Macron à Rodez. Le débat sur les retraites, est-ce de « la pipe » ou non ? (Vidéo)

Dans la salle des fêtes de Rodez, hier soir, le président de la République a répondu à une trentaine de questions portant, presque toutes, sur les retraites. Plus de trois heures de débat entre échanges d’informations, clarifications, pédagogie, nécessité d’agir et envie de convaincre. Emmanuel Macron a-t-il réussi ?

Reporté une première fois pour cause de décès de Jacques Chirac. Retardé une seconde fois d’une heure pour cause d’événement tragique à la préfecture de police de Paris. Le grand débat sur les retraites aura finalement eu lieu à Rodez, jeudi 3 octobre.

Dans « l’arène » installée dans la salle des fêtes de Rodez, placée sous bonne garde, le président de la République est entouré de 500 lecteurs sélectionnés par le groupe de presse La Dépêche du Midi, plus le maire de Rodez – décoré quelques minutes plus tôt de la médaille de la Légion d’honneur –, les parlementaires aveyronnais (dont deux s’éclipsant très vite) et quelques sympathisants d’En Marche.

19 h 33. Le chef de l’Etat fait son entrée sous les applaudissements, accueilli par Olivier Biscaye, rédacteur en chef de Midi Libre, dans le rôle du Monsieur Loyal du premier débat sur les retraites lancé en France (« il y en aura d’autres », a promis Emmanuel Macron). 

19 h 40. A la faveur de quelques propos liminaires, le Président, tribun toujours très à l’aise en public et très combatif, rappelle qu’il souhaitait un nouveau débat (après les grands débats menés suite au mouvement des Gilets jaunes) pour « co-construire collectivement cette refondation (et non cette réforme) du système des retraites ».

« On peut être fier de notre système de retraite français. C’est un bon modèle, mais il a créé des injustices et n’est aujourd’hui plus adapté à notre monde tel qu’il est. »

 

Aucune retraite inférieure à 1.000 €

Le chef de l’Etat détaille alors par le menu ce qui est pour lui « vraiment un projet de société, ce qui implique de repenser le travail ».

Insistant d’emblée sur la solidarité entre les générations, « un intangible » qu’il souhaite conserver dans le modèle à venir, il indique que le système mis en place au sortir de la 2e Guerre mondiale a été « un peu perverti » avec « 42 régimes de retraite différents ».

Emmanuel Macron souhaite que le nouveau système « reste universel, de solidarité et de répartition » : « ce sont les actifs qui paient pour les retraités. Avec des points qu’on achète, ce qui sera beaucoup plus transparent. ».

La « clé » reste évidemment de savoir comment on fixe la valeur de ce point. 

Réponse d’Emmanuel Macron : « On mettra des règles d’or pour fixer ce point ». Pour arriver à un « minimum contributif à 1.000 € pour tous ceux qui ont contribué ». Le tout associé à une « règle de solidarité pour les accidents de la vie (chômage, maladie…) » : « Les carrières hachées seront mieux prises en compte ». Et le nouveau système prendra en compte les « conditions de travail » et non la « pénibilité », terme que le chef de l’Etat « n’aime pas ».

500 lecteurs sélectionnés par le groupe de presse La Dépêche du Midi ont assisté au débat à la salle des fêtes de Rodez. ©ADN12

Âge légal de 62 ans maintenu

Et pour arriver à cette « refondation », il y aura une transition « au bon rythme pour retrouver la promesse originelle de 1945 ». « Ce système ne sera pas mis en place du jour au lendemain », veut rassurer le Président, ce qui lui assure peut-être de limiter les contestations le temps de la fin de son quinquennat. « Quand on est retraité, on n’est pas concerné. Quand on est à 5 ans de la retraite, on n’est pas concerné. Ça commence en 2025. Et ça se fera peut-être sur 15 ans. » Le système sera complètement déployé en 2040.

A 20 h, les questions sont posées, par paquet de cinq avant que le président, jetant parfois un coup d’œil à Jean-Paul Delevoye, Haut-commissaire aux retraites, n’y réponde, ou lui demande en direct un chiffre-clé.

