Rodez. La réforme des retraites, du « perdant-perdant » pour l’avocate Annabel Montels-Estève

Au fil du débat à Rodez entre le président de la République et les 500 lecteurs sélectionnés par le groupe La Dépêche du Midi, il est un long épisode (20 minutes sur les plus de 3 heures au total) qui a marqué les esprits. L’échange entre maître Annabel Montels-Estève, bâtonnier du barreau de l’Aveyron, et Emmanuel Macron. Retour sur ce passage et réaction de l’avocate juste après le débat.

Jeudi 3 septembre, dans la salle des fêtes de Rodez, lors des plus de trois heures de débat sur les retraites, le président de la République a rappelé que c’était la fin des 42 régimes spéciaux. Il a précisé qu’ils seraient supprimés dans le cadre du nouveau système à points. Ce qui ne manque pas de faire naître des inquiétudes. Notamment, chez les avocats.

Ainsi, Annabel Montels-Estève, bâtonnier du barreau de l’Aveyron, n’a pas manqué d’interpeller le chef de l’Etat, après une heure de débat : « Vous connaissez l’inquiétude des 70.000 avocats de France. Les professions libérales de ce pays se sentent malmenées par ce projet. Nous avons l’impression que vous voulez confisquer nos caisses autonomes, qui ne coûtent pas un euro à l’Etat. Et qui sont aussi solidaires parce que la caisse des barreaux français verse presque 100 millions d’euros par an au régime général, auquel nous n’avons pas droit. »

Et d’ajouter son inquiétude quant à l’exercice de sa profession en particulier dans les milieux ruraux : « Nous assurons ce maillage territorial là où l’Etat ne l’assume plus. Nous assumons cet accès à la justice dont ont besoin des populations fragilisées. Si le système passe tel qu’il est prévu, des confrères arrêteront leur profession. Les plus touchés seront les jeunes, les femmes et ceux qui interviennent au titre de l’aide juridictionnelle. »

Et d’interroger : « Ce régime va faire disparaître des centaines d’avocats en France, est-ce que c’est votre volonté ? »

« Les avocats d’aujourd’hui deviendront les agriculteurs de demain »

« Le but n’est pas de supprimer une profession ou de déstabiliser avec cette réforme » a répondu Emmanuel Macron. « Je tiens à l’accès au droit. On a besoin de nos avocats. »

Et d’ajouter sur la démographie de la profession : « Aujourd’hui, j’ai 25 % des avocats qui quittent la profession avant 10 ans d’exercice. Pourquoi ? Parce qu’on n’a pas regardé la démographie de la profession. On en a de plus en plus qui dépendent de l’aide juridictionnelle et sont très mal payés. »

A propos de la caisse des avocats : « On ne prendra à aucune caisse particulière les ressources qu’elle a emmagasiné. C’est impossible. Ce sera utilisé pour les professionnels jusqu’à extinction des droits pour ces professionnels. C’est un droit acquis constitutionnellement. »

« On ne va pas confisquer vos réserves pour équilibrer le système. »

Et de légèrement brocarder : « Oui votre régime est encore équilibré mais attention les avocats d’aujourd’hui vont devenir les agriculteurs de demain, les mineurs d’après-demain. Nous sommes un pays extraordinaire où on ne veut pas se mettre avec les autres tant qu’on est bénéficiaire. Le jour où on commence à paumer, on se retourne vers la collectivité et on dit : Viens là par l’impôt. C’est quand même ce qu’on a fait tout le temps (applaudissements dans la salle). Il y a 15 ans, dans votre profession, il y avait 9 cotisants pour un retraité. Aujourd’hui, 5 cotisants pour un retraité. Dans quelques années, il y aura un cotisant par retraité et puis moins… »

Autant de réponses qui ont très peu convaincu l’avocate Annabel Montels-Estève.

Pour elle « ce n’est pas un débat » :

Et « la profession (d’avocat) est solidaire » :

Enfin, elle martèle qu’avec cette remise à plat des régimes spéciaux, ce sera du « perdant-perdant » pour les avocats :