Brommat. Le chauffeur de taxi agressait sexuellement ses clientes les plus vulnérables

C'est un homme de 73 ans qui a été condamné à 3 ans de prison, dont 18 mois fermes, ce mercredi 23 octobre par le tribunal de Rodez. Il n'exercera plus jamais le métier de chauffeur de taxi...

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C’est un dossier délicat qu’avait à juger ce mercredi 23 octobre le tribunal correctionnel de Rodez. Celui-ci met en cause un chauffeur de taxi de Brommat, aujourd’hui âgé de 73 ans et toujours en exercice, accusé de plusieurs agressions sexuelles sur des personnes vulnérables. Des actes commis entre 1999 et 2015 alors qu’il transportait des clientes déficientes mentales, dans le Nord Aveyron et le département du Cantal.

Plusieurs victimes déclarées

Le président du tribunal l’indique en préambule : elles sont six à mettre en cause le chauffeur de taxi, même si seules trois d’entre elles se portent parties civiles au procès.

La première a 40 ans et se trouve sous curatelle renforcée. C’est son témoignage qui avait lancé l’enquête en 2015. Dans un courrier adressé aux gendarmes de Mur-de-Barrez, elle accuse le chauffeur de taxi de lui avoir tenu des propos déplacés lors d’un des nombreux trajets qu’elle effectue grâce à lui pour se rendre à ses divers rendez-vous médicaux-sociaux. L’homme lui aurait par exemple déclaré que « ça ne lui déplairait pas de la pénétrer ». Aux paroles, se seraient joints des actes : des frottements, des caresses, un baiser forcé et un acte de masturbation.

Caresses, baisers forcés et propos grossiers…

C’est l’enquête qui va permettre de mettre à jour d’autres victimes. Et notamment deux jeunes handicapées mentales d’une trentaine d’années, hébergées au Foyer d’Accueil Médicalisé de Paulhenc dans le Cantal, que l’accusé avait transportées en 2014. Le père de l’une d’elles témoigne : « c’était un trajet pour aller à l’aéroport d’Aurillac. Quand elle est arrivée à la maison, ma fille m’a dit « plus jamais taxi, plus jamais taxi ». On n’a pas compris tout de suite ce qu’il s’était passé… ». Elle l’expliquera lors de l’enquête : des caresses sur les cheveux et les cuisses, et des « bisous » forcés.

La deuxième victime du centre médicalisé décrit le même type de comportement lors d’un trajet retour de vacances de Noël : des baisers forcés et des caresses sur la poitrine.

La quatrième victime, qui ne se porte pas partie civile et a refusé de se rendre au procès « pour ne pas revoir son agresseur », avait 13 ans au moment des faits, en 1999. Sa vulnérabilité à elle, c’était son âge :

« Pendant trois mois, il m’a ramenée de l’école, à Taussac. Il faisait durer les trajets pour se retrouver seul avec moi. Il me prenait la main, me disait qu’il m’aimait, me caressait les cuisses, la poitrine et me forçait à l’embrasser. Je n’arrivais pas à en parler à mes parents. Il a bousillé ma vie »

 

Deux autres victimes ont également porté plainte, décrivant des propositions sexuelles déplacées, une fellation forcée et des attouchements répétés mais le Ministère Public explique n’avoir pas pu réunir suffisamment d’éléments pour présenter ces affaires en justice. Il n’empêche que la somme de ces déclarations accable l’accusé…

L’accusé s’obstine à nier

A la barre, l’homme de 73 ans, marié et père, n’en démordra pas pendant les 10 heures du procès : il n’a « rien fait ».

« Elles mentent ! »

Celui que ses propres avocats décrivent comme « tactile, certainement trop familier et parfois grossier » va accumuler les explications farfelues : s’il a touché les seins de ces femmes, c’est par inadvertance, « en voulant leur attacher la ceinture, en leur enlevant le sac à dos ou en trébuchant sur un chat (sic) ». Il ajoute, hésitant, les mots soufflés par l’un de ses avocats : « mes gestes ont été mal compris, je ne suis pas un salaud »

Quand le tribunal et le ministère public l’interrogent sur l’intérêt qu’auraient les victimes à inventer tout ça, l’homme se déclare finalement victime d’un complot :

« Je fais taxi depuis plus de 30 ans donc je gêne la concurrence. Je pense que ces filles ont été manipulées et que les gendarmes ont collaboré à un complot contre moi. »

 

Un « prédateur » ?

Pour les trois avocats des victimes, les explications et l’attitude du chauffeur de taxi démontrent un « mépris total pour ces personnes » : « la vérité des actes est indiscutable, s’est emportée Maître Anne-Sophie Monestier, vous êtes insensible, lâche… un prédateur qui faisait le choix de proies fragiles ! ». Une vision partagée par Maître Maxime Bessière :

« Il savait à qui il s’adressait : des personnes vulnérables, handicapées… Il pensait que ça ne sortirait jamais, que ces victimes fragiles se tairaient ! »

 

Des parties civiles qui ont insisté également sur les conséquences pour ces victimes, dont la déficience mentale « démultiplie les traumatismes » : mal-être difficile à exprimer, comportement perturbé, régression pour l’une d’entre elles…

« L’intelligence du mal »

La fragilité de toutes les victimes déclarées est évidemment un facteur aggravant pour le Procureur de la République, Chérif Chabbi, qui va prononcer des réquisitions lourdes : 5 ans de prison ferme avec mandat de dépôt et suivi judiciaire de 10 ans. « Ces faits sont graves. Je suis inquiet. Cet homme incarne l’intelligence du mal…».

Deux avocats pour se défendre

Des réquisitions « dignes d’une Cour d’Assises, pour Maîtres Galtier et Dibandjo, les avocats de l’accusé, et qui ne correspondent pas aux faits ». Pour eux, l’audience n’est pas équitable et se fait sans tenir compte « de certains éléments troublants du dossier, des contradictions dans les déclarations des victimes » :

« On bourre le dossier avec des victimes non retenues parce que finalement les infractions sont maigres. C’est une version contre une autre. Ce n’est pas parce que les victimes sont fragiles qu’elles ne mentent pas ! C’est la rumeur qui a tué notre client… »

 

S’ils admettent que leur client « peut avoir les mains baladeuses, parler crûment et faire preuve de psychorigidité », il y a selon eux des éléments qui plaident en sa faveur, comme les témoignages favorables de 21 clientes du chauffeur de taxi.

Interdiction d’exercer

Des arguments qui ne font pas mouche auprès des juges du Tribunal Correctionnel de Rodez qui, s’il ne retiennent pas le mandat de dépôt, condamnent tout de même l’homme de 73 ans à 3 ans de prison dont la moitié avec sursis et mise à l’épreuve de 24 mois pendant lesquels il devra se faire soigner. Il devra indemniser ses victimes, entre 2 000 et 7 000 euros chacune et a dorénavant l’interdiction d’exercer son métier de chauffeur de taxi.