 dans tout l’Aveyron il y a 5 ans, on en compte aujourd’hui 180. En cause, des conditions d’accueil des enfants de plus en plus difficiles. C’est pourquoi, sans être officiellement des travailleurs médico-sociaux, plusieurs Familles s’étaient déplacées en soutien aux référents ASE avec qui ils travaillent au quotidien pour le bien-être des enfants placés. « Il y a plus d’enfants à placer et moins de temps pour s’en occuper. Les foyers sont blindés, je suis toute seule et je dois parfois m’occuper de quatre ou cinq enfants en même temps, parce que ce sont des urgences et qu’ils n’ont nulle part où aller » témoigne une famille d’accueil souhaitant rester anonyme.

« Il y a un vrai manque de moyens, mélangé à une multiplication de la paperasse : on doit avancer tous les frais liés aux enfants et aux sorties, remplir un questionnaire justifiant chaque dépense mais le référent ASE aussi ! Deux questionnaires par deux entités différentes pour la même chose, on passe tous plus de temps devant notre ordinateur à gérer de la paperasse que de l’humain ! Et ce sont les enfants qui en souffrent. »

 

Aussi évoquées, les allocations allouées aux Familles d’Accueil ne sont pas harmonisées d’un département sur l’autre. « Le montant de l’allocation dépend du département de résidence des parents. J’ai perdu 450€ par mois pour m’occuper de cet enfant polyhandicapé, uniquement parce que les parents ont déménagé du Lot vers Aveyron, et que les grilles ne sont pas les mêmes ! Et pourtant, je continue à m’en occuper de ce gamin, parce que lui n’a pas le choix. » Aussi parmi les revendications, l’absence de formation des Famille d’Accueil pour s’occuper d’enfants au passé psychologique lourd, parfois handicapé mental ou moteur, voire les deux en même temps. « On n’est pas du tout formé pour s’en occuper, on fait avec. Et on doit parfois faire des travaux pour les accueillir, aménager la douche, le lit, la maison, acheter un véhicule… rien de tout ça ne nous est remboursé ! Rien ! Comment voulez-vous motiver les gens à devenir Famille d’Accueil ? » s’indigne une autre Famille d’accueil qui souhaite elle aussi rester anonyme, de peur d’être sanctionnée.

Plusieurs Famille d’Accueil et agents ont préférés témoigner anonymement, de peur des sanctions. ©ADN12

Les ASE aussi appellent à l’aide

Amélie Devals, référente ASE et syndiquée CGT témoigne :« Avec les foyers débordés et les familles d’accueil pleines, on se retrouve parfois le vendredi avec des enfants, on ne sait pas où ils vont aller. Et qu’est-ce qu’on leur dit dans ces cas-là ? C’est très lourd moralement. » Et de dénoncer la lourdeur administrative qui se fait de plus en plus chronophage, pour ce qui semble être, aux yeux des agents, des broutilles.

« Notre boulot c’est d’être avec les gens, pas derrière un ordinateur »

Amélie Devals, référente ASE

Aussi chauvin que puisse être l’Aveyronnais, ce n’est pas un cas particulier mais bien national : « À Toulouse, sur les 23 Maisons Départementales des Solidarités, 21 sont en grève. Et je ne vous parle même pas du Nord de la France… En Aveyron, 13 agents ont pris contact avec la médecine du travail car tout ça a un impact sur la santé des gens. Les cas de mal de dos, de dépression, de trouble du sommeil, de troubles musculaires… se multiplient. Nous dénonçons une dégradation des conditions de travail depuis des années. Les arrêts maladie, de plus en plus nombreux, ne sont pas remplacés, induisant un sentiment de culpabilité à l’idée de se mettre en arrêt maladie. C’est rare qu’on manifeste, mais cette fois on espère que ça donnera quelque chose de concret. »

Le discours de Cédric Mors après sa sortie de la Préfecture ©ADN12

Des promesses de visites par le département

©ADN12 Cédric Mors, secrétaire départemental CGT

Après deux entrevues qui ont duré environ deux heures en tout, la délégation de neuf personnes (dont deux non-syndiquées) est sortie sous les applaudissements de la horde de parapluies. Cédric Mors, le secrétaire général CGT d’Aveyron a pris la parole pour affirmer qu’ils avaient été entendus et que les représentants du département et de l’État avaient été sensibles à leur malaise, mais que les agents du département avaient souhaité organiser des déplacements sur plusieurs semaines dans toutes les Maisons des Solidarités Départementales afin d’établir un diagnostic et faire une proposition de budget en fonction. « Quant à la préfecture, elle demande du temps pour réfléchir aux questions administratives et fait remonter nos revendications directement au Président Macron ! » lance-t-il, un demi-sourire aux lèvres.

«  Ils ne sont pas dans le déni, ils sont prêts à aller dans notre sens  mais il n’y a eu aucune proposition concrète, donc on ne baisse pas la garde. »

Claire Carrette, secrétaire CHSCT et syndiquée CGT