Aveyron. « Il n’y a pas assez de femmes dans les syndicats agricoles »

Agricultrice militante depuis des années, Marie-Thérèse Lacombe s'est battue pour la reconnaissance des femmes agricultrices. ©ADN12

Sur près de 10 000 exploitations agricoles en Aveyron, plus d’une sur quatre est gérée par une femme… Si cette proportion est respectée chez les élus de la Chambre d’Agriculture, il n’en va pas de même dans les conseils d’administration locaux des syndicats agricoles : 9 femmes sur 65 à la FNSEA, 8 femmes sur 138 à la FDSEA et 3 femmes sur 26 chez les Jeunes Agriculteurs…

Face à ce constat, les Jeunes Agriculteurs de l’Aveyron ont organisé une journée pour encourager les agricultrices à s’engager dans les organisations professionnelles. Une matinée d’échanges a eu lieu avec une vingtaine d’entre elles à la Maison de l’Agriculture de Rodez, et l’après-midi était destiné aux élèves de l’enseignement agricole, dont la moitié sont aujourd’hui des filles.

Long combat pour la reconnaissance

Si les femmes ont aujourd’hui toute leur place dans l’agriculture, « c’est parce que nos grands-mères se sont battues » rappelle Virginie Albespy, responsable du groupe des filles chez les Jeunes Agriculteurs, qui salue le changement de mentalités de ses collègues masculins.

Marie-Thérèse Lacombe fait justement parties de ces pionnières, qui se sont engagées pour faire évoluer la place des femmes dans l’agriculture. Elle se souvient de ses débuts dans le métier et de son premier combat contre la « décohabitation » :

« A mon époque, la femme n’était pas considérée. Elle attendait le prince charmant puis elle arrivait dans la famille de son mari avec ses bras et son ventre…Point. »

 

Ce premier combat pour l’autonomie du jeune couple en a ouvert d’autres et des avancées ont eu lieu pour ces travailleuses sans statut, même si elles ont été tardives : il a fallu attendre 1999 pour qu’elles soient reconnues « conjoint collaborateur » puis 2006 pour qu’elles bénéficient d’une couverture sociale…

Aujourd’hui encore, une cinquantaine d’agricultrices aveyronnaises n’ont pas de statut !

Marie-Thérèse se souvient aussi que c’est en se regroupant que les femmes ont pu s’imposer dans la profession : « on n’avait pas beaucoup d’argent donc le seul moyen d’en gagner était de grossir la basse-cour. C’est l’élevage hors-sol qui nous a sauvées. On a créé des groupements de lapins, des marchés de pays…».

L’engagement contre l’isolement

Un modèle d’engagement que les syndicats agricoles voudraient voir plus souvent aujourd’hui, comme l’explique Valérie Imbert, Secrétaire Générale de la FDSEA en Aveyron : « il y a de plus en plus de femmes chefs d’exploitation mais elles restent sous-représentées dans les organisations professionnelles. C’est souvent parce qu’elles se posent trop de questions, elles manquent de confiance en elles et n’osent pas y aller. On leur démontre qu’elles en sont capables et que l’engagement permet de s’évader un peu de sa ferme, de sortir de l’isolement ».

Une vingtaine d’agricultrices a échangé durant une matinée entière sur la place des femmes agricultrices dans les instances représentatives.@ADN12

Des femmes impliquées qui admettent que le chemin est parfois plus difficile que pour leurs homologues masculins mais qui ont encore des combats à mener : « on voudrait communiquer plus positivement sur la profession. Oui il y a un mal-être subi par les agriculteurs mais on sait aussi qu’on n’est pas les plus malheureux et qu’on fait le plus beau métier du monde » sourit Valérie Imbert, qui ajoute : « on traverse une crise, mais on sait qu’il y a une crise de vocation dans tous les milieux. La France aura toujours besoin de ses agriculteurs donc il faut laisser passer la crise en se serrant les coudes ».

Agricultrice et mère de famille

Autre enjeu à mener pour l’engagement des femmes dans les syndicats agricoles : l’accompagnement sur la garde des enfants, notamment quand il s’agit de participer aux réunions de travail. Une problématique que connaît bien Sabine Naudan-Delbosc, agricultrice, mère de cinq enfants, et Présidente déléguée de la Mutualité Sociale Agricole de l’Aveyron : « c’est vrai que quand vous êtes dans une assemblée majoritairement masculine et que la moyenne d’âge dépasse les 60 ans, on ne comprend pas toujours pourquoi vous demandez à ce qu’il n’y ait pas de réunions le mercredi…».

Sabine Naudan-Delbosc et ces autres agricultrices engagées savent qu’elles ont la chance d’être soutenues par leur entourage pour parvenir à concilier agriculture, vie de famille et engagement. Elles souhaitent maintenant donner à d’autres l’envie de s’installer et de s’engager :

« Nous avons un métier qui permet une certaine souplesse dans l’organisation de la vie de famille. On dit donc à nos collègues agricultrices : « Ne vous sous-estimez pas, engagez-vous! » »