Selon les derniers chiffres de l’Agence Régionale de Santé et de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie, le département de l’Aveyron compterait 238 médecins généralistes, soit un ratio de 84,6 praticiens pour 100 000 habitants. Un rapport qui reste inférieur à la moyenne nationale…

Départs et arrivées se compensent

Qui n’a pas déjà éprouvé des difficultés pour se faire soigner ? Qui a vu son médecin traitant partir à la retraite et s’est retrouvé sans solution de remplacement ? Beaucoup d’aveyronnais, si l’on en croit Chantal Hurtes, de la CPAM de Rodez : « on estime à 20 % les habitants du département qui n’ont pas aujourd’hui de médecin traitant. » Une tendance qui touche selon elle aussi bien les agglomérations urbaines que les milieux ruraux, et qui pénalise les assurés au moment du remboursement, « même si nous avons mis en place un maintien du remboursement pour ceux dont le médecin est parti à la retraite ».

Pourtant, il y a une bonne nouvelle cette année :

« Les départs de médecins généralistes sont enfin compensés par les installations. Nous avons même une arrivée de plus ! »

 

Le résultat, selon Benjamin Arnal de l’ARS, des actions réalisées ces dernières années par les différents partenaires publics pour attirer les praticiens : « ce n’est pas un hasard. On travaille depuis des années pour leur être attractif. Dès la faculté de médecine, on leur propose des stages chez l’un de nos 61 maîtres de stage, il y a les weekends Adrénaline pour les internes, les stages chez les pompiers du SDIS, les aides au logement, l’accompagnement personnalisé à l’installation… ».

Collectivités et organismes publics ont depuis longtemps cerné les problématiques liées à la démographie médicale en Aveyron. Le département a même été précurseur dans la mise en place des Maisons de Santé Pluridisciplinaires, en signant les deux premiers projets dès 2011 : à Decazeville et dans le Nord-Aveyron. On en compte aujourd’hui une trentaine, et huit autres à l’état de projet : « c’est un mode d’exercice très développé dans notre département. D’ailleurs 13 % des maisons de santé d’Occitanie sont dans l’Aveyron » insiste Benjamin Arnal.

A noter que la région Occitanie compte aujourd’hui un peu plus de 200 Maisons de Santé Pluridisciplinaires, contre moins de dix en 2010…

L’Aveyron, avec ses 29 Maisons de Santé, a été le département précurseur dans la mise en place de ce type de projets au niveau régional, dès l’année 2011.@ADN12

Malgré le développement exponentiel des maisons de santé en Aveyron, les médecins isolés restent majoritaires. Il y a pourtant une tendance des professionnels de la santé à vouloir se rapprocher et travailler en coordination. C’est dans cet esprit que l’Agence Régionale de Santé lance de nouveaux dispositifs pour favoriser l’installation de nouveaux médecins en Occitanie, et particulièrement en zones de montagne…

Création « d’Assistants Médicaux »

Pour Pierre Ricordeau, Directeur Général de l’ARS Occitanie, il s’agit de « mieux répartir et coordonner les professionnels de santé pour répondre aux besoins de la population ». Pour cela, trois leviers : la poursuite de l’accompagnement des projets d’implantation de Maisons de Santé, le renforcement des aides à l’installation de médecins et la création de postes d’assistants médicaux.

« Les généralistes consacrent 6 heures par semaine aux tâches administratives »

Objectif : « redonner du temps médical aux généralistes en allégeant leurs tâches administratives ». Ces assistants médicaux seraient donc embauchés par le médecin et se verraient attribuer différentes tâches, comme la gestion des dossiers administratifs, la préparation du matériel médical ou encore la prise de constantes. « Tout dépendra du profil que choisira le médecin pour l’accompagner : ça peut être un secrétaire médical, un infirmier…» précise Pierre Ricordeau. Et les postes peuvent être à temps partiel.

En contrepartie, le médecin bénéficiera d’une prise en charge de l’Assurance Maladie, pouvant aller jusqu’à 36 000 euros la première année. « Mais attention, prévient Pierre Ricordeau, le médecin s’engage dans le même temps à augmenter sa patientèle ! » :

« Avec ces assistants médicaux, les médecins qui ont par exemple 640 patients devront en prendre 100 de plus »

 

Les deux premiers contrats d’Occitanie viennent d’être signés dans le département de l’Hérault, 15 autres sont en cours de discussion, dont deux en Aveyron.

Aides à l’installation pour les zones de Montagne

45 % de la Région Occitanie est classée en zone de Montagne, et en Aveyron, c’est 86 % de la population qui y vit. Des territoires aux spécificités géographiques qui ne facilitent ni l’installation des médecins, ni l’accès aux soins pour la population. C’est pourquoi l’Agence Régionale de Santé a voulu renforcer les aides existantes à l’installation. « On offre déjà 50 000 euros d’aide pour les médecins qui s’installent sur des zones prioritaires » rappelle Pierre Ricordeau.

L’Aveyron en compte neuf : Bozouls, Entraygues, Laissac, Marcillac, Mur-de-Barrez, une partie d’Onet, Pont-de-Salars, Requista et Séverac-le-Château.

Une aide déjà attractive, qui est désormais complétée par une autre aide pour les territoires non classés en zone prioritaire, mais connaissant les difficultés des territoires de montagne : elle sera de l’ordre de 40 000 euros pour le médecin qui choisira de s’y installer.

Enfin, l’ARS a décidé de majorer les aides pour les étudiants qui choisissent de faire leurs stages dans ces zones, ainsi que pour leurs maîtres de stage ( 200 euros supplémentaires sur les forfaits existants).

Emmanuelle Pourcel (ARS), Benjamin Arnal (ARS) et Chantal Hurtes (CPAM) suivent de près la démographie médicale en Aveyron. @ADN12

« On est bien conscient que ce n’est pas qu’une question d’argent. Les médecins d’aujourd’hui veulent comme tout le monde concilier leur travail avec leur vie personnelle. C’est pourquoi nous développons les maisons de santé, qui correspondent mieux à cette nouvelle tendance. Les incitations financières permettent au département aveyronnais d’être attractif et de faire goûter aux généralistes notre qualité de vie, et espérons-le, de les faire rester…» concluent en chœur Chantal Hurtes et Benjamin Arnal.