Céline Montolio, secrétaire CHSCT et syndicat FSU, Julie Bernat-Sandragne du FSU, Sébastien Segur de l'UNSA et Christine Lafont de Sud-Education alertent sur le mal-être des enseignants ©ADN12

Alors que la situation était déjà en train de dégénérer depuis des années, la réforme du bac et des lycées en a rajouté une couche pour les enseignants du secondaire, mais pas seulement. Tous pointent du doigt un mal-être généralisé qui s’est déjà installé dans les établissements scolaires de tous les niveaux.

Les enseignants en alerte sociale

Pourtant, l’espoir d’un dialogue a existé : le 8 octobre dernier une inter-syndicale a écrit une lettre au ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer pour faire part de ce malaise enseignant et dénoncer des conditions de travail déplorables. Lettre qui est restée sans réponse, laissant les enseignants dans un sentiment total d’abandon.

« Nous somme aussi là pour faire suite aux coups de fil des collègues, parfois en larmes, qui parlent de démission, alors qu’on est encore au début de l’année ! »

Julie Bernat-Sandragne, déléguée FSU

Et le décès de Christine Renon, directrice d’une l’école maternelle à Pantin en banlieue parisienne, le 23 septembre dernier a été la goutte qui a fait déborder le vase. Cette dernière, très investie dans la vie de son établissement avait expliqué les raisons de son geste dans une lettre qui parlait de son épuisement, de la solitude des directeurs, de l’accumulation de tâches « chronophages », et des réformes incessantes et contradictoires.

Mais d’après les représentants syndicaux, le malaise couvait depuis des années. En cause : le surmenage, la perte de sens dans leur travail, le silence de la hiérarchie ou pire, son mépris, la multiplication des tâches administratives, l’absence de reconnaissance, les injonctions déconnectées de la réalité de terrain, les formations imposées… Un questionnaire en ligne a été mis en place par le syndicat SNUIPP dans lequel les enseignants peuvent témoigner de leur quotidien au travail, des difficultés qu’ils rencontrent : l’observatoire du SNUIPP. À voir quelles informations cet observatoire fera remonter pour apporter de l’eau au moulin des représentants syndicaux qui ne se sentent plus écoutés.

Une hiérarchie « complice » de cet état de fait

En parallèle de la lettre au ministre de l’éducation, l’intersyndicale 12 (SNUIPP-FSU, CGT Educ’action, SE-UNSA, SUD Education) a rencontré, le 7 octobre dernier, la DASEN (directeurs académiques des services de l’Éducation nationale) de l’Aveyron pour exposer cette situation de mal-être. Et si cette fois il y a bien eu une réponse, ce n’était pas celle attendue : « nous avons été reçu avec un mépris et une agressivité hors du commun. La Directrice d’académie a eu envers nous une attitude autoritaire et infantilisante » confirme Christine Lafont de Sud Education. « À ce mépris-là se rajoute celui du ministre de l’éducation via le silence en réponse à notre lettre, mais aussi via sa réaction devant le Sénat, lors de l’annonce du suicide de notre collègue Christine Renon de « ne pas faire de généralité sur un fait ». C’est du mépris pour toute la profession ! » complète Julie Bernat-Sandragne.

Et de manière générale, de dénoncer le manque de soutien de la part de leur direction. Dans des cas de relations compliquées avec des familles ou des élèves impliquant parfois de la violence envers l’enseignant de la part d’élèves de plus en plus jeunes, les enseignants expliquent avoir besoin de soutien de la part de leur hiérarchie.

« En Aveyron, il ne se passe pas une semaine sans que l’intégrité physique d’un professeur ne soit bafouée par un élève comme par la famille. Et le pire, c’est que les enseignants culpabilisent en se disant que c’est leur faute ! »

Julie Bernat-Sandragne, déléguée FSU

Alors comment faire remonter ce mal-être lorsque la hiérarchie n’entend pas ? Dans le privé comme dans le public, le passage tous les cinq ans à la visite médicale est obligatoire, mais il n’est respecté que dans 3% des cas. « En 35 ans de carrière, je n’ai eu qu’une seule visite, insiste Christine Lafont. Et lorsqu’on demande à en passer une, on a aucun message de confirmation de l’administration ! Sur toute l’académie de Toulouse, il y a trois médecins de prévention. J’insiste : trois ! Ce qui mène à une absence totale de suivi médical. » Et cet état de fait ne va pas s’arranger avec le projet de suppression des CHSCT des enseignants, déjà peu nombreux et mal connus dans la profession.

Mais les représentants syndicaux admettent volontiers que la pression et l’absence de soutien de l’administration et de la hiérarchie se fait sentir à tous les échelons : « 20% de chefs d’établissement étaient en burnout en 2018-2019 pour l’académie de Toulouse, même les inspecteurs d’académie nous ont témoigné leur ras-le-bol » confirme Sébastien Segur de l’UNSA. « Car cette hiérarchie se contente de suivre les directives ministérielles, elles-même absurdes, brutales et déconnectées. On retrouve la théorie du ruissellement… mais pas du ruissellement positif » soupire Christine Lafont.

« Ce sont les gens les plus impliqués qui souffrent le plus. »

Christine Lafont

Un préavis de grève et une pétition en ligne

L’intersyndicale a donc déposé un préavis de grève pour la période du 21 octobre 2019 au 3 juillet 2020 pour les personnels du premier degré en Aveyron, ce qui signifie que jusqu’à la fin de l’année scolaire, les enseignants de maternelle et de primaire pourront à tout moment se déclarer en grève sans préavis nécessaire.

Leurs revendications principales :

  • création d’une médecine préventive
  • suivi des risques de santé et de sécurité au travail
  • maintient des CHSCT
  • bénéfice de l’accident de service ou de la maladie professionnelle (accordé par la Sécurité sociale mais avec validation de l’administration)
  • droit au temps partiel

Une pétition a également été mise en ligne pour réclamer le droit au temps partiel. Christine Lafont l’explique : « Ça pourrait être une amélioration mais les demandes pour convenance personnelle sont constamment refusées. Alors que ça pourrait très bien convenir pour des collègues à bout ou en fin de carrière. Cette pétition existe pour exiger que ce droit soit respecté car il est dans l’intérêt de tout le monde : de l’enseignant, mais aussi des élèves et des familles. » Et de conclure : « Il faut redonner du sens au collectif pour ne pas rester seul dans son mal être, échanger sur ce que nous vivons tous les jours mais nous n’avons pas de temps pour ça. Il faut absolument redonner aux jeunes l’envie de faire ce métier. »