C’est un projet du gouvernement qui fait l’unanimité contre lui dans les rangs des syndicats. Ce lundi 16 septembre, la rentrée sociale semble bien amorcée pour la CGT, FO et Solidaires, rassemblés sous la même bannière pour défendre les effectifs de fonctionnaires au sein des Finances Publiques. Le mouvement concerne 43 % de grévistes sur le département et neuf sites sont restés totalement fermés : les centres fiscaux de Rodez, Millau, Decazeville, Villefranche et Saint-Affrique, les trésoreries de Ségala, Rieupeyroux et Séverac-le-Château ainsi que le Centre Départemental de Rodez.

94 emplois concernés en Aveyron

Si le projet du Ministre de l’Action et des Comptes Publics Gérald Darmanin est actuellement en phase de concertation, les directions prises par la Loi de Transformation de la Fonction Publique prévoient des suppressions de services partout en France, justifiées notamment par le passage à la télédéclaration des impôts et aux coupes budgétaires de Bercy.

Dans l’Aveyron, les prévisions font craindre la disparition de 19 sites sur les 25 existants, ce qui concernerait 94 agents (sur les 390 que compte le département). De quoi faire bondir les trois secrétaires de section : Richard Pons (CGT), Damien Ichard (FO) et Jean-Claude Vernières (Solidaires). « C’est quand même un quart de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP) qui va subir la mobilité ! Le ministre nous promet un accompagnement, à coups de primes et de télétravail mais ça a ses limites… La vérité, c’est qu’on va encore essuyer une vingtaine de suppressions d’emplois, qui viennent s’ajouter aux 160 déjà enregistrées en Aveyron depuis 2002 ! ». 

Au niveau national, ce sont plusieurs milliers de postes qui doivent être supprimés d’ici à 2022.

Dans une commune comme Montbazens, ce sont sept familles qui peuvent potentiellement partir. imaginez les conséquences sur l’école, les services de proximité… ça participe à la désertification des campagnes !

Selon les syndicats, ce sont 12 trésoreries et 7 services qui vont disparaître en Aveyron d’ici 2022. @ADN12

Les grévistes ont l’impression d’être un peu « la variable d’ajustement de tous les gouvernements depuis Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron » : « On est de moins en moins mais la charge de travail est la même ! Là, Bercy rend quand même deux tiers des emplois de fonctionnaires d’Etat, c’est énorme ! » s’indignent-ils.

Autres preuves du dysfonctionnement de l’Institution selon eux : les fermetures au public hebdomadaires imposées pour avancer sur les dossiers : une à deux demi-journées pour les villes de plus de 10 000 habitants, 5 demi-journées pour les autres…

Un service « low-cost »

Les sites et services supprimés seront réorganisés et redistribués sur le territoire. Ainsi une Maison de Services au Public sera mise en place dans chaque canton du département pour accompagner les usagers sur les questions liées aux impôts donc, mais aussi sur les questions de sécurité sociale, Caf, Pôle Emploi… Les syndicats doutent des compétences de ces agents multi-casquettes : « la personne qui sera chargée de l’accueil ne recevra qu’une seule journée de formation et sera seulement apte à guider les usagers sur le service informatique. La fiscalité française est quand même l’une des plus complexes au monde… ».

On voit ce qui se fait sur la dizaine de maisons de services publics qui existe en Aveyron : à Argences ou Sauclières, les résultats ne sont pas satisfaisants. C’est du service low-cost, rien de plus qu’une boîte à lettres.

Non au « tout internet »

Si les grévistes concèdent qu’internet doit effectivement faire partie des solutions à proposer aux contribuables, elle ne doit pas selon eux, être l’unique réponse. Faisant référence à une population rurale et vieillissante mais aussi à ceux qui n’ont pas les moyens, financiers ou intellectuels, de se mettre à l’informatique :

En Aveyron, 40% des contribuables n’ont pas fait leurs déclarations d’impôts sur internet ! On a reçu autant de monde que d’habitude aux guichets parce que les gens ont toujours des doutes par rapport à leurs démarches. Ils ont confiance en nous !

Quand on sait que le taux d’erreurs sur les déclarations d’impôts en Aveyron avoisine les 20 %, difficile d’imaginer que le contribuable se retrouve esseulé dans son parcours… « On veut chasser les contribuables de l’accueil. D’ici décembre, l’accueil sur rdv sera généralisé dans tous les services, les plages d’accueil sont réduites à peau de chagrin et on a du mal à répondre à toutes les demandes… où est le service public ? » pestent les grévistes. « Les usagers se sentent perdus. Parfois cinq minutes suffisent pour qu’ils repartent avec des réponses à leurs questions et des informations supplémentaires utiles pour leurs démarches »…

Payer ses impôts chez le buraliste

Autre interrogation des syndicats : la fin du paiement des impôts en numéraire aux guichets du Trésor Public d’ici 2020 : « la fonction de caissier n’existera plus et sera externalisée auprès des buralistes. En France Métropolitaine, ça représente 6 millions de transactions. Et à chaque transaction, l’Etat reverse 1.50€ au buraliste ! ». 

Les syndicats craignent que ces externalisations de compétences suivent la même trajectoire que les procédures de cartes grises, obligeant l’usager à mettre la main à la poche : « on craint un système où des agences privées remplaceront les fonctionnaires dans leur mission de conseil en facturant la prestation. Résultat : des personnes non imposables paieront quand même pour ce service, dont elles n’ont pas vraiment besoin. On est dans un paradoxe effrayant ».

Grève reconduite

Après des rencontres avec le Conseil Départemental et les députés aveyronnais, les syndicats prévoient de sensibiliser les présidents de Communautés de Communes :  » d’une part parce que les maisons de services Publics seront à leurs charges et aussi parce que ce projet de réorganisation vide un peu plus les territoires ruraux »…

Les grévistes aveyronnais ont décidé de reconduire le mouvement ce mardi 17 septembre, avec un nouveau rassemblement prévu devant le Centre Départemental des Finances Publiques de Rodez. « On sait que nos mobilisations ne sont pas vaines et participent à réduire les prévisions de suppressions de postes. L’objectif est maintenant de faire converger les luttes : hôpitaux, retraites…on y travaille ».