Martrin. Violence sur mineurs par des éducateurs d’un centre d’accueil

Cinq heures de procès ce mercredi 18 septembre, pour juger deux anciens éducateurs spécialisés pour violence sur mineurs : une mère de 77 ans et son fils de 34 ans, responsables d’un lieu de vie spécialisé dans l'accueil des jeunes à problèmes dans le sud-Aveyron.

@ADN12

En avril 2018, c’est la plainte d’une des victimes qui a déclenché l’avalanche. Celle-ci, revenant du centre d’accueil, s’était plainte à sa famille d’accueil des mauvais traitements qu’elle y aurait subi. Par la suite, cinq autres victimes ont porté plainte contre les éducateurs du centre d’accueil, une mère aujourd’hui retraitée et son fils de 34 ans, pour des faits de violence qui se seraient déroulés entre 2010 et 2017. Ce lieu de vie ouvert depuis 1986 était spécialisé dans l’accueil et la gestion d’enfants à problèmes. La prévenue, sa créatrice aujourd’hui âgée de 77 ans a accueilli jusqu’en 2018 des centaines de jeunes difficiles, portant des problèmes psychologiques, de comportement ou simplement autistes, avec un passif familial parfois lourd et violent.

Des actes brutaux perpétrés pendant des années

Pendant plusieurs années, cette mère et son fils, secondés d’un employé à temps partiel, ont accueilli des enfants rejetés par le système scolaire habituel et parfois par leurs familles, pour des périodes de quelques jours à plusieurs années. Les six victimes leur reprochent tous le même type de traitements violents comme des marches nocturnes forcées de plusieurs heures pieds nus, de la découpe de bois en pleine nuit, des douches glacées et des immersions dans un récupérateur d’eau de pluie. « On prenait bien soin de regarder le dossier de l’enfant avant de l’accepter, on ne prenait pas n’importe qui, et on n’en accueillait pas plus de trois en même temps pour pouvoir prendre du temps pour chacun » témoigne la prévenue.

« Parfois l’enfant crisait et pour le calmer, on n’avait pas d’autre choix que de faire appel à des méthodes extrêmes. Lorsque l’enfant est en crise, qu’on a tout essayé, que le dialogue est rompu et que je n’ai pas de médecins à proximité pour lui donner des médicaments, en tant qu’éducateur je n’ai pas d’autres moyens pour calmer une situation qui peut dégénérer et devenir encore plus dramatique. »

Les six victimes ont en effet régulièrement fait preuve de violence qu’ils retournaient contre eux-mêmes ou contre les autres, une plainte avait même été déposée par la prévenue contre une des victimes, âgée de 16 ans au moment des faits, qui l’avait agressée physiquement.

Pas de mea culpa

Le prévenu, éducateur sans formation mais qui a choisi ce métier « pour l’humain et parce que travailler avec des enfants c’est valorisant », a adopté hier devant ses juges une attitude d’humilité et s’est avoué clairement dépassé. « Quelles solutions auraient pu être trouvées pour calmer des crises aussi violentes ? Dites-le moi, parce que je connais beaucoup de collègues que ça pourrait aider qui sont tous dans la même situation que nous. Oui, je reconnais que j’ai pu avoir quelques actes violents mais je ne l’ai jamais fait dans l’intention de leur faire du mal. » Sa mère en revanche, a adopté à la barre une attitude plus arrogante et sans remords : « Je savais que frapper un enfant était interdit, mais le mettre dans l’eau, même si c’était brutal, c’était justifié. »

Le procès d’un système défaillant

Pour les prévenus, leur hiérarchie était au courant de ce type de pratiques et ne s’est pas manifestée, et ce malgré plusieurs appels à l’aide de leur part. En effet, ce type d’établissement est rare en France et pour 5 € de l’heure, sans formation ni soutien des instances administratives, l’éducatrice et son fils avouent avoir dû se débrouiller avec les moyens du bord.

2 et 3 ans de prison requis

Si la majorité des faits sont prescrits (ils se sont déroulés plus de six ans avant la date du dépôt de plainte) et que la plupart des victimes sont aujourd’hui majeures, reste à déterminer si les faits perpétrés sur deux petits garçons, encore mineurs, méritent comme l’a réclamé le ministère public, une interdiction d’exercer tout métier en rapport avec des mineurs ainsi que trois et deux ans d’emprisonnement dont un avec sursis, respectivement pour la prévenue et pour son fils. Ou si les deux éducateurs ne sont finalement que des victimes d’un système défaillant. Réponse le 20 novembre 2019, date de la mise en délibéré de la décision de justice.