Accident mortel de Vabres-l’Abbaye : un procès entre colère et tristesse

L'accident s'était produit le 16 mars dernier sur la RD999 au lieu-dit Salmanac et impliquait trois véhicules. Une jeune mère de famille de 33 ans y avait perdu la vie. Le conducteur de 18 ans à l'origine de l'accident était jugé ce mercredi au tribunal de Rodez.

Le drame s'est produit en mars 2019 au lieu-dit Salmanac sur la commune de Vabres-l'Abbaye.@Google Map

Une rare tension régnait ce mercredi dans la salle du Tribunal Correctionnel de Rodez. Le procès du jeune conducteur à l’origine de l’accident mortel du 16 mars à Vabres-l’Abbaye comparaissait sous les yeux de la famille de la victime décédée dans le choc…

Un écart fatal

Ce samedi-là, l’accusé reprend la route vers Millau après un après-midi au karting avec trois amis. Ils ont tous les quatre 18 ans. Il n’est pas encore 19h, la nuit n’est pas encore tombée et les conditions de circulation sont normales. Pourtant, en sortie de ligne droite, sur la RD999 après Moulin-Neuf, leur véhicule va franchir la ligne jaune et percuter de face la voiture qui arrive en sens inverse. A l’intérieur, un couple de trentenaires et leur fils de 8 ans. La jeune femme, âgée de 33 ans, décède dans les bras de son mari…

Un témoignage qui interroge

« Qu’est ce qui fait que leur véhicule s’est subitement déporté vers la voie de gauche ? Quelles sont les circonstances qui ont mené à cet accident dramatique ? » : ce sont les questions auxquelles s’attache à répondre le président du Tribunal. Un témoignage va être déterminant : celui d’une jeune conductrice de 20 ans, qui suivait ce jour-là le véhicule des quatre jeunes hommes et qui s’est trouvée elle aussi impliquée malgré elle : « je me souviens avoir beaucoup freiné mais je suis venue percuter le véhicule ». 

Elle décrit un « comportement dangereux » dans la conduite du véhicule des quatre amis « bien qu’ils respectent les limitations de vitesse » : « je les ai d’abord vus serrer le véhicule qui les précédait. Puis j’ai vu le passager avant donner comme une tape sur la tête du conducteur, qui a fait un premier écart sur la voie de gauche. J’avais l’impression qu’ils s’amusaient et j’ai augmenté ma distance de sécurité. Lors du deuxième écart qui a conduit à l’accident, j’ai eu l’impression que le conducteur ne regardait pas la route, comme s’il faisait autre chose. Il n’a pas freiné, comme s’il n’avait pas vu ce qui allait se passer ».

Aucun souvenir ?

Appelés successivement à la barre, les quatre jeunes occupants de la voiture disent n’avoir aucun souvenir de l’accident, ni de ce qui pourrait en être à l’origine. Seul accusé, le conducteur évoque un « choc » : « j’aimerai pouvoir me souvenir et répondre aux questions. J’aimerai moi aussi comprendre ce qu’il s’est passé. Je sais juste que c’est de ma faute »…

Ses passagers vont eux aussi expliquer ne se souvenir de rien, ce qui va provoquer l’agacement du juge du tribunal : « j’ai l’impression que vous ne nous dites pas toute la vérité ! Il y a des contradictions avec vos dépositions. On cherche simplement à éclaircir les circonstances de ce drame ! » a-t-il tenté de les secouer.

Certains avaient en effet évoqué la présence d’une mouche dans l’habitacle du véhicule ce jour-là, ce qui aurait pu expliquer les claques échangées par les quatre amis mais cette thèse apparaît bien farfelue au vu des déclarations de chacun…

Une famille éplorée

« Ces déclarations sont irrespectueuses pour les parties civiles » s’est emportée Maitre Camille Jammes, avocate de la famille de la jeune femme décédée dans l’accident, « les certificats médicaux des quatre jeunes ne font état d’aucun traumatisme crânien, je pense surtout qu’ils ne veulent pas se souvenir ! Peut-être que ce jour-là, ils n’étaient pas tout à fait sortis du karting et chahutaient dans un monde irréel. Ma thèse est que le conducteur ne regardait pas la route car il était penché sur son téléphone, pour s’occuper de la musique… toujours est-il qu’on a une seule certitude : la trajectoire de la voiture a été déviée et c’est de la responsabilité du conducteur ». 

Maître Camille Jammes a dit défendre « une famille qui a du mal à avancer depuis l’accident, qui avait beaucoup d’espoir quant à la tenue du procès et qui n’a reçu aucune excuse de la part du jeune conducteur ». 

Il y avait donc de la colère dans la tristesse de cette famille : « les explications données ne nous ont pas convaincus » a déploré le frère de la victime, « on fait face à des gamins, qu’on entend rigoler au fond de la salle…moi j’attends la vérité car quatre amnésiques dans une voiture, je n’y crois pas » a ajouté la sœur de la disparue. Son père a lui aussi ému toute l’audience : « ils m’ont tué ma fille…qu’ils prennent leurs responsabilités ! Moi aussi j’ai fait des conneries étant jeune, mais je les ai assumées ».

Enfin, le mari de la trentenaire, qui est suivi psychologiquement depuis l’accident, a lui aussi tenu à prendre la parole : « on s’aimait. Tous les jours j’y pense. Toute ma vie a changé ce 16 mars. J’ai refusé aussi une évolution de carrière pour pouvoir me dédier pleinement à mon fils. Il a perdu sa maman à 8 ans. Il pose beaucoup de questions.

Je voudrais juste savoir la vérité. Pour faire mon deuil.

Quelle sanction judiciaire ?

Le Ministère Public l’a rappelé, « les parties civiles n’auront malheureusement pas toutes les réponses qu’elles attendent », mais il réclame au moins deux ans de prison ferme à l’encontre du jeune conducteur(et un supplémentaire avec sursis), ainsi que l’annulation de son permis de conduire.

Une réponse judiciaire non adaptée selon l’avocate de la défense : « la prison ferme ne réparera rien. Ce jeune a 18 ans, il faut qu’il avance ! Il faut juger de manière dépassionnée. C’est une négligence, une imprudence, un acte en tout cas involontaire qui a causé ce drame. On veut à tout prix donner des explications, un scénario…mais c’est une inattention, rien de plus. Il n’a pas délibérément pris des risques ce jour-là ! Par ailleurs le choc frontal peut tout à fait expliquer l’amnésie, tout le monde sait que le traumatisme crânien n’est pas indispensable ».

Prison ferme ou prison avec sursis ? Le tribunal donnera son délibéré le 23 octobre prochain.