Une trentaine d’interrogations seront lancées par une infirmière, un Jeune Agriculteur, une employée de La Poste, des retraités, un gérant d’entreprise de BTP, une enseignante, la présidente de la Chambre des Métiers, des élus ruthénois, une psychologue, un médecin des sapeurs-pompiers, des jeunes Ruthénois…

A propos du recul de l’âge de la retraite, le président répond : « Il est fixé à 62 ans, âge légal qui ne bougera pas dans la réforme. Mais si vous entrez plus tard dans la vie active, c’est normal que vous partiez plus tard. Ça veut dire que vous avez le droit de partir à 62 ans, mais vous n’aurez pas toute votre retraite. »

« On ne va pas figer pour toujours le système »

Sur les mécanismes du nouveau système. Qui fait quoi, quand et pourquoi les prochains gouvernements ne pourraient-ils pas revenir sur ce qui sera fait ? « Il y aura une gouvernance, on ne va pas figer pour toujours le système », explique Emmanuel Macron. « Premier point, la loi-cadre que les parlementaires auront à voter définira une règle d’or (mécanisme d’indexation du point de retraite, âge légal… pour piloter le système). Deuxième point, une autorité indépendante (chargée d’une évaluation) dira chaque année si le système est à l’équilibre ou pas. Troisième point, chaque année, un collège avec représentants des salariés et des parlementaires prendra des décisions en toute transparence (sur les cotisations à ajuster). »

Et d’ajouter : « Ce ne sera pas un système figé, automatique et à la main du gouvernement, car il est financé par les cotisations (des salariés et des employeurs). »

« Je ne me suis engagé à rien sur les policiers »

« Est-ce exact que vous vous êtes engagé à sauvegarder le régime des policiers ? », indique le maître de séance, en relayant une question de la presse quotidienne régionale. Réponse du tac au tac du Président : « Je ne me suis engagé à rien. On ne va pas commencer à dire : je garde un régime spécial pour les uns, etc. ».

Et d’ajouter : « Il faudra regarder les carrières de près. La mise en place d’un régime universel pour tous implique l’obligation de revisiter les carrières pour mieux les valoriser et prendre en compte leurs spécificités et leurs risques. Ils ne peuvent pas partir comme tout le monde ».

En clair, le président remet à plat les 42 régimes de retraite, mais ne ferme pas la porte à la discussion sur les « spécificités » de chacun.

Plus tard dans la même veine, il invitera pour le secteur de l’éducation à une meilleure gestion de carrière : « Peut-être que tous les enseignants ne peuvent pas terminer leur carrière devant des élèves ».

Enfin, à la question de savoir si les parlementaires, le président et les élus sont concernés par ce système, la réponse ne se fait pas attendre : « Oui. Je suis le premier président à avoir démissionné de toutes mes sécurités dans la fonction publique. Personne ne sera à part ».

« Le débat continue »

22 h 54. Le président entame une longue conclusion de trois minutes : « Il faut se représenter qu’on bâtit le monde de demain. Le débat continue. Une plateforme citoyenne est en place. Des ambassadeurs de la réforme sont engagés. Il y aura un temps de décantation de tout cela début 2020 autour du haut-commissaire. Et il y aura d’autres débats. J’en ferai d’autres comme le Premier ministre et les ministres. » Et de glisser au passage : « Il n’y aura pas de réforme si le système n’est pas équilibré en 2025. Peut-être qu’il faudra travailler plus. »

Reste à savoir comment a été perçu le débat. Dans beaucoup de témoignages recueillis dans le hall de la salle des fêtes, tout le monde s’accorde sur le fait que le statu quo n’est pas souhaitable, ajoutant qu’il y aura des « gagnants et des perdants » et que le président est un « bon communiquant ».

Pierre Pantanella, maire de Saint-Rome-de-Cernon :

Clara Poux, secrétaire administrative de Force ouvrière 12 :