Sud-Aveyron. Pour Jacques Godfrain : « Jacques Chirac incarnait l’Etat »

Jacques Chirac était venu inaugurer le Viaduc de Millau, le 14 décembre 2004.

Quels liens vous unissent à Jacques Chirac ? 

Ils sont très anciens. Avant même qu’il soit député, en 1966, Jacques Chirac et moi nous étions rencontrés à la sous-préfecture de Brive, où se tenait une élection partielle. On ne s’est ensuite jamais quittés. Je n’ai pas été ministre, j’ai été son ministre. Il connaissait les dossiers mieux que moi, je mettais mes pieds dans les siens. 

En politique, que représente-t-il à vos yeux ? 

Une certaine autorité de la France dans le monde. Il incarnait l’Etat. Toujours très à l’écoute, c’était quelqu’un humain, de d’abord humain, mais qui savait prendre des décisions. Quoi qu’on en dise, quoi que j’entende, il a été à l’origine de réformes très profondes. La suppression du service militaire, c’est lui. Il a aussi défendu la place de l’agriculture en Europe. 

Si vous deviez ne retenir qu’une action politique… 

Moi qui suis du milieu rural, je dirais d’avoir imposé l’agriculture comme une très grande activité économique. De Gaulle avait obtenu qu’il y ait une Europe agricole, en 1958. Et Chirac, plus tard a travaillé avec les Allemands pour imposer un budget agricole et des actions fortes. Comme je suis d’ici, c’est cette version du film que je privilégie. 

Jacques Godfrain a été ministre délégué à la Coopération de 1995 à 1997.

Jacques Chirac est venu à plusieurs reprises en Aveyron. Avait-il un lien particulier avec ce territoire ? 

Il avait un lien, oui. Il est d’ailleurs passé à Saint-Affrique en 1978, il s’était arrêté chez moi avant ma première élection législative. C’est un territoire qui ressemble à la Corrèze, c’est le même état d’esprit. Ça me rappelle une histoire. On est en 1988, il vient d’être battu à la présidentielle par Mitterrand. Pour lui changer les idées je l’amène à la foire aux bestiaux de Laissac, on se promène parmi les bêtes à cornes. Et là, à quelques mètres d’un taureau Aubrac, il me dit « regarde, il a été primé il y a trois ans au concours agricole de Paris ». Alors je suis très étonné, et là, le propriétaire nous dit « je vous présente ‘‘Capitaine’’, qui effectivement été primé il y a trois ans ». 

Quel regard posez-vous sur la tristesse nationale provoquée par son décès ? 

En politique, on ne réussit que si on aime les gens. Les Français ne sont pas bêtes. Ils savent discerner. Bien sûr, il y aurait des pages de critiques à faire, il y a eu des loupés, mais le public sait qui l’aime ou non. Il y a un côté affectif qui est indiscutable. Il a été l’un des derniers à avoir cette l’empathie-là pour les gens. Il a fait nombres d’actions invisibles pour beaucoup de personnes, discrètement. Quand j’ai perdu mon père, le premier coup de fil que j’ai reçu à 7 h du matin, c’est Chirac, maire de Paris. Je l’ignorais, mais il avait fait demander à suivre son état de santé. C’est inoubliable, ça vous attache pour la vie à une personne.