Le saviez-vous ? Avant d’être ce grand artiste de renommée internationale, Yves Klein était surtout un judoka et rêvait d’en faire son métier. C’est donc pour rappeler ce lien, puissant et pourtant méconnu, entre l’artiste et cet art martial japonais que le Musée Soulages et le club du Judo Rodez Aveyron se sont associés pour proposer un événement exceptionnel ce mardi 15 octobre… Entre démonstrations de judo et transposition aux œuvres du père du monochrome…

Yves Klein, ceinture noire 4ème Dan de judo

Yves Klein a découvert le judo à l’âge de 19 ans. Plus qu’une simple discipline sportive, c’est sa dimension spirituelle, sa rigueur et son exigence qui vont séduire le futur artiste. Après seulement cinq années de pratique, Yves Klein décide d’aller se perfectionner au Japon, le berceau de la discipline. Il y restera un an et demi, dans le dojo même où a été fondée la discipline en 1882 par Jigoro Kano : l’Institut Kodokan de Tokyo. Il est le premier français à y obtenir sa ceinture noire 4ème Dan. « Il s’est vraiment nourri de la culture japonaise. Il faut imaginer ce que c’était à cette époque pour un jeune de 20 ans d’aller passer autant de temps dans un pays comme le Japon » souligne Benoît Blein, judoka licencié au Judo Rodez Aveyron.

A son retour en France, Yves Klein fonde sa propre école de judo à Fontenay-aux-Roses et publie un ouvrage intitulé Les Fondements du Judo. L’exposition temporaire qui est consacrée à l’artiste au sous-sol du Musée Soulages contient une photo où l’on voit Yves Klein se jeter du deuxième étage d’une maison parisienne. Il s’agit en fait d’un photomontage de 1960, époque où l’artiste était encore judoka, comme le relate le Directeur Adjoint du musée ruthénois, Christophe Hazemann : « Cette photo a été prise à Fontenay-aux Roses, en face de l’école de judo créée par Yves Klein, et dans laquelle il enseignait. L’artiste avait demandé à ses amis judokas de le rattraper sur un tatami lorsqu’il s’élançait dans le vide. C’est une mise en scène qui parle de déséquilibre, qui lie le judo à l’art… ».

« Au départ, Yves Klein voue sa vie au judo, mais comme sa carrière de judoka patine, il fait le choix de l’art »

Le Directeur adjoint du Musée Soulages, Christophe Hazemann, devant un photomontage réalisé par Yves Klein avec l’aide de ses amis judokas, en face de l’école de judo qu’il a fondée à son retour du Japon. @ADN12

Le judo dans l’art d’Yves Klein

Si l’artiste se consacre ensuite à l’art et à la peinture, il n’en n’oublie pas pour autant sa discipline de cœur, le judo, qui va influencer sa pratique artistique. « La rigueur, la discipline mentale, l’énergie extraordinaire qu’il mettait dans la répétition des gestes du judo, il les a transposées à sa vie et à son art » explique Christophe Hazemann en faisant le tour des œuvres exposées temporairement au Musée Soulages.

« L’art d’Yves Klein doit énormément au judo. Son travail transpire le judo et le Japon »

Pour Christophe Hazemann, le choix même du monochrome est un rappel de la rigueur et de la discipline de l’art martial japonais, un désir de maîtriser l’espace en éradiquant les dimensions : « il y a une radicalité dans le processus de création qui rappelle celle du judoka dans la maîtrise de son art martial. Quand il se lance dans le monochrome, il est presque dans une compétition sportive, dans un combat… car il va se faire étriller par tout le monde sans pour autant s’avouer vaincu ».

Le bleu du kimono officiel rappelle étrangement le bleu Klein… Benoît Blein et Louis Moulin, membres du Judo Rodez Aveyron, des judokas ouverts au rapprochement du sport et de la culture.@ADN12

Comme un clin d’œil, on retrouve presque le bleu Klein dans celui des kimonos que portent aujourd’hui les compétiteurs dans les compétitions nationales et internationales.

La visite événementielle proposée ce mardi au Musée Soulages fera également découvrir au public ce que les œuvres Anthropométrie, Peintures de Feu ou encore Cosmogonies doivent à l’art martial japonais : « il y a là encore une idée de maîtrise des éléments, de formes de corps… Tout est extrêmement travaillé, contrairement à ce qu’on pourrait penser au premier regard…» analyse encore Christophe Hazemann, rejoint par Benoît Blein : « on sent aussi une volonté d’expérimenter. Comme dans un mouvement de judo, on sait comment il commence mais jamais comment il se termine… ».

Programme

Le public est attendu ce mardi 15 octobre à partir de 18h dans le hall du Musée Soulages pour assister à des démonstrations de judo avec les jeunes du club du Judo Rodez Aveyron, qui seront suivies d’un discours à 18h20 et d’une démonstration du Nage No Kata, le kata (enchaînement de techniques de projection) créé par père du judo Jigorô Kanô. Des enchaînements qui seront réalisés par deux judokas de Première Division du JRA : Louis Moulin et Clément Caors.

Après les démonstrations, une visite commentée de l’exposition temporaire d’Yves Klein sera proposée au public, pour lui faire découvrir le lien qui reliait l’oeuvre de l’artiste à sa passion pour le judo.

Entrée gratuite.