Pesticides : les écologistes aveyronnais montent au créneau

Alors que le gouvernement vient de lancer une consultation citoyenne relatif aux zones d'épandage de pesticides, des maires se positionnent pour l'interdiction totale d'utilisation de ces produits. En Aveyron, c'est le parti Europe-Ecologie-Les-Verts qui s'empare du sujet en appelant les habitants et élus du département à constituer "un contre-pouvoir"...

L'élue ruthénoise Marie-Claude Carlin entourée des nouveaux adhérents EELV : Frédéric Haméon, Sébastien Cristol et William Fraysse.@ADN12

La polémique enfle depuis quelques jours au niveau national. Le gouvernement souhaite faire respecter aux agriculteurs des distances de sécurité entre les habitations et les zones d’épandage de pesticides. En expliquant se baser sur les données scientifiques de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (Anses), il préconise des distances de 5 à 10 mètres selon le type de culture.

Pour le « zéro pesticides »

« Abracadabrantesque » réagit Marie-Claude Carlin, élue écologiste à la mairie de Rodez qui explique se battre depuis des années contre l’utilisation des pesticides. Autre membre local d’Europe-Ecologie-Les-Verts, William Fraysse y voit lui aussi « une fausse bonne nouvelle » :

D’un côté l’Etat reconnait la dangerosité de ces produits. Il en a d’ailleurs déjà interdit l’utilisation aux particuliers et aux collectivités publiques… d’un autre, il laisse les agriculteurs les utiliser ! C’est une ABERRATION !

Pour ces représentants aveyronnais d’EELV, la solution doit être beaucoup plus radicale : « on prône le zéro pesticides, explique Frédéric Haméon, nouvel arrivé parmi les Verts, en 1950, 100% de l’agriculture française était en bio… comment se fait-il que des années plus tard, on ne puisse plus fonctionner sans pesticides ? ». 

« Le modèle économique de l’agriculture ne fonctionne plus »

Au cœur du questionnement : l’agriculture, qui reste l’utilisatrice numéro un de produits phytopharmaceutiques en France et qui ne voit pas d’un très bon œil que ce projet de décret lui retire des surfaces agricoles. William Fraysse en convient : « depuis des années, les agriculteurs sont pris en otage. On les a subventionnés pour qu’ils produisent plus en leur apprenant à utiliser des pesticides. Aujourd’hui, ils sont tiraillés entre la nécessité de rentabilité des exploitations, le lobbying des grandes multinationales et leurs enfants qui sont les premières victimes des perturbateurs endocriniens que l’on retrouve dans ces produits ».

Pour l’écologiste ruthénois, une seule solution pour que tout le monde y trouve son compte :

Il faut mettre fin à ce modèle économique qui ne fonctionne plus et donner les moyens aux agriculteurs de se convertir à l’agriculture biologique

Construire un contre-pouvoir

Une position partagée par un certain nombre de municipalités en France, qui ont symboliquement pris des arrêtés contre l’utilisation des pesticides. En Bretagne d’abord, le maire de la petite commune de Langouët a lancé le mouvement en interdisant l’utilisation de pesticides à moins de 150 mètres des habitations. Il a été rejoint par d’autres et plus récemment par cinq grandes villes de France, qui ont pris des arrêtés l’interdisant totalement sur leurs communes (Nantes, Paris, Lille, Clermont-Ferrand et Grenoble). Une action symbolique puisque l’utilisation des pesticides par les collectivités publiques est déjà interdite depuis 2018 et par les particuliers depuis cette année. Seules les entreprises privées peuvent y recourir sur leurs espaces verts. D’ailleurs, ces arrêtés font tous l’objet d’une suspension de la part des Tribunaux Administratifs.

N’empêche, le mouvement est lancé. En Aveyron, seule la commune de La Roque Sainte-Marguerite et son maire Paul Dumousseau ont pris ce type d’arrêté mais EELV souhaiterait que « plus de maires lancent l’alerte ». A commencer par celui de Rodez selon MArie-Claude Carlin :

Si j’étais maire de rodez, j’interdirai l’utilisation de pesticides sur la commune. Vivre en ville sera bientôt plus sain qu’à la campagne !

L’élue ajoute que les citoyens aveyronnais doivent eux-aussi se mobiliser « pour construire un contre-pouvoir » en participant à la consultation citoyenne lancée par le gouvernement, « pour montrer leur désapprobation et faire interdire complètement l’utilisation des pesticides en France ». (Pour participer à la consultation citoyenne, c’est par ici.)

Une manière aussi on l’a compris de peser dans les prochaines élections municipales, même si tous les quatre (Marie-Claude Carlin, Frédéric Haméon, William Fraysse et Sébastien Cristol) s’en défendent :

On est en phase de réflexion quant au programme à présenter pour le scrutin local. Depuis nos 16% à Rodez aux européennes, on sait que le potentiel de sympathisants est énorme. Mais on ne fera pas n’importe quoi.

Une ambition qui n’est donc pas encore clairement affichée mais qui dessine si l’on en croit William Fraysse, qui assure que « les rangs d’EELV se renforcent un peu plus chaque semaine en Aveyron ».